DORVAL, HENRIETTE
Te voilà bien rêveuse , mou enfant ; tu ne parais pas encore bien décidée. . . Folville. . .
Je l’abhorre.
Tant pis ! c’est encore là une manière d’aimer. Henriette.
Non pas pour moi', je vous en assure mon père, et s’il faut vous parler franchement , je vous dirai qu’il y a longtems que j’anrais rompu avec mon cousin , si je n’avais craint de vous déplaire.
DORVAL
- Ah ! c’est pour moi. . .
Henriette.
Tout à fait, mon père ; je vous entends toujours faire son éloge ; vous ne vous plaisez qu’avec lui, vous ne riez
S u’avec lui , vous le citez à tout propos comme un modèle 'esprit , dè franchise , de courage ; 4 je voyais bien que je vous désobligerais en y renonçant.
DORVAL
C’est une attention bien délicate, bien généreuse, mais
ï€ M. BEAUFIL S..
entendons-nous pourtant. Ton cousin est un fort aimable garçon , et pour mon compte , je l’aime assez partequ'il m'amuse , ne doute de rien et se moque de tout le monde; tout cela est fort bien pour moi, qui nè vtux pas l’épouser ; mais je n’en suis pas moins tout prêt de convenir ajrcc toi que cet aimable g^rçon-là ferait un très-mauvais mari; • d’abord il ne t’aime pas.
Pardonnez-moi ; la liaine ne me rend point injuste $ je sais fort bien qu’il m’aime, mais sa conduite. . .
j Ali ! pour sa conduite , elle est détestable.
Henriette.
Très-légère au moins ; on aura beau me dire qu’il aime ses parais , qu’il a des amis. . .
A la bonne heure ! mais cette humeur querelleuse qui lui a valu certaines affaires. . .
* Henriette.
Sur cet article-là , mon père, vous n’.êtes pas de bonne * foi*, et vous oubliez que vous m’avez dit cent fois qu’à'sa plaça vous en eussiez fait autant.
Oui morbleu ! mais .il est sans ordre , criblé de dettes, Henriette.
Tous les jeunes gens ont ce malheureux défaut.
DORÏU. '
Et pis'que tout cela, cette manie de rimailler , cette rage de comédie.
Henriette
Voilà ce qui est affreux, puisqu’il sait que cela vous déplaît ; il assure, il est vfai, qu’il y a renoncé.
DO R VAX. . r
C’est là ou je t’attendais , car je ne sais pas si- tü t’ap^ perçois que, nous avons insensiblement changé de rôle , et que je l’attaque,, moi qui l’aimq, tandis que. tu le défends, toi qui l’abhore. t
Henriette.- ‘
Je le défends ! vous m’avez donc bien mal entendue.