‹ M. Augustin Thierry: son système historique et ses erreursChapitre 80 sur 214 · LIVRE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I

roDS pas à une pareille assertion ; cette origine de la noblesse n'est pas sérieuse. Les tumultes, les aventures ou le crime peuvent causer des désordres, prendre une grande influence dans un Etat ou contribuer à sa destruction y mais il n'y a pas apparence de croire qu'ils puissent fonder quelque chose de stable, et les combinaisons de Tintrigue humaine ne sauraient arriver à cette puissance. Selon la remarque très-judicieuse et très-forte de M. Guizot : a An- ¥ cun grand événement n'arrive par des causes com- « plétement illégitimes: soit à côté, soit au-dessous « dç celles-là, il y a toujours des causes légitimes, de « bonnes et j ustes raisons pour qu'un fait importe tant s'accomplisse (1 ). » Quand le crime et le vice apparaissent seuls, il faut démêler dans leur triomphe quelques raisons de châtiment qui ne se montrent point en France dans l'établissement de la noblesse. La logique et le raisonnement s'opposent donc à Taxiome de M. Thierry. Il n*est non plus fondé sur aucun témoignage historique.

Contredire ce principe, ce n'est pas nier qu'aux temps mérovingiens les ambitieux, les aventuriers, et les turbulents n'aient obtenu des succès et fait souvent figure. On comprend que dans le péle-méle de ces époques, au milieu des guerres et des vicissi-

gée dit: noblesse gaerrière, oisive et turbulente qui se recrutait par degrés dans les rangs inférieurs, a dominé... (4) Hist, de la civ. en France, 3« leç.

tudes de toutes sortes qu^occasionnait le partage ou la réunion des royaumes, bien des audacieux, sans autre mérite qu'un talent d'intrigue ou d'audace, aient pu parvenir à se procurer de la puissance et du crédit, M. Thierry a raconté en détail la vie d'un personnage de cette sorte, le comte Leudaste. Saint Grégoire en a cité plusieurs autres. Nous voulons rapporter l'histoire d'Andarchius, parce que, en faisant connaître les moyens généraux et honorables que les hommes de la plus basse extraction avaient pour s'élever à de meilleures conditions, elle donne aussi l'exemple d'une de ces catastrophes où conduisaient en ce temps, comme de nos jours, l'impa* tience de jouir et le désir de s'élever subitement sans souci des lois divines et humaines.

Félix, sénateur de Marseille, avait, au dire de saint Grégoire de Tours, un esclave nommé Andarchius. Cet esclave, dès sa petite enfance, avait été attaché par les parents de Félix au service particulier de son jeune maître et resta son compagnon de jeux et d'études ; il sut profiter de la bonne éducation qu'il se trouva à même de recevoir. Il s'instruisit pleinement aux belles lettres^ à la jurisprudence et au. calcul; mais, orgueilleux de son savoir, et méprisant dès lors la maison de ses maîtres, il chercha à gagner les bonnes grâces du duc Loup, envoyé à Marseille par le roi Sigebert. Loup apprécia les talents de l'esclave ; en quittant Marseille, il l'emmena

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