LIVRE JI. — CHAPITRE
avait faits ou qu'elle pourrait faire désormais aux églises et à ses serviteurs. Clotaire accéda à ses demandes : il fit faire des lettres pour donner à savoir qu'il prenait Consortia sous sa protection, et que quiconque machinerait quelque chose contre elle encourrait la colère royale.
Ensuite, dit l'historien, la servante de Dieu s'en retourna chez elle.
Quelque temps après, Clotaire vint à mourir. La partie de la Provence, où vivait Consortia, échut à Sigebert. Ce roi y envoya pour gouverneur un des principaux de sa cour, nommé Hecca. Quand Hecca fut arrivée le diable, dit l'écrivain contemporain que nous suivons dans toute cette histoire, le diable, agissant par l'organe d'un des habitants de la contrée, fit savoir au gouverneur qu'il y avait dans le pays une fille fort belle et fort riche, issue d'une noble famille, dont elle était Tunique héritière; qu'elle avait de grandes terres, des sommes d'argent innombrables et de toutes sortes de meubles en abondance. Hecca envoya l'un de ses serviteurs annoncer à la servante de Dieu que le gouverneur rirait prochainement visiter. 11 y alla ; et après l'avoir saluée simplement et entretenue quelque peu, il accepta selon la politesse de cette époque un léger repas. Cependant, il examinait curieusement Consortia ; il admirait sa beauté et la sagesse de ses discours; il sentait s'allumer dens son âme un feu qu'il ne
savait comment réprimer. Il ne s'ouvrit pas néanmoins de ses projets; mais en toute hâte se rendit auprès du roi. Après lui avoir rendu compte des actes de sou administration, il lui dit :
^- Il y a dans ce pays une fille non mariée^ qui^ de* puis la mort de ses parents^ vit toute seule au milieu de ses domaines, je vous prie, si j'ai quelque méjite à vos yeux, de me permettre de la prendre en mariage.
Le roi consentit volontiers : et sur la demande d'Hecca, il envoya même un de ses serviteurs annoncer sa volonté royale à Consortia et la prévenir de se préparer à célébrer le mariage dans trois jours. A cette nouvelle, la sainte fut profondément affligée ; elle se contenta de répondre :
— Celui qui résiste aux puissances résiste à Tordre de Dieu ; je suis la servante du roi, je ne puis résister à ses ordres ; je m'appliquerai toujours à faire ce qu'il m'ordonnera.
Elle parlait ainsi, ajoute l'historien, qui était son compatriote, elle parlait ainsi en songeant au véritable roi, qui est Notre-Seigneur Jésus-Christ. Les messagers crurent qu'elle parlait du roi Sigebert, et ils retournèrent promptement auprès d'IIecca. Celui-ci faisait joyeusement ses préparatifs : au jour fixé, on vint annoncer à Consortia que son époux arrivait, et que déjà on pouvait le voir sur l'autre rive de la'Durance. Toujours confiante en Dieu, elle sortit de chez elle magnifique-