‹ M. Augustin Thierry: son système historique et ses erreursChapitre 86 sur 214 · LIVRE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE II. — CHAPITRE I

ment velue et entourée d'un cortège de pauvres, qui faisaient retentir l'air de leurs chants. Hecca cependant traversait la rivière ; impatient de se trouver auprès de sa fiancée, en abordant il saute inconsidérément de la barque. Il tenait ses armes à la main; le pied lui ayant manqué, il tomba sur sa lance et s'en perça : il expira sur la rive. Consortia admirant les desseins de Dieu, leva les yeux au •ciel, fit enlever ce corps, l'enveloppa dans un linceuil et l'ensevelit.

On alfa raconter cette mort à Sigebert : il en reçut la nouvelle le jour de sa naissance. Sa sœur était assise auprès de lui, elle vit sa tristesse et lui en demanda la cause. Le roi raconta tout ce qu'on venait de lui apprendre de la déplorable fin d'Hecca.

-» « Je crois, reprit alors la princesse, que cette fille, à l'occasion de laquelle Hecca est mort d'une façon si funeste, est cette Consortia, une vierge sainte, qui, au temp^du roi notre père, est venue ici de la province de Marseille, et dont les prières m'ont guérie : prenez garde qu'on ne fasse rien imprudemment à son encontre; il en arriverait de grands désastres dans votre royaume; notre père l'aimait beaucoup. »

Le roi, frappé de cette révélation, prit des rensei^ gnements et connut toute la vérité : il envoya aussitôt des lettres au gouverneur de Provence, lui ordonnant de veiller à ce que Consortia n*eût désormais à

souffrir aucune inquiétude et pût jouir de tous les privilèges que le roi Clotaire lui avait accordés (i).

Nous n'avons cité dans toutes ces anecdotes que des tentatives malheureuses faites par les grands elles seigneurs de la cour auprès des fortunes gallo-romaines : cela suffit à marquer la tendance que nous voulions indiquer. Du reste, les documents anciens signalent des entreprises analogues qui réussirent pleinement, et ils témoignent en maintes circonstances des alliances entre les Francs et les Gallo- Romains. Des les premiers temps de la conquête, la distinction des Baces n'y était pas un obstacle ; le nombre de ces unions dut naturellement tendre toujours à s'accroître.

Le père de saint Médard s'appelait Nectard et était, dit Thistorien du saint, de la puissante race des Francs ; sa mère était Romaine et s'appelait Protagie (2). Il est question dans l'histoire de saint Colomban d'un duc Waldelelmus dont la femme se nommait Flavie (3). S'il faut se fier à la forme des noms dont M. Thierry veut faire un argument, on peut encore citer comme exemples d'alliances entre les Gallo- Romains et les Francs.saint Omer, dont le père s'appelait Friulfus et la mère Domitia (4) : la

(1) Acta SS. OrdinisS. Bened. Saec. 1.

(2) D. D'Achery. Spicilegium. Tome VI II.

(3) Acta SS. Ord. S. Bened. Sacc. 2.

(4} Ibid.

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