LIVRE UT
Saint Grégoire est montré dans les récits de M. Thierry comme un « personnage habilement zélé « pour le propagation de la foi catholique et l'au grandissement du nouvel empire qui commençait « à se fonder sur la primauté du siège de saint « Pierre (1). » Toutes ces paroles sont calculées avec soin. Quel droit aurait-on de se plaindre? Le zèle pour la propagation de la foi catholique est-il un reproche adressé à un Pape? Thabileté est-elle une faute? Tagrandisscment de l'empire, que Dieu a fondé sur la primauté du siège de saint Pierre, ne doit-il pas être au nombre des obligations imposées au souverain Pontife? On aurait tort de vouloir ré* criminer; la conscience de M, Thierry est toute nette en vérité; mais Timpression reste fâcheuse sur l'esprit du lecteur : le soin de Thistorien à mêler rhabileté au zèle, à ne montrer que Tagrandisse-
II n'excluait pas d'ailleurs^ comme nous le disions en 4 850, la sorie d'ignorance dont M. A. Thierry a pu invoquer le bénéfice : ignorance dont le voile épais se compose des préjugés, des partis-pris, des éloignements prémédités et résolus de Tautorilé. Tout notre travail n'allait qu'à montrer qu'il y a une source abondante et profonde d'erreurs, où la liberté de Tesprit humain peut être engagée et entraînée pour ainsi dire comme la liberté du cœur par la volupté, sans cesser néanmoins d'être coupable et par conséquent toujours consciente dans ses aveuglements et ses entraînements. Les corrections que M. Thierry, a fiait subir à son premier travail accusent et font jaillir cette vérité jusqu'à ré^OKe. {\ ) Hist. de la conq. d'Angl. T. I, p. 76.
ment d'un empire dans les affaires de lafoi, à oublier partout le spirituel pour ne faire voir que le matériel des choses, prête au Pape un rôle odieux et laisse supposer un intérêt personnel où celui des âmes s'efface complètement. C'est l'artifice auquel notre écrivain revient à chaque instant. L'Eglise pour lui est royaume et non pas la société des fidèles.
Dans sa manie d'innover et sa complaisance pour ses propres fantaisies, il a cru faire là une découverte, et il s'applaudit modestement de ce que « Texamen (( approfondi de tous les phénomènes politiques qui (( accompagnèrent les conquêtes au moyen âge et (( l'observation du rôle qu'y joua la religion l'ont c( conduit à une nouvelle manière de considérer les « progrès du pouvoir papal et de l'unité catho- (( lique (1). » Cette nouvelle manière est la vieille vision des philosophes du xviu* siècle qui n'apercevaient dans les accroissements de l'Eglise que violence, tyrannie et puissance des armes. « Si les Papes « n'ont pas fait en personne d'expéditions militaires, (( ils se sont associés à presque toutes les grandes (( invasions et à la fortune des conquérants (2). )» II y aurait à résoudre la question : pourquoi presque tous ceux, à la fortune desquels les Papes se sont
(i) Hist. de la conq, (VAngL T. I. lulroduclion, p. 24. Celte prélenlion aussi naïve qu'erronée a disparu du lexle de la douzième édition.
(2) Id. ibid.