LIVRE III
associés, sont-ils devenus conquérants et triomphants? C'est la question même, que npus avons posée à Toccasion de ce titre de roi, auquel on avouait malgré soi attacher une pensée de supériorité (1) et qui, en dépit des prétentions de la Bretagne et des diverses tentatives du midi de la Gaule, disparut tout à fait pour résider uniquement sur les enfants de la famille capétienne, si chère à saint Benoit (2). Il y a là un mystère. M. Thierry l'explique par le hasard, et il y reconnaît les artifices de TÉglise.
Cette suprématie de Rome et cette puissance des Papes, si efficaces à assurer le succès des conquêtes, ne sont cependant qu'une a hiérarchie épiscopale « CRÉÉE par la politique des empereurs (3). » Le Pape saint Grégoire s'appliquait à resserrer les liens de cette hiérarchie ; et M. Thierry ne suppose pas que le souci du salut des âmes ait pu inspirer ses desseins (4). Les Bretons d'ailleurs n'étaient-ils pas d'excellents chrétiens? Ils rejetaient l'enseignement de l'Église, et suivaient l'hérésie de Pelage. L'historien ne voit là qu'une subtilité; l'hérésie est à son gré une partie de la liberté morale du christia-
(4) Lelt. sur Vhist. de Fr. Lelt. IX, p. M6.
(2) Mabillon. Annales.
(3) HisL delaconq, d'Angl, Tom. I, p. 76.
(4) Il en convient dans ses dernières correciions : il lient néanmoins à voir dans ce saint Thabileté politique et Tesprit d'action des vieux patriciens romains. T. I., p. 59.
nisme (1). Les Bretons pouvaient donc en paix n le péché originel et croire que les hommes ne naissent pas coupables. Le Pape saint Grégoire avait tort de ne pas agir et de ne pas penser comme iMi philosophe. c(Dans son purisme d'orthodoxie, il allait jus- <( qu'à refuser la grâce du salut aux hérétiques morts i( pour la foi de Jésus-Christ (2). » M. Thierry ignore que la foi de Jésus-Christ réside uniquement dans son Église^ et que les hérétiques, qui sont sortis de cette Église, ne peuvent pas mourir pour cette foi. Il s'étonne qu'on puisse trouver des hommes prêts à soutenir un tel purisme d'orthodoxie.
Il s'indigne de l'alliance des Papes avec les conquérants. S'il ne voit pas pourquoi «c du cinquième « siècle jusqu'au treizième, il n'y a pas une seule « conquête qui n'ait profité à la cour de Rome au- (( tant qu'à ceux qui l'avaient opérée par la lance et « par l'épée (3) ; » si l'expérience de nos jours et les résultats qu'a presque partout pour la foi catholique la présence des armées européennes dans les pays infidèles, ne sont pas capables dej lui donner la solution de ce problème, nous ne voyons pas de notre côté pourquoi l'historien s'applique à présenter sous un jour odieux Tentreprise de saint Grégoire sur la Grande-Bretagne. 11 n'y avait point là en effet d*ar-
(1) Hist, de la conq. cTAngL Tom. I, p. 74.
(2; Ibid,, p. 85.
(3) Ibid. Introd., p. 2î.