LIVRE m
Âpres là mort du Conquérant, Lanfranc ne consentit à sacrer son fils qu'après avoir obtenu de lui un serment solennel de défendre la paix^ la liberté et la sécurité des églises, et de faire régner dans tout le royaume la justice, la miséricorde et la tranquillité. Les Saxons étaient compris dans ce serment. Mais le roi Roux ne se mit pas en peine de le tenir :
— a Est-ce qu'un accomplit toutes ses promesses, disait il à Lanfranc, qui lui rappelait ses engagements?»
L'archevêque fut assez pressant néanmoins pour embarrasser le roi, qui ne pouvait plus supporter la présence ni les regards du primat.
En même temps qu'il cherchait à protéger leur faiblesse, Lanfranc luttait contre les vices des Saxons, il le faisait avec prudence et discrétion. Les historiens ont rapporté la manière dont il en usa envers les moines de Cantorbéry, dont nous rappelions tout à rheure la façon de vivre. Il ne les épouvanta pas tout d'abord par une trop grande austérité. 11 était expert dans le grand art de la direction des âmes; il savait quelle est la force de Thabitude et combien une sévérité trop subite exaspère les esprits les plus dociles. Aussi prit-il toutes sortes de ménagements ; il usa d'abord d'avertissements charitables, éclairant peu à peu ces âmes sur leurs mauvaises coutumes, et les leur faisant quitter Tune après l'autre ; il les exerçait ainsi graduellement à la pratique de la vertu, et les débarrassait insensiblement
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de la rouille de leurs TicesT : il extirpait les racines da mal et jetait les semences du bien ; il ne cessa travailler de la sorte jusqu'à ce qu'il les ail amen une pratique exacte de la discipline (I). Toute dresse de son âme était répandue sur les m i : 3 est inutile de rappeler ceux du Bec, où il avait foi des amitiés si tendres; il n'est pas nécessaire 1er d'Anselme, ni d'Herluin, non plus qaedesoi (( cher Gondulfe, » à qui a son très-cher LanCr; c( souhaitaitrheureuse persévérance de Tamitié cooh « mcncée entre eux (2). » Au milieu des sollieitudei de son cœur et de la perplexité des grandes affaires qui reposaient sur lui, il n'oubliait pas la direction des âmes qui lui avaient été une fois adressées : il se préoccupait de la vocatidn des jeunes gens, que la Providence lui avait fait connaître : il en recommandait un à saint Anselme et le priait de ne pas laisser ce jeune homme livre à lui-même ; « car, éGriyait-il u au prieur du Bec, il est arrivé à l'âge où ceux qui (( veulent se donner à Dieu sont agités de grandes (( tentations, où ils- ont à supporter toutes socles de u suggestions de l'esprit malin, où ils souffrent inii térieurement et extérieurement des sollicitations « de la chair: il faut que vous le fassiez souvent jour
(1) Malmesb. De Geslis poniif,y lib. I.
(2) « Dilcciissimo suo Gondulfo dilectissimas sans Lta^ francus dilectionîs cœpta3 felicem perseverantiam. » Lant Op. Ep. XLV.