‹ M. Augustin Thierry: son système historique et ses erreursChapitre 184 sur 214 · LIVRE m · texte numérisé non relu

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Le caractère de Guillaume, malgré ses violences et ses emportements, avait assez de générosité et de grandeur pour que cette parole du Pape fût souvent vraie. M. Thierry, en suivant uniquement les « ré- « criminations saxonnes qui sont aussi loin de la vé- « rite que les traditions normandes (1), » a ôté à ce personnage tout ce qui peut justifier jusqu'à un certain point et faire comprendre Taffection et la faiblesse de Lanfranc.

Aux premiers jours de son entreprise^ Guillaume avait montré des sentiments de modération. Sur le champ de bataille d'Hasting, il fit ou laissa volontiers enterrer les morts des deux armées. Il rendit à la mère d'Harold le corps de son fils, sans vouloir accepter rénorme rançon qu'elle offrait. Cette générosité avait été remarquée par les historiens, a Le < roi Guillaume, disait un contemporain saxon, était « un homme très-sage et très-riche, plus respectable « et plus puissant qu'aucun autre de sa cohorte étran- K gère. 11 était doux avec les bonnes gens qui aimaient u Dieu, et sévère au delà de toutes bornes à ceux qui ( résistaient à sa volonté. Dans tous les Ueux où Dieu '< lui permit de vaincre l'Angleterre, il éleva un « noble monastère... Il était très-rude et trcs-fa- >c rouche ; aussi personne n'osait entreprendre contre <( sa volonté. 11 renvoya des évoques de leurs évéchés,

(1) M. Leprevosl. Ord. Vital. Tom. H, p. 417. Noies.

il des abbés de leurs abbayes ; il mît des comtes « prison ; il n'épargna même pas soo propre frèn (c Eudes, évêque de Bajeuz; il le mit eo prison...! « ne faut pas oublier le bon ordre qu'il mit dans u contrée : il était tel qu^on pouvait, sans craindre aucune entreprise, Toyager à travers le pays avec une ceinture pleine d'or; aucun homme n eût (1 attenter à la vie d'un autre... Cependant les hom c( de son temps ont beaucoup souffert et de très- « grandes oppressions ; il fit construire des châteaux u pour renfermer et opprimer les pauvres gens. Il (( était vraiment dur. Il prit à ses sujets plusieurs (c marcs d'or et plusieurs centaines de livres d*ar- (( gent ; il les prit quelquefois de droit, mais le pi « souvent de force et sans nécessité. Il était tombé a dans lavarice... Il établit plusieurs forêts dechs Qc royale 9 et il fit des lois portant que quiconque y c( tuerait un cerf ou une biche serait puni de la perte « des yeux. Ce qu'il avait établi pour les biches, il le (c fit pour les sangliers; il aimait les bêles fauves (c comme s'il eût été leur père... Les gens riches se u plaignaient, les pauvres gens murmuraient; mais c( il était si dur qu'il n'avait souci de la haine d^aua cun. Il était nécessaire de suivre en tout la volonté du roi si on voulait vivre, si on voulait avoir des biens, des terres ou sa faveur. Hélas! un homme ( peut-il être aussi bouffi d'orgueil, et se croire lui- « même autant au-dessusj des autres hommes?

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<( Puisse le Dieu tout-puissant avoir merci de son « âme et lui accorder le pardon de ses fautes (1). » Un jour cependant, à une des trois grandes fêtes où cet homme, bouffi d'orgueil, tenait sa cour, entouré de la magnificence royale, un de ces flatteurs, dont les cours abondent, voyant le roi la couronne en tête, le sceptre à la main et tout ruisselant de pierreries, s'écria comme frappé d'étonnement à la vue de cette majesté :

— « C'est Dieu, c'est Dieu que je vois (2) ! » Lanfranc était auprès du monarque; se retournant vers lui en entendant ces paroles :

— « Ne souffrez pas un tel excès, dit-il, c'est là le « nom incommunicable. Châtiez immédiatement cet a homme, et si sévèrement que jamais personne a n'ose renouveler une pareille folie (3). »

Le roi ordonna de fouetter le flatteur impudent et blasphémateur.

Pour rhistorien anglo-saxon, que nous venons de citer, ce qu'il raconte de la conduite du roi Guillaume, s'applique aussi bien aux Normands qu'aux Saxons. Le crime, aux yeux du roi, n'était pas dans la nationalité, mais dans la résistance à ses ordres :

(\) Ckron, sax.

(2) c Eccc Deum video, ecce Deum video. » Viia S. Lanf.y p. U.

(3) « Nolite talia pâli imponi vobis, non sant bsec homiois sed Dei : Jubile illum acriler verberari ne audeat uoquam talia iierare. i Vita S. Lanf.y p. 15.

a 1 6 M. AUGUSTIN THIERRY.

et Texemple de Tévèque deBayeux est pour pronvei que les paroles de récrivain s'appliquent à l'élévation des condainnés et non à lajuslice.de leur cause. Il a voulu montrer qu'il n'y avait pas de grandeur, qui pût échapper à la justice et à la sévérité de Guillaume. Le chroniqueur saxon ne pouvait, en effet, chercher à rappeler de la sentence qui avait frappé révêque de Bayeux.

Lorsque Guillaume était à son lit de mort, on le suppliait de mettre cet évêque en liberté. « Je m'éc( tonne, répondait le roi, je m'étonne de yotre dece mande, ne savez-vous pas que c'est un oontemc( pteur de la religion, un habile artisan de comc< plots; il devait être un juste gouverneur de l'An- <( gleterre il n'y a été qu'un inique oppresseur des (( peuples, un destructeur des moines : vous faites (( mal de demander la liberté de ce séditieux; je le « connais ambitieux et frivole, attaché aux déairs de (( la chair, plein de cruauté et de vanité; sans au- « cun doute, s'il est une fois mis en liberté, il trouce blera encore le royaume et occasionnera de grands (( malheurs. Je ne dis pas cela par haine ni parce « qu'il est mon ennemi ; mais en père de la jpatrie, c( je prévois Us dangers du peuple chrétien*. •• S*il <( se conduisait modestement et chastement, comme « il convient à un prêtre et à un ministre de Dieu, ce mon cœur en ressentirait certainement la plus « grande joie qu'il puisse encore éprouver, mais

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