FOL. VILLE, F 1 R M I N
F i h M I N. ( Pendant la Scène précédente , il a prêté l'oreille à la conversation , en feignant de ranger dans cette salle. Il s'approche , regarde son maître d'un air triste , et celui-ci lui rit au nez ).
Riez , monsieur , vous en avez sujet , et notre position est vraiment très-joviale.
Folville.
Jet’ai laissé le droit de sermoner à ta manière aux jours de mon opulence , et je ne veux pas t’en priver, lorsque c’est à cela que se bornent tés profits : mais laisse-moi achever mon plan.
Encore des plans ! Ah ! monsieur, pendant que vous y êtes, si vous pouviez en faire un de conduite dont le dénouement 'fut de payer vos dettes.
Folville.
C’est précisément de quoi je m’occupe.
Songez que les créanciers nous harcellent , et qu’à moins de trou crdesgens qui veuillent aller en prison pour nous. . .
Folville.
.Pourquoi n’irions-nous pas nous-mêmes ?
Il est vrai que nous avons toujours cette ressource ; mais si vous aviez voulu vous abstenir, seulement pendant six mois, de faire des comédies et des dettes, nous n'en serions pas réduits à cette extrémité.
Folville.
Voilà ce que c’est que d'être un sot, on ne voit qu’un coté des objets : d’abord il ne faut qu'un instant pour payer ses dettes.
Pardonnez-moi, il faut encore de l’argent.
Folville.
Nous en trouverons ; quand à ma pièce , elle était faite avant nos conventions ; je n’ai pas dit positivement que
j’en fusse l’auteur en la fesant recevoir , et mon oncle enterré dans le fond du marais ne sait pas seulement pour quel théâtre je travaille.
Il le découvrira.
FotVILLE
Trop tar 1 , puisque j’épouse aujourd’hui.
Il est vrai que ce mariage est très-probable et très-prochain sur-tout , car excepté votre t.uile dont vous dépendez, le père de la demoiselle et la demoiselle elle-même, tout le monde y consent.
Fqlville.
Tu t’amuses à compter les obstacles, et moi je les franchis.
Mais enfin , si vos folles espérances nu se réalisent pas ^ que Ferez-vous ?
Folville.
Alors je ferai. . . des comédies.
Dans ce cas, monsieur, donnez -moi mon compte, c’est-à-dire un certificat ; dans l’état où sont les finances, il y aurait conscience à rien exiger de plus.
Folville.
Comment, tu veux me quitter? je n'entends pas cela et je prétends bien que tu continues à vivre avec moi.
A mourir, dites donc, car au régime où vous m’avez réduit , je veux être pendu si j’ai plus de tems à vivre qu’une pièce nouvelle.
Folville.
Tuas un fond d’esprit uaturel, tu m’aideras, et je veux t’apprendre à rimer une arrielte , comme nos faiseurs d’opéras-comiques.
Moi, poète!
Folvilee.
Je ne dis pas cela.
Et moi , je dis que vous aüriéz dù laisser là «toutes ces balivernes où il n ’y a pas de l’eau à boire, 4 . . . ,
11 n y a que cela , au contraire.
Tenez , Monsieur , vous avez beaucoup d’esprit , à ce qu’ils disent ; car pour moi....
Folviue.
Tu ne m’en parais pas bien convaincu.
Entendons-nous.
Folville ( écoutant )
, Une voiture! . . . C’est M. Beaufils, sans doute.
Que diable pouvez vous avoir à faire avec cet original? FOtViUÏ.
• N’en dis pas de mal , c’est mon élève , et j’en veux faire un homme d’esprit.
Je ne mourrai donc pas sans avoir vu un miracle.
Je traite avec lui une opération de finance d’un genre tout à fait neuf.
Prenez y garde , dans ce genre , les plus bêtes sont or4 dinairement les plus fins. (il annonce ).
Monsieur Beaufils. ( il sort).