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-OU ne pas oser encore contredire cette vanité nationale. Elle conduisait du reste à des conclusions bizarres. Le meurtre du Franc, évalué au double du meurtre du Romain, est une marque d'orgueil que tout le monde comprend. Mais le crime du Franc, évalué au double de celui du Romain, constitue un privilège qui ferait aujourd'hui peu de jaloux. La loi des Ripuaires cependant l'établit expressément. Le Ripuaire qui n'obéit pas au ban du roi est taxé à soixante sous et le Romain à trente seulement. Le Ripuaire qui refuse l'hospitalité à l'envoyé du roi paie encore soixante sous ; pour le même délit le Romain n'en paie que trente (1). Ce n'est pas le lien plus étroit entre la royauté barbare et les hommes de même race qui faisait ainsi évaluer à iin plus haut prix le délit du Ripuaire. Dans des cas où la royauté n'est pas en question, la même différence subsiste encore. L'ingénu, qui violait la sanctification du dimanche en vaquant à des œuvres serviles autres que celles nécessaires à sa subsistance, payait quinze sous de composition s'il était Barbare et sept et demi seulement s'il était Romain (2). Les hom-
(4) « Si quis legibus rcgis sive in hoste seu in relîquam ntilitalcm bannitus fuerit et minime adimpleverit... LX sol. multelur. » Lex Ripu. LXIV.
« Siquisaulem Romanus... hoc fecerit... XXXsolid. culp. jndicetur. » Lex Ripuar LXV.
(2) Childeberli constitutiones. « Si quiscunque ingenuus, excepto quod ad coquendum vel ad mandncandum pertioet,
mes d'aujourd'hui ne seraient pas curieux du privilège barbare en ces circonstances.
Pour rendre plus logique et plus nécessaire la distinction des races, M. Thierry exagère autant qu'il lui est possible la barbarie de mœurs des Francs et les ravages de la conquête. .
Il ne nous appartient pas de reprendre ici la thèse de Tabbé Dubos, qui concluait qu'il n'y avait pas eu de conquête : si nous osions cependant, nous dirions qu'il n'y en a pas eu autant que M. Thierry veut en voir. Ce qu'on a appelé le système de Dubos, en effet, n'a jamais été complètement réfuté; et l'assentiment de dom Bouquet est, comme nous avons dit, bien capable de contre-balancer la grâce et l'esprit mordant de l'auteur de r Esprit des lois. De nos jours, les conclusions de Dubos, débarrassées de tout ce qu'elles pouvaient avoir de trop absolu, ont été reprises, développées et établies sur des documents authentiques par M. de Pétigny (1). L'ensemble des preuves qu'il a rassemblées est frappant : l'Empire apparaît succombant sous le poids de ses alliés tout autant que sous les efforts de ses ennemis. Le système de former avec les Barbares des troupes
opora alla in die dominico facere presumpseril, si Salicus tuerit, solidos XV coniponat;si Romanus seplem cl dimidium. » Tit. XV.
(1) Études sur rhistoire, les lois et les institutions mérovingiennes^ par M. de Pétigny, 3 vol. in-8.
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destinées à la défense de l'Empire, et l'usage de concéder des terres aux milices, contribuaient à introduire les bordes envabissantes au milieu de la domination romaine. Elles y entrèrent encore à titre de confédérées, lorsque, cbassées de leurs pays, elles demandaient asile les armes à la main. Elles reconnurent alors la majesté romaine et s'engagèrent à servir dans les armées de la République. Elles reçurent pour prix de cette reconnaissance des terres incultes et formèrent des colonies militaires qui, en se multipliant, devinrent une cause de ruine pour l'Empire. Ces concessions, que la politique aurait dû interdire, étaient d'autant plus facilement accordées que Tusage ancien en couvrait la honte et dissimulait . la faiblesse qu'elles révélaient. La condition du service militaire faisait dire que la sagesse et la puissance de l'empereur avaient converti en soldats fidèles ses plus dangereux ennemis. On sait ce que . valut cette fidélité. Elle était néanmoins accompagnée d'un certain respect pour la majesté impériale. Tout en détruisant l'Empire les Barbares étaient fiers d*y être incorporés. C'était une vérité et une flatterie tout à la fois que l'empereur Valentinien adressait au puissant roi des Goths, Théodoric, lorsqu'il lui écrivait lors de l'invasion des Huns : Secourez l'Empire dont vous êtes membre.
