‹ M. Augustin ThierryChapitre 84 sur 206 · LIVRE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I

vie de saint Didier, évoque de Cahors, montrerait au contraire un Galio-Romain Salvius, d'une des pluS illustres familles de la Gaule, uni à une femme barbare : M. Thierry pourra chercher à rétablir l'orthographe germanique de son nom, que l'auteur contemporain écrit Harchenefreda (1). Dans toute l'étendue de la Gaule, sans exception, des alliances analogues peuvent être constatées. Le père de sainte Rictrude était Barbare et s'appelait Arnold; sa mère, si on en croit l'historien de sa vie, écrite au x* siècle, était Basque et s'appelait Lichia (2). Mais est-il nécessaire de multiplier les preuves à ce sujet? Une pareille assertion ne se justifie-t-elle pas d'ellemême? elle était dans la nature des choses. Les inimitiés, nées des violences de la conquête, auraient pu seules y mettre obstacle, et la politique des rois mérovingiens eût été d'apaiser et d'effacer le plus promptemement possible les divisions qui avaient pu naître. L'histoire d'Andarchius et celle de Consortia, suffisent à faire voir combien les rois saisissaient facilement les occasions d'introduire leurs familiers dans les maisonssénatoriales. Lorsque les documents historiques nous montrent dès l'origines ces unions fréquentes entre les deux races en présence sur le même sol ; lorsqu'ils témoignent

. [^) Labbe. Nova bibl. Tom. I.

. (2) Act. SS. Ord. S. Bened. Saec 2.

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tous non pas des inimitiés, mais de l'amour que les populations des Gaules professaient à l'avance pour la domination des Francs; quand ils se taisent à peu près sur les violences qu'on voudrait imaginer ; quand après l'établissement de la race franque, ils montrent, autour de la royauté mérovingienne, dans toutes les charges, dans toutes les dignités, dans toutes les missions des hommes des deux races se succédant indifféremment sans que la division nationale, qu'on croit avoir reconnue, ait jamais amené le moindre trouble ou la moindre commotion, comment croire à la durée d'un antagonisme quelconque? Comment supposer que les faits subséquents et l'histoire pourront s'en ressentir?

Nous ne suivrons pas M. Thierry voulant découvrir dans les royaumes gallo-romains de l'Aquitaine et de la Neustrie un renouvellement de conquête, d'où procéda, assure-t-il, la grandeur des rois carlovingiens. Nous le suivrons encore moins dans l'appréciation du mouvement national des peuples conquis qu'il voit, après l'empire de Charlemagne, travailler à récupérer leur indépendance. Nous le laisserons s'évertuer à ressaisir au milieu des divisions des petitsfils de Charlemagne, les traits de ces divers esprits nationaux agissant toujours plus isolément, fractionnant et brisant chaque jour davantage l'unité factice où le bienheureux Empereur les avait réunis, et finissant enfin par composer l'organisation féodale de TEu-

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