SCENE VI
Mad. DE VERSEC, DORVAL.
Le coquin se moque de nous.
Mad, D E V F. n S E c.
De vous, mon frère, c’est probable ; mais de moi, je • voudrais qu’on s’en avisât. «
11 y a des gens qui s’avisent de tout : quoiqu'il en soit ma sœur vous voilà tout à fuit prononcée contre ce pauvre Victor. *
Mad. DE V E a s E c.
Etes- vous déjà d’un autre avis? cela ne m'étonnerait pas, vous avez tant de caractère!
Je tiens à mon opinion : aussi long-tems que je la crois bonne , et si véritablement il allait nous prouver. ....
Mail DE VerSEC.
Qu’il ne fait plus de dettes, quand j’ai en main la note de ses créancier, qu’il île vas plus chez celte dame de* Finta! , quand je viens do surprendre un billet d’elle que j’ai remis à nia nièce; qu’il ne fait plus comédie , quand à l’instant même ou vient de vous dire le titre de sa pièce et de vous indiquer^ théâtre où l'on doit incessamment la jouer.
Si le fait est vrai , je ,1e saurai bientôt de la manière la plus positive, et je tiendrez ma parole; Folville n'aura pas ma fille ; mais ne peut-on la lui refuser sans la donner à ce M. Beaufils dont vous vous êtes mis en tête de faire mon gendre.
M. n E A U F It S. iS
Mad. D E V E R S E C.
Mon dieu , mon frère, je sais mieux que vous ce qu’il faut à ma nièce ; j’ai été mariée trois fois, et je puis répondre par expérience qu'une femme en mariage est d’autant plus heureuse que son époux
Est plus sot peut-être
Mail. DE V F. R S E C.
Pas précisément , mais plus simple du moins ; rappellcr.vous combien votre femme était heureuse avec vous.
D O ti V A i,. '
Je m’en souviens avec plaisir , mais vous me permettrez de n’en pas tirer la même conséquence : après tout , je n’ai vu votre protégé qu'une fois.
Mail, de Verse c.
C’est un garçon d’une naissance très - distinguée ; son père était receveur des tailles à Vendôme ; il est très -riche , encore plus économe : jl a un ton parfait , et je ne le proposerais pas à ma nièce , si je n'étais pas décidée pour mon compte à renoncer à 1 hymen.
Tu dieu, quel sacrifice !
Mad. DE V E R S E G.
Vous me trouveriez donc bien téméraire d’oser prétendre à me remarier?
Non! c’est votre mari, ma sœur, que je trouverais téméraire.
Mad. de Vers f. c.
Cette réflexion est de! bien bon goi'it , il faut en convenir Mais que veux madame? ( Entre une marchandé
de modes. )
Les Mêmes, UNE MARCHANDE DE MODES»
La marctiande.
Je désirerais parler à M. de Folvillc*. »
Mad. de Ver SEC, (A sort frire , à part. ) C’est quelque créancier. ( Haut'. ) Il est sorti , de quois’agit-il, madame?
La marchande.
t|e venais lui 'présenter la note des fournitures que je lui ai faites.
Mad. DE V E R S E C.
M ais, madame n’est-elle pas marchande de modes?
La marchande.
Pour vous servir , madame.
Mad. de Verse e.
Alors je ne vois pas bien quelles lournilures. . .
La marchande.
Toutes choses du dernier goût, des chapeaux, des voiles, des schals.
Pour monsieur de Foiville ?
La marchande, ( finement. )
Pour son compte.
Mad. D e V E n S E C.
Ah î oui , j’entends et vous , mon frère ?
Je devine à peu près.
La MARCHANDE. .,( avec volubilité ).
On peut se dispenser de regarder ,inon mémoire, je ne surferais pas à un enfant : d'ailleurs ma maison est connue et pour le goût, la nouveauté, surtout pour l’invention, j’ose me vanter de n’avoir pas de rivaux.
Pour l’invention ?
La MARCHANDE. »
Oui , monsieur, je suis l’auteur du ré/.ii vénitien , du corset à la Valaisannej du bonnet-à la Creole : il n’est pas que vous n’ayez vu des capotes à l’invisible.
D O R V A L. I Oui, j’ai \u la caricature.
La marchande.
Eh bien , c’est à moi .que l'on doit cetje idée.
La laideur vous doit des remercimens.
La marchande.
L’atnour m’en doit , peut-être d’avantage. La beauté ne cherche pas toujours les regards , et vous m’avouerez qu’il est quelquefois très -agréable de pouvoir passer sans être vue.
. Mad. DeVeRSE C.
Vous songez à tout , Mad. la marchande.
•.La marchande.
Avec un peu d’expérience....
Mad. DE V e R s E C. ( à la marchande ). # Revenons à votre affaire, M. de Forville est sorti pour »
l’instant et comme il est possible qu’il ne rentre pas rie la journée, si vous voulez me suivre, j'acquitlerai votre mémoire.
La marchande.
^ïadame est trop bonne ; je ne venais pas pour cela ; mais .comme on a toujours besoin de ses fonds dans le commerce. . .
Mad. DE V F. r S E C.
Sans doute, (bas à son frère). Cette, pièce est convaincante , et je veux pour raison qu’elle reste entre mes mains.
( elles sortent ).