Les Francs se regardaient aussi comme membres
deTEmpire; si on en croit un historien du vi* siècle,
Glovig ne se serait pas cru maître du royaume des Yisigoths si Tempereur ne lui eût confirmé la po8« session de cette conquête (1). Entrés violemment sous la domination romaine, les Francs admis à y vivre pacifiquement par une concession de l'empereur Maxime, s'étaient mêlés aux armées de la République ; comme tous les Barbares, ils avaient souvent vu leurs compatriotes, devenus tout-puissants à la cour impériale, chargés de les châtier et de les ramener à une discipline plus exacte. Ils avaient toujours poursuivi l'agrandissement du territoire qui leur avait été concédé sur les rives du Rhin et de TEscaut, et ils avaient selon les occasions tour à tour fait la guerre ou formé des alliances avec l'Empire. Aussi, si les Francs de Clovis étaient véritablement des barbares, (et les meurtres commis parlesroismérovingiens, leurs trahisons continuelles, le débordement de leurs mœurs, leur avidité pour les trésors sont des preuves incontestables), il faut reconnaître cependant que ces barbares n'étaient pas étrangers à toute civilisation romaine. Plusieurs d'entre eux avaient occupé des postes éminents dans les armées ou à la cour des empereurs. Un roi franc, au dire d'Ammien Marcellin, Merobaude, étaitcomte des do-
(^) « Quod ne fieret adeo non impedire Romani potaerunl...nec vero Franci Galliarum possessioncm sibi certain ac stabilem fore putabant, nisi illam imperator suis litteris comprebavisset. » Proeop., de Belio Gailieo. Lib. IIU
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mestiques et fut deux fois consul (377-383) (l)^ Arbogast, qui disposa à son gré de l'Empire, était Franc ; M. de Pétigny suppose qu'il était parent de Marcomir et de Sunnon (2) : il apparlenait du moins à la même tribu ; celte tribu salienne que commanda Clovis, dont Clodion agrandit la puissance et dont Ghildéric conduisit les armes dans toute la Gaule, encore directement soumise à la domination romaine. •Ce père du fort roi Clodovée^ comme l'appellent les anciennes chroniques, avait été, après la mort du comte Paul, revêtu par les empereurs, de la dignité de maître de la milice ; il avait sous ce titre suprême commandé aux forces de l'Empire, s'était battu sous les murs d'Orléans, s'était emparé d'Angers, et avait résidé à Paris. Des relations aussi multipliées avec les débris delà civilisation romaine avaient dû adoucir quelque chose des mœurs germaniques; et au VI* siècle, Agalhias (550) trouvait les Francs bien différents des autres Barbares. Ils ne sont pas nomades comme les autres, disait-il, ils usent de la politesse romaine. Pour une nation barbare, ils semblent tout à fait civils et policés : véritablement ils ne diffèrent de nous en rien que par le langage et l'habit (3). On peut croire que les guerriers de
(i) « Mellobaudem comitem domesticoram regemque Francorum. » Amm. Marc. Lib. XXXI.
(2) Etudes sur les insliluiions mèroving.j lom. ï, p. 152.
(3) Agathiœ hisioria^ liber I, p. 13.
Clovis (481 -S 11) possédaient quelque chose de cette politesse, à laquelle rhlstorien bysantin rend ainsi justice; du moins il est difficile de supposer que ce peuple eut pu dépouiller en si peu de temps l'air hideux et farouche sous lequel M. Thierry se complaît à peindre les compagnons de Clovis (l). Ce qu'il y a de curieux, c'est que M. Thierry emprunte précisément les traits de son tableau à l'historien grec, qui rend aux Francs le témoignage que nous venons de citer. Il faut expliquer cette contradiction.
Agalhias, ainsi que Procope, décrit lès armées qui durant le vi* siècle envahirent l'Italie (o39-î)53). Les populations de la Thuringe étaient alors soumises à la domination des Francs. Dès le temps des fils de Clovis, la férocité de ces populations et leur entier oubli du droit des gens faisaient horreur aux leudes du roi Thierry. Ce roi, pour exciter l'indignation de SCS compagnons, leur rappelait les atrocités naguère commises par les Thuringiens : (( Ils ont tué les « otages, ils sont entrés dans notre pays et Tout (( dévasté. Ils ont suspendu les enfants aux branchés « des arbres par le nerf de la cuisse ; ils ont massa- « cré plus de deux cents jeunes filles : ils les liaient « par les bras au cou de leurs chevaux et, poussant « ceux-ci de divers côtés à coups d'aiguillons, ils « ont mis ces malheureuses en morceaux. Ils en ont
(I) Letl. sur rhûH. de France^ p. 90 el suiv.