‹ M. Augustin Thierry: son système historique et ses erreursChapitre 81 sur 214 · LIVRE II. — CHAPITRE L · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE L

aTee lui et Tintroduisit bientôt auprès du roi. Sigebertf roi d'Austrasie, était de tous les petits-fils de GlOTis celui qui rappelait le mieux les grandes qualités et rintelligente politique de son aïeul. Il prit Andarchius à son service, Tenvoya à diverses missions et enfin lui donna occasion de porter les armes et 4'aller à la guerre. Dans une nation guerrière, c'é-* tait là le privilège des hommes libres. Andarchius, lOQtenu par la faveur royale, fut désormais un per- ' sonnage de considération. Il vint à Glermont et s'y lia d^amitié avec un citoyen de cette ville, nommé Ursus. Ursus était riche, et il avait une ifille. Andarchius songea à Tépouser. Nous n'avons pas besoin de dire qu'il avait Tesprit vif, plein de ressources, le caractère entreprenant : ses succès jusqu'à ce jour le prouvent suffisamment, et il se persuada pouvoir arriver à la fin de ses désirs. L'histoire ne nous apprend pas si Ursus repoussa les premières propositions de l'ancien esclave, mais elle signale les ruses auxquelles ce dernier eut recours pour avancer ses affaires auprès delà femme d'Ursus. 11 voulut d'abord M faire passer pour riche ; il renferma des ferrements, sa cuirasse, dit-on, dans un coffre (de ceux où on avait coutume de serrer les chartes) et le remit à la mère de la fille qu'il convoitait, en lui donnant à entendre que ce cofi're contenait seize mille pièces d'or. Ceci se passait en l'absence du mari. Une si grosse somme devait éblouir une femme

crédule: Andarchius sut encore lui insinuer que tout cet argent lui appartiendrait si elle consentait à lui donner sa fille en mariage. Alléchée par Tappât de ces richesses, la femme d'Ursus s'engagea : et Andarchius songea à faire valoir les droits que ce ' consentement lui conférait. Il obtint un privilège du roi, et se présentant devant le juge du lieu, il demanda à se marier :

— J'ai donné des arrhes, disait-il, pour épouser cette fille.

Ursus refusait.

— Je ne sais qui tu es, et je n'ai rien à toi.

La discussion s'échauffant et ne tournant peut-être pas au profit d'Andarchius, il prétendit faire comparaître Ursus devant le roi lui-même. Les parties se rendirent à Braine. Là, Andarchius conduisit un autre homme du même nom d'Ursus, dans une église, et lui fit prêter serment que lui, Ursus, consentait à donner sa fille en mariage à Andarchius ou à lui compter seize mille sous d'or. Il y avait dans la sacristie des témoins qui entendaient tout sans voir les personnages. L'autre Ursus, néanmoins» confiant dans son bon droit, fut facilement apaisé : il ne fut pas difficile de lui faire croire que son adversaire renonçait à des prétentions mal motivées ; il retourna dans son pays sans avoir parlé au roi. Andarchius alors se présente devant Sigebert, lui montre la cédule du serment que les témoins avaient entendu :

Page 1