‹ M. Augustin Thierry: son système historique et ses erreursChapitre 98 sur 214 · LIVRE II • — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II • — CHAPITRE II

peuple et prit la parole : Je vous conjure vous tous; « hommes et femmes qui m'écoutez, dit-il, de me « garder une foi inviolable et de ne pas me tuer « comme vous avez fait de mes frères ! qu'il me M soit permis, au moins pendant trois ans encore, « d'élever mes neveux, qui sont mes fiFs adoptifs ! « car si je mourais, vous auriez à craindre de périr « vous-mêmes avec ces petits enfants, puisqu'il n'y « aurait plus dans notre famille un seul homme ro- « buste capable de vous défendre. » Et tout le peuple, dit rhislorien, éleva vers Dieu sa prière pour le roLfl). C'était le peuple de Paris. 11 est permis de croire que ces hommes, dont se défiait Gontran et dont les projets l'engageaient à se recommander par des paroles si étranges aux prières des fidèles, étaient les leudes de Neustrie. Saint Grégoire nous apprend encore qu'un jour un pauvre avertit Gontran qu'un ancien chambrier de Chilpéric, Faraulf, cherchait à le tuer. — Le nom est germanique : M. Thierry conclurait que le personnage est Franc.

Les seigneurs du reste ne dissimulaient pas leurs projets funestes : leuf colère éclatait parfois en menaces atroces.

— <K Nous te disons adieu, ô roi, disait Gontran-Boson, et nous savons que la hache qui a brisé la tête de tes frères est encore bonne, elle

(h) Liv. VU, c. xviii.

te frappera bientôt et te fera sauter la cervelle. » Gontran-Boson, qui menaçait avec cette yiolence le roi Gontran, était envoyé auprès de lui au nom du jeune roi Childebert. Au moment où ce messager insolent se retirait, le roi Gontran, furieux à son tour, lui Qi jeter du crottin de cheval, de la boue et des immondices (1). Quand les relations officielles et publiques en étaient à ce degré de violence et de grossièreté, il faut imaginer ce qu'étaient les relations privées. Ces colères des seigneurs francs ne s'adressaient pas seulement aux princes d'un royaume étranger. Les propres leudcs de Clotaire I Taccablèrent^'injures et le frappèrent pour le forcer à les conduire au combat contre les Saxons (2). On voudrait croire qu'il n'y avait que les hommes d'origine barbare pour se livrer à de telles violences; mais les récits de saint Grégoire témoignent qu'elles étaient générales. Mummol et Didier étaient Gallo-Romains, et ils se portèrent envers Magnulf, évéquede Toulouse, aux plus extrêmes brutalités, le frappant à coups de poing, de pied et de bâton (3) ; dans la compagnie de Gontran-Boson, au moment où il insultait le roi Gontran, se trouvait même un évéque, Egidius, l'évoque de Reims, dont nous avons déjà parlé, qui fut condamné plus tard à cause de ses nombreuses

(I) Lib.vii, c. XIV.

(2) Lib. IV, c. c. xiv.

(3) Lib. YII, c. xxviii.

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