SCÈNE XX
M BENOIT , le Duc de VOLINY.
Réponse un peu vive , mais pleine de candeur , et que je préfère aux flatteries que j'entends tous les jours. Elil bien, Volny , que pensez -vous de tout ceci?
Qu'il n'y a point de hasard dans celte aventure , et que monsieur Benoit est aux lieux qu'il se proposait de visiter aujourd'hui.
Vous avez deviné. Depuis longtemps je suis* informé de ce qui se passe dans cette maison 3 la conduite , les discours, les senti mens de ceux qui l'iiahitent me sont connus j ils sont loin de le prévoir et je compte l^ien les surprendre.
VOLNY.
Depuis longtemps !
Depuis quinze ans, peut-être plus , peut-être moins.
VOLNY.
Quinze ans ! et je l'ignorais !
Non , vous le saviez.
VOLNY.
Je Tai donc oublie.
M. EENOIT.
Point , et quand je le voudrai , vous vous le rappellerez aussi bien que moi.
VOLNY.
Vous me jettez dans un c'Lonnement...
Vous n'y êtes pas. En entrant ici , j'ai prévenu que j'étais devin , sorcier , que sais-je ? Laissez-moi donc me servir de ma science. Duc , j'ai un autre tort envers vous.
VGL.NY.
Cela ne se peut.
En effet , c'est toujours le mcme^ mais soyez tranquille, je 'US en ferai raison,
VOLNY.
Ah î monsieur le chevalier 1 . .
M. ELNOIT.
Oui , oui , je prends ici l'engagement de vous satisfaire. Toutcfoîs , Valincourt vous a rendu compte de sa mission; elle avait encore pour objet une chose que vous ignoriez , et pourtant vous m'avez pre'senté ce vieux: général, sans me rien deinandcr de ce qui le touche.
VOLNY.
Son sort est en si bonnes mains , que je n'ai pas du en être inquiet.
Son sort i vous l'avez donc reconnu ?
VOLNY.
Oui , monsieur le chevalier.
M. BFNOTT.
Et VOUS ne l'avez pas témoigné devant moi !
VOLNY.
Je ne puis vJen faire de mieux que de vous imiter 5 vous gardiez le silence , je me taisais.
Bien , mon ami ! tu m'e\cuses sans y songer : ce secret que lu crois le mien , n'est que celui de ce vieillard , et voilà la cause de mon silence envers toi.
VOLKY.
O vertu qu'on ne peut trop admirer!
M. LENOIT.
Laisse-là ma vertu, je ne fais que mon devoir. Parlons de Roger, de cet infortuné que vous m'avez présenté, on le croyait mort.
VOLNY.
Le bruit on a couru.
P.I. BKNOIT.
C'est moi qv.i l'ai fait répandre. Si j'en avr.is cru ses ennemis , que flattaient des apparences terribles, il est vrai , mais trompeuses, on Taurait privé de la vie, d'une vie qu'il avait exposée mille fois à l'armée , à mon insru , et qu il a vouée à l'ausférité des devoirs que je lui ai prescrits dans son exil auquel il n'a mis un terme que par mon ordre. C'est à lui , à 5 1 fermeté, à l'activité de ses soins . que je dois le calme qui règne dans toutes les isles du Levant; et ce Roger, perdu dans les rangs , quand un funeste hasard me le fit connaître , qui , de simple soldat , s'est élevé sans intrigue à la place qu'il honore , a montré plus de zèle pour ma cause , que les lâches flatteurs acharnés à sa perte. J'aimais à récompenser, ils ont voulu m'apprendre à punir ; mais pour me venger , je veux accabler ce vieillard de plus de bien qu'ils ne m'ont contraint de leur faire de mal.
VOLNY.
Vengeance digne de vous!
Roger n'oubliera pas que vous fûtes son premier défenseur. Apprenez que c'est là , Volny, la source de votre fortune près de moi ; vous m'avez dit la vérité , et j'ai senti tant de plaisir à l'entendre , que je n'ai plus voulu me séparer de vous.
VOLNY.
Comme magistrat , j'en devais être le premier organe : mais ce nom de Sarmé...
Il était nécessaire , pour le dérober plus sûrement à ses ennemis, dont l'acharnement s'est éteint dès qu'ils ont pensé qu'il n'existait plus.