‹ M. Augustin Thierry: son système historique et ses erreursChapitre 146 sur 214 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

mée ni de conquérants. Quoi de plus pacifique que d'envoyer une troupe de missionnaires? Si les Bretons pouvaient en paix croire à l'hérésie de Pelage, le Pape ne pouvait-il pas, dans une paix aussi profonde, charger saint Augustin et ses compagnons de prêcher la foi de l'Église romaine ? Faut-il croire que l'hostilité de M. Thierry est moins contre les conquérants que contre l'Église? et son amour est-il plutôt pour les églises schismatiques que pour les races vaincues? le scrupule de l'historien tient-il à ce que la mission de saint Grégoire s'adressait aux Angles plutôt qu'aux Bretons? dans sa haine pour les conquérants, veut-il interdire à l'Église de travailler à leur salut ? Un historien protestant, le R. Fred. Oakeley, de l'Université d'Oxford, a rapporté toutes les péripéties de l'entreprise de saint Augustin (1). 11 a montré les ardeurs de saint Grégoire, bien longtemps avant son pontificat, tournées toutes vers l'Angleterre, et il a raconté la tentative que fit le saint pour y aller lui-même annoncer la parole de vérité et de vie. Il a signalé tout le détail des difficultés de la mission confiée ensuite à saint Augustin. Le zèle des missionnaires s'effrayait du lointain voyage et de l'œuvre inconnue dont ils étaient chargés ; ils hésitaient, ils s'arrêtaient dans les Gaules ; ils erraient parmi les cours des divers rois Francs, implorant leur pro-

H) Hist. de S. Augustin.

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leclioD, maïs ne tirant leur véritable appui que du saint Pape Grégoire. Inébranlable dans ses résolutions, celui-ci, à travers tous les obstacles, ne voyait que son but ; il usait de son autorité pour obliger les missionnaires à braver les dangers et à parvenir à leur destination ; il les couvrait de son prestige auprès des rois Francs, soutenu dans toutes ses démarches par son amour pour Dieu, son zèle pour les âmes et la pensée de la mission, qu'il avait reçue d'en haut, de travailler à la dilatation de la sainte Eglise et à la prédication de la vérité. L'historien protestant n'a pas scrupule d'enregistrer les miracles que saint Augustin fit à l'appui de sa prédication : ces faits merveilleux attestés par les anciens documents lui paraissent dignes de remarque; il trouve, avec le vénérable Bède, que la multitude des miracles opérés par les missionnaires servit à accréditer la vérité de leur doctrine. M. Thierry ne nie pas non plus, en toute occasion, ces faits miraculeux et leurs conséquences. 11 les affirme même expressément, et il dit avec une légère ironie : « les u missionnaires frappèrent les imaginations par de « grandes austérités, ils firent même des mira- H clés (1). » Mais l'historien est trop grave pour

(1) Hist. de la conq. d'AngL T. I, p. 84. Celte dernière phrase est modifiée dans la nouvelle leçon; « les missionnaires, dit Thislorien, passèrent mêmepour avoir le don des miracles. » T. I, p. 67.

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