‹ M. Augustin ThierryChapitre 97 sur 206 · LIVRE II. — CHAPITRE II. 1 3î · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE II. 1 3î

projet, et tout son crédit ne put arriver qu'à multiplier ses refus en même temps que se multipliait le nombre des prétendants à sa main. Saint Amand dirigeait Rictrude. Ce courageux apôtre ne craignait pas de s'opposer au roi et de le gourmander sur ses désordres. Il le faisait quelquefois avec tant de fougue que pour le ramener à un peu de modération, Dagobert avait besoin de recourir à l'intervention de ses amis, saint Éloi et saint Ouen (1). Malgré la vivacité de son zèle, saint Amand, en encourageant le projet de Rictrude, ne la détournait pas de prendre les moyens de prudence qui pouvaient contribuer à le faire réussir. Par ses conseils la sainte invita le roi à dîner. Pendant le festin, les gracieux propos et les fines réparties de Rictrude entretinrent parmi les convives un doux esprit de gaîté. La bonne chère et les fumées du vin commençaient à rendre cette gaîté plus bruyante, lorsque Rictrude se levant demanda gracieusement au roi la permission d'agir librement en sa présence. Le roi s'imaginant que, selon une mode assez en usage dès lors, elle allait prendre du vin pour provoquer elle-même ses convives, n'eut garde de lui refuser l'autorisation de faire chez elle ce qu'elle voulait. Alors Rictrude, comme la femme forte des livres saints, exécutant avec courage ce qu'elle avait résolu avec prudence,

(4) Acta SS. Ord. S. Bened., Saec. 1 . Vita S. Amandi.

sans se troubler ni trembler, tirant de son sein un voile bénit à l'avance par saint Amand, invoqua le nom et le secours du Dieu terrible ; et bravant, au milieu de la stupéfaction de la compagnie, la colère du roi, elle se revêtit du voile consacré. Dagobert irrité quitta la salle du festin ; mais toute sa fureur vint se briser devant ce morceau d'étoffe dont Rictrude s'était revêtue : sous cette protection, la sainte put accomplir son dessein et, livrée entièrement à la prière, vivre désormais paisible et retirée au monastère de Marcbienncs qu'elle avait bâti (1).

Plus tard, des docteurs trouvèrent dans des faits analogues un témoignage du droit que les rois pouvrîent avoir en de pareilles circonstances. Nous n'avons pas à examiner leurs théories; il semble que la conduite de saint Amand ne reconnaissait pas le droit : il se contentait d'éviter le fait. 11 est donc bien vrai que la puissance des rois mérovingiens pénétrait l'intérieur des familles. Saint Grégoire nous apprend que lorsque le comte Leudaste vint se fixer en Touraine, il était muni d'une autorisation royale pour y prendre femme (2).

Les rois mérovingiens, au milieu de celle toutepuissance, témoignent d'un caractère de simplicité, que M. Thierry s'est appliqué à fairç ressortir en plusieurs circonstances et qu'il met sur le compte

(1) Vita S. Rictrudis.

(•2) S, Greg. Lib. YII, c. xxxii.

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