‹ M. Augustin ThierryChapitre 98 sur 206 · LIVIIE II. — CHAPITRE II. U · texte numérisé non relu

LIVIIE II. — CHAPITRE II. U

de l'origine germanique. Quelle qu'en soit la cause,, il est assez bizarre que le nom du plus puissant de ces monarques absolus, qui nous sont montrés par les historiens modernes comme des meurtriers féroces, soit resté dans la tradition populaire le type de la bonhomie.

Au milieu des violences, des abus de pouvoir, des colères rapides, à travers une insatiable avidité pour les richesses et un abandon effrayant à tous les plaisirs des sens, ce trait de physionomie se retrouve, en effet, chez tous les Mérovingiens; et, malgré les ruses où ils ont recours les uns contres les autres, une manière de simplicité subsiste toujours. Elle s'allie chez Contran avec la piété la plus vive, et chez Dagobert avec tout le triomphe et l'éclat de la majesté royale. Cette autorité du roi franc n'avait d'autre frein que le caractère de l'homme aux mains duquel elle était échue, la règle que la religion lui imposait, et la résistance que ses actes pouvaient susciter. Livrée à sa seule volonté, elle ne s'exerçait pas uniquement autour du lieu où résidait le monarque. Elle atteignait jusqu'aux limites les plus éloignées du territoire de sa domination : il fallait bien qu'elle eût moyen de s'y faire respecter puisque nous avons vu sainte Consortia ne pas craindre d'entreprendre un lointain et périlleux voyage pour s'assurer la protection de Clotaire : et l'histoire d'Ursus est une preuve que la puissance

royale avait des agents partout. Par ses juges, se& administrateurs, ses collecteurs d'impôt, elle atteignait jusqu'aux extrémités de ses domaines. Quand le pouvoir des officiers du roi était impuissant, on avait recours au roi lui-même. L'histoire d'Hecca témoigne que les officiers du roi lui rendaient compte de leur administration. Tout cela ne s'accorde pas tout à fait avec la royauté pittoresque sans aucun doute, mais grossière, sans idée politique, ni puissance administrative décrite par M. Thierry. Ces rois mérovingiens, malgré leur éloignement, étaient jaloux de voir leur autorité reconnue sur les cités importantes ; et l'état de ces cités elles-mêmes accuse une constitution oii tout n'est pas abandonné au hasard. Dans les divers partages que la royauté mérovingienne fit à plusieurs reprises des terres de la domination franque, les cités furent souvent soumises à deux rois différents. Paris en reconnut même trois à la fois : on sait qu'ils s'étaient interdits l'un à l'autre le droit de pénétrer dans l'enceinte de ses murs.

.^îarseille était échue à Sigebert : nous avons vu qu'il y avait envoyé le duc Loup comme gouverneur. 11 semble résulter d'un texte de saint Grégoire queChildebert, fils de Sigebert, avait donné à son oncle Gontran une part de cette ville ; et il faut bien supposer que Gontran avait précédemment des droits à faire valoir, puisque les officiers de Childe-

Page 1