FRANCHEVILLE ; ERNEST
FRANCHEVILI.E.
Mon cher Ernest , tu prends un ton qui m'allarme. Qu'asluà me dire?
EUNEST.
Je suis c^esespëré!
FR Wr.Hr.VILLK.
Déses;>érc!.. cela vaut bien la peine de quiiter nore cHassc.
EK.XEST. \
Je vais perdre d'un seul mot tous mes droits à votriamilié, à votre estime.
FRA^CHEV LLE
A mon estime!.. Cela aV-st pas facile. Aurais-tu qiXîlques reproches à te faire?
ERNEST
Il n'en est pas un que je ne me sois fait -, mais je suis conpable mal^'re moi , mes torts sont au-dessus de ma raison, DaigTiez (ioiic avoir pitie d'un malheureux qui se fait horreur à lui-même.
FRANCHE VI LLE
Tu m'effraies.
Demain...
ERNEST
FRANCHEVILLE
Eli! bien, demain?..
ERNEST
Ah ! monsieur, je suis bien malheureux !
FRANCHEVILLE
Achève. Tu sais si je t'aime !.. compte , non sur mon indalgence , lu n'en as sans doute pas besoin , mais sur mou entier de'vouement. Allons, parle.
ERNEST
Elevé avec Ce'cile , accoutumé à lui prodiguer le doux nom de sœur, à épancher mes plus légères peines dans son cœur, qui ne me laissa jamais ignorer une seule de ses pensées, je sens mieux que tout autre la perte que je vais faire.
FRANCHEVILLE
Comment donc, la perte!...
ERNEST
Demain vous épousez Cécile.
FRANCHEVILLE
Oui, mais nous ne nous quitterons point; il est convenu entre Dormesson et moi que nous habiterons toujours ensem-
ble cette ôlie campagne. Tu verras ta sœur à toute heure de la jouriée j comme à ton ordinaire. ERNEST.
Ah ! Don ami !
FRANC HE VIL LE
Ah! ça mais sais-tu bien que ton air triste ot mystérieux mVtoaie de plus en plus?., cela u'est pas naturel. Est-ce là le seu' motif de ton chagrin ?
ERNEST , a\^ec l'accent du plus sombre désespoir. Je n'en ai point d'autre.
FRANCHEVILLE
Cet accent... (auec effroi ). Ah ! dieu !.. Quelle idée !.. je n'ose m'y livrer... Ernest, regardez-moi.
ERNEST
Cachez-moi dans votre sein.
FRANCHEVILLE
Malheureux!.. Je vous entends !.. Votre sœur!
ERNEST
Par ce que vous avez de plus clier, ne me repoussez pas I
FRANCHEVILLE
Ah! pauvre Dormesson , que de ir.aux ils l'ont préparés !... Comment oser te porter ce coup? il le donnera la mort.
ERNEST
Ah ! plutôt souffrir mille fois davantage que d'exposer les jours de mon respectable père.
FRANCHEVILLE
Écoute : dans une telle circonstnnce , il est impossible de prendre sur le champ un parii convenable 5 il faut tout attendre de la réflexion et de la prudence. Je crois cependant entrevoir les moyens de tout concilier, laisse-moi agir et iietoi à mon zèle.
lrnest'.
Je ferai tout ce que l'on voudra , pourvu, mon ami , que l'on ne m'éloigne pas aujourd'hui de Cécile.
FRANCHEVILLE, à part.
C'est précisément ce qui t'arrivera dans la journée.
SCÈxNE XVIL
Les Prëcédens, DORMESSON, VALINCOURT.
DORMESSON.
En vëriié, monsieur, je ne comprends rien à l'empire que vous exercez sur moi. J'avais pourianl bien résolu de ne pas vous recevoir.
VALINCOURT
Ail ! je savais bien ce que je faisais en voulant vous parler moi-même!., je ne me tiens pas sitôt pour battu, et j'avais tellement compté sur votre bienveillance que je viens de dépêcher un exprès à mes amis. Ils me suivent, et vont se présenter sur la foi des traités.
DORMESSON.
Monsieur s'est égaré en chassant avec quatre de ses compagnons 3 il est veim demander à se reposer chez moi , j'ai d'abord refusé ^ mais il m'en a sollicité de si bonne grâce que je consens à tout ce qu'il désiie. Aidez-moi donc à le bien recevoir, (à Falincourt) Voici mon fils , et monsieur est mou meilleur ami.
VALINCOURT
Fort bien. Tenez, messieurs, point de longues cérémonies; nous sommes à la campagne, à vingt lieues deLunéville. Nous n'avons pi s d'ailleurs beaucoup de temps à demeurer ensemble , abrégeons : les voyageurs que vous daignez accueillir avec tant de complaisance , sont de bons gentilshommes campagnards , mais bien élevés. Le plus considérable d'entr eux est monsieur Benoît.
FRANCHEVILLE
Monsieur Benoît ! qu'est-ce que c'est que cela ?
DORrrIESSON.
Je n'ai jamais connu...
VALINCOURT
Il vit simplement, comme un bon père de famille; c'est un brave homme qui a bien légitimement gagné sa décoration , et qui possède l'art de se faire aimer. Les autres sont beaucoup moins , et pourvu qu'il ne quittent pas ce bon monsieur Benoît, ils seront toujours contens. Je vais donc les introduire, nous procéderons ensuite à notre installation , elle sera facile 5
deux voitures sous les remises, six clievoux à Tecurie* cicux gros paysaus à roflice , et trente chiens affames dans les cours, c'est peu de chose , cda ue fera pas d'embarras , pas de bruit. Mais j'apperçois mes heureux compagnons 3 mou ambassadeur a promptemeut expédie sa missive.
SCÈrsE XVIII.
Les Precëdeus . M. BEISOIT , le Duc de \ OL?s Y , ROGER, ISIDORE, tous en haïnt de chasse, CÉCILE.