SCÈNE n, VALINCOURT, ISIDORE
VALINCOURT
La galerie est à peine éclairée... Je marche comme si je ne connaissais pas ce château j je ne ressemble pas mal à un amant en bonne fortune.
ISIDORE , portant la main sur son épée.
Qui va là?
VALINCOURT
Tout le monde ne dort pas ici. Tant mieux. ISIDORE.
Répondez.
VA^Î^^COURT
Eh I mais c'est la voix d'Isidore. Doucement^ beau page!.. Je suis Valincourl.
Pardon , monsieur , je ne vous croyais pas au château.
VALINCOURT
J'y reviens en ce moment. Dis-moi , on parle aujourd'hui d'un incognito ^ qu'est-ce à dire ?
ISIDORE
Vous le savez déjà; j'en ignore le motif, mais je sais que les ordres sont très -sévères sur ce point. Pendant vingtquatre heures , le nom singulier de monsieur Benoit est le
(5) seul sous lequel il nous soit permis de de'signer un père adore; ainsi quelqu'entretien que vous ayez, raëme avec lui , songez qu'il faut oublier TiJuguste titre qui le décore , si non ce serait encourir une disgrâce compleite.
VAL1^X0URT.
Je prendrai garde à moi ; mais il faut que Tesprit fasse bonne guette; mon étourderie s'accorde mal avec toute espèce de précautions , je parle comme je pense , beaucoup , vite et sans détours , c'est le caractère d'un soldat. Ecoule : après deux mois d'absence , j'arrive de Livourne , où j'ai rempli une misrsion qu'il faut que j'achève , en rendant compte de son objet au duc de Volny, mon oncle , et je le clierclie.
ISIDORE
Qui vous a dit qu'il était de ce coté?
YALIKCOUKT.
Il y est donc?
ISIDORE
Depuis minuit , il travaille avec ie roi.
VALI>XOLKT.
Ils travaillent la nuit !
C'est pour qu'il n'y ait pas de temps perdu. Au point du jour on part pour la chasse.
VALINCOURT
C'est-à-dire que SOUS prétexte de courir le cerf, on va chercher des aventures, quelques pauvres surpris dans leur cabane.
ISIDORE
Quelques médians riches corriges.
vAMlx-( ouRj.
Des hommes à lalens décou yerts dans leur honorable obscurité.
ISIDORE
Et appelés aux emplois qu'ils mé'ritem; des orphelins adoptés , des veuves consolées.
VALlNCOUR'r.
Ahl oui, des veuves!.. C'est Ce que je trouve admirable; Je serai de la chasse.
ISIDORE, Voilà ce qu'il vous faut.
VALINCOURT
Aussi Sa Majesté , qui m'honore d*nn intérêt isi toucîiant , a-t-elle prcstjue toujours le bon esprit de iiTeiivoyer à la découverte dans ces sortes d'affaires. Je ne sais comment cela se fait, l'ai un bonheur inoui, un tact inconcevable pour découvrir les belles infortunées. Mon oncle, quand on le charge de ce soin , avec son caractère grave et froid , ne trouve jamais que des vieillards, desenfaiis... Oh! je suis un homme précieux pour 1 Etal. Mais est-ce que le duc restera longtemps encore?..
ISIDORE
Je ne le pense pas, il ny reste ordinairement que jusqu'à • trois heures.
VALTNCOUKT.
Elles sont sonnées.
ISIDORE
Si vous avez quelques affaires...
VALINCOURT
J'ai bien aussi quelques consolations à donner. Depuis deur mois que j'ai quille LuuéviUe ; on a du s'ennuyer dans bien des endroits, mais il ne serait ni décent , ni prudent d'aller consoler les affligés si matin. J'allendraij d'ailleurs, je suis en habit de voyage , et s'il ne convient pas pour faire des visites, il sera bon pour la chasse.
ISIDORE
Il faut y être invité.
VALINCOURT
Je le sais,- mais je n'ai qu'à montrer l'envie d'y aller pour être certain d'en obtenir la faveur • jEst-ce qu'il sait rien refuser st ses serviteurs ?
ISIDORE
A vous , surtout ; vous le r-onnaissez bien»
yALINCOURT.
On vient.
ISIDORE
C'est le duc de Volnj.
VALINCOURT
Tu vois comme le sort n;e favorisé 5 en vérité je serais tenté de croire qu'il n'y a de t p^^J^eur que pour les hommes aimables.
(7) ISIDORE , allant vers la porte.
 mon poste.
SCÈ^'E III.
Les Précédens , le duc de VOLNY, ayant un grand porte' feuille sous la bras.
Isidore , personne n'enirera.
ISIDORE
Monseigneur , il suffit.
YALINCOURT.
Mon oncle...
VOLNY.
AK! c'est vous, Valincourt.
VALINCOURT
J'ai l'honneur de vous présenter mes respects.
VOLNY.
Pourquoi ne m'avoir pas prévenu de votre retour?
VALINCOURT
Je ne le devais pas.
VOLNY.
C'est bien. Puis-je savoir au moins ce que vous faites au château si matin?
VALINCOURT
J'exécuterai mes ordres en vous en informant dès que nous serons seuls.
VOLKY , donnant une liste à Isidore.
Isidore, allez dire aux seigneurs dont voici les noms sur cette liste, qu'avant une heure on partira pouf la chasse; qu'ils soient prêts. Les autres ne quitteront point Lunéville, ils resteront dans ce château pour y recevoir les courriers que pourrait leur expédier Sa Majesté sous le nom de monsieur...
VALI^ COURT
Benoit , je le sais.
VOLNY.
Isidore, si quelqu'affaire l'exigeait, je veillerai sur cette porte jusqu'à votre retour.
( Isidore sort et Volny pose son portefeuille sur la table )•
SCÈ]NE IV.
VALINCOURT, VOLNY:
VALINCOURT , à part.
Le ton sage et Tair raisonnable.