LIVRE II. — CHAPITRE I
biens territoriaux étaient prisés davantage, et ceux qui avaient quelque crédit cherchaient à en acquérir. Andarchius témoigne de la persévérance avec laquelle ils poursuivaient la réalisation de leurs projets et de la nécessité où étaient les favoris des rois de s'unir aux filles de la Gaule, afin de s'enrichir. Bien d'autres, pour arriver au même but, avaient les mêmes prétentions ; les actes de sainte Rusticule et de sainte Consortia nous font voir les seigneurs francs, briguant comme l'ancien esclave marseillais la main des nobles héritières gallo-romaines.
Sainte Rusticule est née au diocèse de Vaison, d'une famille illustre et gallo-romaine. Son père se nommait Yalérien. Il mourut le jour même de la naissance de sa fille. Elle avait à peine cinq anslorsqu'un noble personnage, nomméCheraonius, voulant l'épouser un jour^ l'enleva à sa mère afin de la faire élever à son gré. Mais sainte Liliola, abbesse du monastère d'Arles, veillait sur les destinées de cette enfant; elle demanda au roi Contran qu'elle lui fût confiée : et par l'entremise de Syagrius, évêque d'Autun, elle obtint la permission de l'élever dans l'intérieur de son monastère. Cheraonius s'y opposa de tout son crédit. Il supplia le roi, il répandit des présents à la cour; l'enfant lui fut néanmoins ôtée et remise aux soins de la sainte abbesse. Élevée par elle et instruite aux maximes de la vie religieuse,
Rusticule y fit de rapides progrès; à l'âge de dixhuit ans, après la mort de la vénérable Liliola, elle fut élue abbesse et, malgré ses refus, chargée de diriger cet illustre monastère d'Arles qu'avait fondé saint Césaire (1).
Sainte Consortia était aussi originaire des contrées méridionales de la France. Sa mère se nommait Galla ; et son père, saint Eucher, évéque de Lyon, était de famille sénatoriale. Après la mort de Galla et de saint Eucher, Consortia se retira sur ses domaines, qu'un historien appelle Moctonvicus. Us étaient situés sur les rives de la Durance. Consortia y construisit une église en l'honneur de saint Etienne premier martyr, et y fonda un hôpital; elle les dota l'un et l'autre, et du restant de ses biens s'occupa à soulager les pauvres. Elle avait affranchi tous ses esclaves et se contentait, pour sa nourriture, d'amandes et de pain d'orge. Uniquement appliquée aux austérités, aux bonnes œuvres et aux prières, elle se résolut d'aller trouver le roi Clotaire I afin de se mettre sous sa protection et d'obtenir de lui la grâce de vivre paisible dans son royaume en consacrant à Dieu sa virginité. Peut-être les poursuites, ou ses ^ grands biens engageaient de nombreux prétendants à sa main, décidèrent-elles la sainte à une pareille démarche ? Elle ne s'en dissimulait pas la gravité ;
(4) ActaSS. Ordinis. S. Bened. Sec. 2.