‹ M. Augustin Thierry: son système historique et ses erreursChapitre 206 sur 214 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

M. Thierry a donc rautorilé d'Edouard Brown pour accuser Tarchevêque de Cantorbéry d'avoir corrompu les textes des saintes écritures. Edouard Brown ne vivait pas au xi* siècle et nous pouvons* déjà dire que ce n'est pas en son temps que Lanfranc a encouru les reproches de ce savant.

Les éditeurs de VAnglia sacra ajoutent en outre qu'Edouard Brown appuyait ses dires sur une courte note de Mathieu Parker mise en marge du texte de Rochester ; et ils affirment que Parker, qui n'a jamais rien annoté témérairement ou oiseusement, n'a point dit ce qu'Edouard Brown lui fait dire. Parker s'est contenté de noter « ce que les historiens les (( plus connus de notre histoire racontent de la cor- 4( rection faite par Lanfranc sur le texte des livres « saints corrompus par les fautes des scribes (1). » Il faut insister sur de tels détails. Ce n'est pas l'erreur de rhistorien qu'il importe ici de constater : c'est sa mauvaise foi. L'erreur était impossible. M. Thierry s'appuie uniquement de l'autorité d'Edouard Brown ; il est allé puiser cette autorité dans VAnglia sacra^ où elle n'est invoquée que pour être réfutée. Notre

(1) « Noaaiiud ille annotavit quam quod in vulgatissimis historicorum noslrse geniis monumentls hodie omnibus legendum prostral. Sic enim Matth. Paris : Lanfrancus lectioni assidue vacavit : libros veleris ac novi teslamenli smpiorum vitio corruptos corrigera sluduit cujus emendationis lues tam Anglorum ecclesia quam Gallornm se gaudet iliustrari. » Ang. S. Tom. I, p. 55.

historien savait donc évidemment que cette assertioD n'avait aucun crédit; il la reproduit néanmoins; pour la mieux soutenir et la faire accepter plus facilement, il a soin de lui donner de Tantiquité : ce n'est pas au xv!!** siècle, c'est dans son temps même que Lanfranc fut accusé. L'historien met encore quelques ornements au fait qu'il signale. Cette saisie opérée par toute l'Angleterre,! cette correction faite de la main même du prélat, sont d'un effet plus dramatique : cela relève le récit et fait mieux voiila méchante inspiration de Lanfranc.

Mais quel profit Thistorien tire-t-il de toutes ces ruses? pourquoi ces habiletés? pourquoi ces déguisements? Parce qu'on est philosophe» On hait l'Eglise. On trouve une joie non pareille à attaquer la foi chrétienne qu'on déteste, et qu'on ne peut pas combattre honnêtement. On était entré dans la lutte avec des illusions et des espérances ; on croyait au nom de la science pouvoir faire bonne et prompte justice de ces doctrines et de ces saints dont on est fatigue ; quand on s'est un peu approché des questions, on a bientôt reconnu que cela n'était pas aussi facile qu'on avait imaginé d'abord ; il en eût peu coûté d'avouer une illusion de jeunesse; on af ait ses raisons, à ce qu'il paraît, de persévérer dans sa haine: pour la satisfaire, on s'est trouvé tout heureux et tout aise de ramasser et de répéter une vieille calomnie inepte ; on se donne ainsi le prétexte de citer Edward

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