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ensuite le légat schismatique de se rendre auprès du roi. Toutefois, le primat d'Angleterre ne mit pas à blimer l'entreprise de l'empereur l'énergie qu'on pouvait attendre de lui. Henri IV avait suscité le schisme à trois reprises différentes; il avait pris les armes et il avait marché contre saint Grégoire VII ; il l'avait assiégé dans Rome et l'en avait chassé ; Lanfranc se contente d'écrire : « Je pense que Tempec( reur a eu de puissantes raisons pour entreprendre (( une si grosse affaire, et qu'il n'a pu remporter (( une si grande victoire sans un grand secours de « Dieu. Mais je n'approuve pas que vous veniez en « Angleterre, avant d'en avoir reçu la permission <c du roi ; notre île n'a pas encore rejeté Grégoire, a et elle n'a pas décidé à quel Pape elle obéirait (1).» Il ne faut pas croire, d'après ces paroles, que Lanfranc altendit une décision pour savoir s'il devait rejeter ou garder l'obéissance du pape saint Grégoire. Il est permis de supposer, malgré les réserves de son langage, que l'entreprise de Hbnri lui faisait horreur et que le succès lui en paraissait une malédiction plutôt qu'une bénédiction ; néanmoins cette discrétion excessive et cette considération de la puissance temporelle marquent la justesse des paroles de saint Grégoire, lorsqu'il souhaitait à Lanfranc plus d'amour pour sa mère l'Eglise romaine.
(I) Epist. 59.
Le caractère de Gruillaume réclamait, il est Trai, de grands ménagements ; les exigences et les yIolences croissantes du monarque n'auraient pas dû cependant empêcher Lanfranc, au temps de saint Grégoire comme à celui dA'lexandre, de soumettre sa prudence aux désirs du saint Père. Le bien qu il espérait que sa condescendance pourrait faire auprès du roi, n'était pas à comparer au bien suprême, qui est toujours Tunion filiale et cordiale avec Rome.
Cette manière de refroidissement envers la cour romaine exigée par la politique de Guillaume fut une cause des malheurs qui affligèrent plus tard TEglise d'Angleterre. Les condescendances de Lanfranc furent souvent opposées à la résistance de saint Anselme ; les partisans du roi Henry prétendaient ne demander que la continuation des coutumes observées par Lanfranc. Leges Lanfranci^ disait-on, voulant comme toujours pour justifier des prétentions exorbitantes, s'appuyer sur certaines faiblesses, que des circonstances particulières peuvent {parfois imposer à des hommes illustres. C'est le malheur des hommes, comme Bossuet ou Lanfranc, qui veulent substituer les prévisions de leur prudence aux inspirations du saint Siège, de paraître couvrir de Tau* torité de leurs noms les ennemis les plus irréconciliables de l'Eglise. C'est aussi le péril de la faveur des grands rois d'entraîner à des ménagements excessifs les prélats qui la possèdent. On se laisse aller
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à croire à la réalité du pouvoir qu'on exerce et à l'ulililé qu'il y a de le conserver.
Lanfranc néanmoins ne se faisait pas illusion sur recueil 011 il courait : il écrivait au pape Alexandre : a Priez Dieu d'accorder une longue vie au roi d'Ah- « gleterreet d'incliner toujours son cœur vers Taniour a et le respect de la sainte Eglise; tant qu'il vivra <c nous aurons comme'une ombre de paix. Asamort, <c nous n'aurons plus à espérer ni paix ni aucune « espèce de bien (1). » Ce triste pressentiment était pour beaucoup dans le dégoût de la vie et le désir de la retraite que le primat exprimait si éloquemment; ces angoisses étaient toujours toutes vives dans son âme : il en entretenait douloureusement ses amis : <c J éprouve, écrivait-il à l'archevêque de Rouen, « tant d*amertumes, et en considérant l'état actuel <i des affaires de ce pays, je prévois tant de malheurs « que je n'ai ni le courage, ni le temps de les expria mer (2). » Il s'épanchait dans le cœur de saint Anselme ; et prévoyant le temps de la lutte, ilentrevoyait la possibilité du martyre; il demandait des conseils el des prières, et épuisant toutes les expressions de la tendresse : « à son seigneur, son père, « son frère et son ami Anselme, le pécheur Lan- (t franc, écrivait-il. Votre Sainteté connaît parfaite-
(4) Lanfranci. Epist. 4.
(:) Laniraoci. £pist. 16.
« ment tout ce qui m'intéresse ; à mon départ je vous ai dit tout ce que j'avais à vous dire sur le triste « état de mes affaires : priez pour moi et demandez <( des prières à nos amis ; que le Seigneur tout-pi sant me fasse produire de meilleurs fruits ou qœ mon âme sorte de la prison de ce corps en confessant le saint nom de Dieu. Le pays où nous sommes est toujours accablé de tant de maux, il « est souillé de tant de crimes et de hontes qu'il n'y (( a pour ainsi dire aucune manière d'hommes, qui (c pense à son âme ou qui désire même entendre la <( doctrine de salut et faire quelques pas vers « Dieu (1). »
Dans cette indifférence et cette opiniâtreté de toute l'Angleterre, abrutie par les vices pu enivrée par la conquête, Guillaume était encore la seule espérance de TEglise, le seul appui du bien. Si faible que fût cette espérance, si dangereux que fût cet appui, on comprend que Lanfranc s'y soitattaché. Le Pape saint Grégoire, du reste, avait partagé les bons sentiments de Lanfranc pour le Conquérant, et, après lui avoir rappelé longuement les devoirs d'un prince chrétien, il ajoutait : a Nous insistons sur ces vérités auprès de « vous parce que de tous les rois vous êtes celui qui ce les aimez le plus (2). »
(1) Unf. Ep. 43.
(2) Ep. Lib. lX,p. U.