‹ M. Augustin Thierry: son système historique et ses erreursChapitre 198 sur 214 · LIVR£ III · texte numérisé non relu

LIVR£ III

a reçut Tévêché de Dorchester, et ensuite celui de if. Lincoln, pour solde d'un navire (1)». M. Thierry sait fort bien que Tépithète de Fùcannensis ne signifie pas natif de Fécamp, et il n'ignore pas que Remy était moine et non pas natif du monastère qu'il nomme. Comme Ingulf» Remy fut chargé par son abbé de conduire au duc de Normandie le serrice que Tabbaye rendait à son suzerain pour l'expédition d'Angleterre. La plupart des historiens s'accordent à dire qu'en récompense Guillaume avait promis un évèché à Remy : aussi le pape Alexandre arguait-il cette élection de simonie, et refusait de la reconnaître : il fallut l'entremise de Lanfranc pour faire cesser la répugnance du souverain pontife.

Remy était cependant de. bonnes mœurs; il avait des lumières et de la piété. Gérard le Cambrien le qualifie de bienheureux. Il assure que sa manière de vivre à l'armée avait édifié tous ceux qui en furent témoins : il exalte ses travaux apostoliques et toutes ses vertus dans la conduite de son diocèse. Ce diocèse était celui de Dorecestria. M. Thierry, en traduisant par Dorchester, aurait peut-être dû prévenir son lecteur qu'il n'était pas question de la capitale du comté de Dorset. Dorecestria était au pays d'Ox-

(t) Hist, de la conq. (TAngLTom, II, p. UO. Dans la non- Telle édition M. Thierry reconnaît, p. 424 que Remy avait élé moine de Fécamp. Il a bien voulu supprimer la duplication de l'évéché.

3(i6 M. AUGUSTIN THIERRY.

ford (1) ; Remy en transféra le siège épiscopal è Lincoln. Cependant ceui qui lisent, dans les histoires de M. Thierry, que Remy reçut TéTèché de Dorchester et ensuite celui de Lincoln, ne pourraient ] soupçonner qu^il est question d'un seul évéché ; et il faut avouer que M. Thierry, contre son gré sans doute, ne s'est pas exprimé dans cette circonstance avec sa clarté accoutumée.

Ce n'est pas la clarté qui fait défaut à récriYain, c'est la vérité que l'historien dénie lorsqu'il ajoute que ce Remy et les autres prélats venus d'outre-mer (( expulsaient partout les moines qui, selon une « coutume particulière à l'Angleterre, vivaient sur (( les domaines des églises épiscopales (2). » Ces moines, au dire de Guillaume de Malmesbury, vivaient comme les hommes du siècle. La chasse, l'équitation, la chair délicate, rivroguerie et les scandales entraient dans leur manière de vie habituelle, et le grand nombre de leurs serviteurs les faisaient ressembler à des comtes plutôt qu'à des religieux (3). Les évêques avaient à réformer cet état de choses ; plusieurs d'entre eux pensèrent que

(1) « Dorecestria est villa in pago Oxenfordcnsî. » Malm. De gest. pontif,^ lib. II. C'est aujourd'hui un petit bourg à quatorze milles d'Oxford.

(^) Tom. Il, p. 44t. Tous ces détails sont reproduits dans la nouvelle édition. Tom. H, p. 425.

(3) De Gestis pontifie, Lib. primus.

Page 1