LIVRE n. — CHAPITRE I
Ce roi Eudes, qui était de la tige capétienne, et est par conséquent un des premiers ancêtres de la plus ancienne noblesse d'Europe, ce roi Eudes était luimême d'une origine obscure : on ne remontait pas au delà de son grand-père : une vieille tradition lui donne pour auteur un boucher de Paris.
Aux temps mérovingiens et longtemps encore après, la possession de grands biens était le principal signe de l'importance et de l'utilité des hommes ; et il est à remarquer qu'aucun historien ne nous apprend qu'en entrant dans les Gaules les Francs aient dépouillé les anciens possesseurs terriers. Les Bourguignons s'étaient partagé les biens des vaincus. « Ils avaient reçu en prix, à titre d'hospitalité, dit « M. Thierry, les deux tiers des terres et le tiers des « esclaves, ce qui probablement équivalait à la « moitié du tout ; ils se faisaient scrupule de rien c< usurper au delà (i). » L'écrivain admire leur sagesse et leur modération. Nous verrons plus tard la cause de la sympathie qu'il témoigne aux spoliations des Bourguignons ; mais nous n'avons pas de détails sur la manière dont les Francs tirent leur lot dans le domaine des Gallo-Romains. Notre historien en conclut que ce mode fut plus inique et plus violent que celui employé par les Bourguignons. La régularité de ce dernier le charme : il le trouve plein de dou-
«) Lettres sur Vhist. de France, p, 96.
ceur et de scrupule. Du côté des Francs, au contraire, il ne voit que de la violence, et le scrupule n'apparaît pas. On trouve bien que Clovis conquérant le royaume d'Alaric et pénétrant en Touraine, fit tuer un des hommes de l'armée qui, malgré les défenses du roi, avait enlevé le foin d'un pauvre homme ; on sait encore que le roi commanda d'épargner le territoire de saint Hilaire, au même titre que celui de saint Martin (1). Mais M. Thierry ne veut pas « paraître dupe des miracles du moyen âge (2), » non plus que de la dévotion pour les saints ; et il tient que la conquête des Francs fut plus violente et plus dévastatrice que celle des Bourguignons. La sympathie des populations gallo-romaines en faveur des Francs contredit cette assertion : l'habileté moderne sait y démêler les illégalités des évêques et une simple affaire de dévotion (3). Néanmoins, l'état des Gaules au v" siècle, les dévastations que les guerres et les invasions des Huns et des Vandales, au dire des anciens historiens, y avaient précédemment exercées, durent mettre Clovis et ses ancêtres à même de satisfaire le petit nombre de leurs guerriers, sans fou- Ci) S. Grég.,lib. II, c. xxviii.
(î) Lett. sur rhist. de France, p. <03. (3) Hist. de la conquête d'Angl., lom. J, p. 58. Celte assertion a été modifiée dans l'édilion corrigée qui reconnaît dans le mouvement en faveur des Francs, renlraînement de la foi et l'influence décisive et légitime des évêques, tom. I, p. 41.