‹ M. Augustin ThierryChapitre 81 sur 206 · LIVRE H. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE H. — CHAPITRE I

— Je demande à Votre Gloire, disait-il, un ordre pour que la fille d'Ursus me soit donnée en mariage, ou que les biens du père me soient dévolus jusqu'au paiement des seize mille sous d'or.

Muni de cet ordre, Andarchius se rend à Glermont ; il exhibe devant le juge le précepte royal. Les biens lui furent adjugés: voulant en prendre possession immédiatement, il se rendit dans le Véky où ils étaient situés et où Ursus s'était retiré. En entrant dans une des maisons d'Ursus, Andarchius demande à souper et ordonne qu'on lui prépare à laver. Les serviteurs ne s'empressaient pas d'obéir à cet étranger ; il les frappe, les blesse, jette le désordre et l'effroi dans la maison. Ayant enfin obtenu ce qu'il voulait, il se lave, soupe, s'enivre et s'endort. Les sept compagnons qu'il avait avec lui en firent autant. Pendant leur sommeil, Ursus appelle ses gens, les fait sortir de la maison et ferme solidement les portes. 11 y avait tout auprès des meules de grain ; il les défait, entasse les gerbes jusqu'au sommet du bâtiment, qui était en planches, et y met le feu. Andarchius et ses sept compagnons y périrent. Ursus se réfugia dans la basilique de Saint- Julien de Brioude : ayant ensuite apaisé le roi, il rentra dans la possession de ses biens (1).

Sans doute , voilà de la barbarie ; l'énergique

(1) S. Grég.. lib. IV, c. XLVIF.

moyen employé par Ursus pour se débarrasser des artifices de son ennemi répugne à nos mœurs, et cette manière de se faire justice soi-même n'est pas dans nos pratiques habituelles ; mais si on démêle bien dans les ruses ineptes d'Andarchius l'immoralité du Barbare alléché par le désir des richesses, on reconnaît aussi l'existence d'une justice quelconque et le besoinde s'accommoder, en apparence du moins, à ses exigences. On voit une autorité, facilement trompée, il est vrai, et souvent impuissante, mais reconnue et respectée au loin. Il faudra revenir sur ces deux points ; nous voulons, pour l'instant, faire surtout remarquer, dans cette hisfoire, les moyens honorables de s'élever que possédaient alors les hommes de la plus basse extraction et l'énergique défense des possesseurs légitimes. Ursus est Gallo- Romain et citoyen de Clermont ; il ne redoute pas cependant d'aller devant le roi, il ne craint pas non plus de repousser la violence par la violence, et en résumé il s'en tire à son avantage. Les favoris des rois et les puissants, pour satisfaire à leur amour des richesses, n'avaient pas recours tout crûment à la violence ni à l'arbitraire brutal de l'autorité qu'il pouvaient invoquer ; pour la faire intervenir au succès de leurs desseins, ils avaient besoin au contraire d'en dissimuler les injustices.

A mesure que leur établissement dans les Gaules, modifiait les idées des Francs sur la propriété, les

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