LIVRE
(nte pour tout ce qui s'est soumis à Tautorité du aint-Sicge. Il y a, en effet, un témoignage coniniporain en faveur de Guillaume : c'est celui de abbé de Croyland, du Saxon Ingulf: il précise i date, l'occasion et la raison du choix que fît Idouard de son successeur. Il est donc inutile de hcrchcr à faire concorder les témoignages des écriai ns postérieurs; et les principes de la composition lislorique, professés par M. Thierry, lui commanaient de s'en lenir au récit d'Ingulf. Celui-ci raonte qu'en Tan 1065, après la mort de son neveu Edouard Cliton, à qui il avait destiné le trône, le oi Edouard voyant que le jeune Edgar, par son âme omme par son âge, était incapable de régner, surent en présence de la race perverse de Goduin [ui s'augmentait tous les jours en nombre et en luissance, le roi Edouard choisit d'une manière sc- Bnnelle et authentique son cousin, le duc Guilaume, pour son successeur (i). Ingulf contredit ncore, s'il était besoin d'une autorité sur ce point, es prétendus engagements antérieurs qu'Eadmer dit voir été pris entre le roi et le duc au temps de 'exil d'Edouard : racontant la visite du duc Guilaume en Angleterre (lOol) avant la mort d'Edouard Jlliton, il ajoute : Quant à la succession du roi, il
(\) «CerDcns... Goduini multam malamque sobolem quoiilic super terram crescere... Willelmum... sibi aucccdere in egnum ÀDgliœ voce stabili sancivit. Ing. Croy. S99, 900.
n'y en avait pas encore d'espérance^ et il n'en fut nullement question entre eux (1).
Nous insistons sur ce fait. Il conflrnie ce que nous avons dît précédemment des facilités avec lesquelles M. Thierry embrasse les assertions les moins sérieuses, lorsqu'elles peuvent prêter quelque relief de pittoresque et de dramatique à ses narrations, ou donner un peu d'aliment à ses antipathies religieuses et à ses préjugés d'esprit fort et libéral. Cela montre aussi en outre combien tout ce que l'historien a prétendu de l'ambition de la cour de Rome et de l'autorité excessive qu'elle se serait attribuée au fait de la succession du roi Edouard, a peu de fondement. On se demande alors ce que deviennent la vérité et la valeur de tout ce grand travail sur la conquête de l'Angleterre. La clé de voûte, pour ainsi dire, de tout l'édifice est imaginaire et ne peut supporter l'examen. C'est l'inconvénient des histoires systématiques. Elles sont susceptibles de plus d'agréments, et surtout elles sont plus faciles à faire que les simples récits des anciens maîtres, que l'on méprise aujourd'hui ; mais aussi elles peuvent contenir des erreurs capitales qui suffisent à faire suspecter la véracité de tout l'ouvrage. 11 est fort commode de coordonner les faits selon son ima-
(\) tt De successione autem regni spes adhuc aut mentio nuUa facla inter eos fuit. » Ing, Croy. 898.