LIVRE II. — CHAFITKE IL
qu'ils lui conservèrent. Soumis violemment au roi ChilpériCy ils essayèrent à sa mort de retourner au pouvoir du roi d'Austrasie, et ils se mirent sous Tautorité de Childebert. Pour triompher de leur fidélité, Contran dut envoyer des armées ; en se soumettant, ces peuples disaient encore que le roi Contran, ayant adopté ses neveux, Childebert et Clotaire, devrait être regardé comme leur père, et qu'à ce titre tout le royaume des Francs lui était dévolu (I). Cette fidélité à la race royale se combinait d'ailleurs avec toute la violence des mœurs de cette époque : et si Ton pouvait adopter les distinctions que M. Thierry proclame, il semblerait plus conforme à la vérité de dire que la famille royale trouvait dans les Callo-Romains son appui contre la haine et le ressentiment que lui opposaient les Francs. Il fallait, en effet, souvent réprimer la cupidité et la violence des grands ; les sympathies des petits secondaient ces efforts : lorsque les intrigues d'Égidius, évêque de Reims, soumettaient à Chilpéric les villes de Childebert et rendaient larmée de ce dernier inutUe; le peuple, le petit peuple, dit S. Grégoire (2), se souleva contre cet évêque et les autres conseillers et tuteurs du jeune roi : u II faut a chasser de la présence du roi, disait-on, ceux qui « vendent son royaume, soumettent ses cités et li-
(0 s. Greg. Lib. VU, c. xn et xiii.
(2) c Minor populos. » S. Greg. Lib. .VI, e. xxxi.
4i vrent son peuple à une domination étrangère ! » Tout en murmurant ainsi et proférant ces plaintes, un matin ils prirent leurs armes et pénétrèrent dans la tente du roi, pour se saisir de l'évêque et des seigneurs. L'évêque, averti à temps, prit la fuite et se dirigea vers sa ville épiscopale. Le peuple le poursuivit avec de grands cris, lui jetant dès pierres et l'accablant d'injures. Egidius ne dut son salut qu'à la rapidité de sa fuite. Elle fut telle qu'aucun de ses compagnons ne put le suivre, et il ne songea même pas à ramasser une de ses chaussures qu'il avait laissé tomber. Saint Grégoire condamne les intrîigues d'Egidius et note sa conduite (1). Je n'ai pas à examiner si le tumulte, dont je viens de parler, qui s'éleva contre lui, fut justement provoqué; mais il faut en marquer le prétexte, qui fut la fidélité au roi et le bien de son service.
A la mort de Chilpéric, Gontran fit rendre à tous ceux qui en avaient été dépouillés les richesses que les leudes de Chilpéric leur avaient injustement enlevées. Il donna aussi beaucoup aux pauvres (2). Se défiant des hommes au milieti desquels il était venu, il ne sortait plus, au dire de saint Grégoire, qu'entouré d'une escorte considérable. Un dimanche, à l'église, pendant la mesSe, au moment où le diacre allait lire l'Evangile, le roi se tourna vers le
(1) Lib. X, c. XIX.
(2) Lib. VII, c. VII.