ACTE PREMIER
Scène première. — Le théâtre représente le portique du palais d'Oberon. Au lever du liJcau, on aperçoit un groupe de fées. •
Choeur.
Marchez doucement, ompoclicz le bourdonnement des abeilles. Ici, sur ce Ut de verdure , des songes bercent Obcron ; qu'u» sommeil doux et loger porte la consolation dans le cœur de notre roi .
DfxOu (entrant). Que faites-vous ici? Le soleil se couche; dans peu vous aurez de la besogne.
Une Fée. Nous avons fait la garde , pour que le sommeil du maître ne 5oit pas interrompu.
Drou. Ne bavardez pas tant ; partez !
( Les Fées sortent. )
Drou. Oberon dort encore : c'est la première fois qu'il repose depuis sa séparation avec Titania. Quelle dispute frivole pour rompre ses liens! La femme est - elle plus inconstante que l'homme?... Jurer de ne se réunir que quand on aurait trouvé un couple dont l'amour n'aurait été altéré ni par l'adversité, ni par l'appât du bonheur! Et notre roi, qui regarde la chose comme impossible , donnerait sa couronne pour être dégagé -de sa parole inconsidérée; aussi n'épargne-t-il rien pour obtenir ce miracle. Le voici.
(// 5fe retire dans le fond. )
CHOT.
Oberon. Serment terrible! Quoi! pendant mon sommeil même il me poursuivra, ne cessera de me tourmenter!
Drou. Je te salue , maître.
Oberon. C'est toi! Où étais-tu depuis le chant du coq?
Drou lui dit qu'il a fait le tour du monde pour lui procurer ce qu'il lui a demandé ; qu'il a trouvé de l'amour qui a résisté à l'absence , au danger , mais jamais a l'appât des richesses. Voyant que son récit afflige Oberon, il lui raconte ce dont il vient d'être témoin a la cour de Charlemagne. Carloman, son fils, avait succombé dans un combat singulier contre Huon de Bordeaux. Charlemagne, irrité, Voulut faire périr ce dernier. Il céda cependant aux instances de tous ses chevaliers , et accorda la vie a celui qu'il regardait comme le meurtrier de son fils ; mais a condition que Huon irait à Bagdad , entrerait dans la salle du calife, et quand toute la cour serait assise autour de la table du
'hnnqviet, il tuerait celui qui serait a la droite du calife, et q^u'aprcs il embrasserait sa fille comme sa fiancée.
Okerox ordonne à Drou de courir a la reclierclie de Tluon et ide son écuyer, de les faire tomber dans un profond sommeil »et de les transporter ici. {Puok disparaît.)
Oberon. Le roi des fées pretégera le brave chevalier Huon.
(Le théâtre s'ouvre; on voit un banc de gazon sur lequel Huon et Jasmin sont endormis.)
Oeerox. Que pendant son sommeil apparaisse devant ses yeux la belle fille du calife , celle pour qui il entreprend son voyage; €t en même temps qu'elle aperçoive l'image du chevalier; que leur illusion les enchaîne à jamais. Esprits , debout! exécutes les Qpdres de votre maître.
( Le théâtre s'ouvre; on aperçoit Resia., assise sur un sopha, ,plongée dans une rêverie profonde. Elle se lève et chante.)
Pourquoi dors-tu, héros plein de courage? Viens sauver une fille sur le point d'être sacrifiée. Guienne, viens sauver la beauté qui .l'appelle.
( A la voix d'Oberon tout disparait. )
Jasmin et Huon s'éveillenL Oberox dit à Huon qu'il veut l'aider .dans son entreprise. — Prends ce cor d'ivoire , si tu en tires un léger son , tu auras assistance sur-le-champ ; si tu sonnes plus -fort , je paraîtrai de suite devant toi. ( S' adressant a Jasmin. ) Prends ce gobelet , il te fournira toujours du vin de Bordeaux en abondance , pourvu que les bords n'en soient touchés que par des lèvres innocentes ; car s'ils étaient profanés par la bouche d'un traître , le plomb fondu remplacerait la liqueur vermeille. — Maintenant, Huon , cours où t'appellent l'amour et la gloire.
( Oberon agite sa baguette , des Fées paraissent. ) Choeur des Fées.
Honneur et gloire à celui qui est fidèle et brave , Oberon sera toujours son ami ; mais malheur au lâche , au traître , la vengeance des Fées ne se ferait pas attendre !
( La scène change , on aperçoit la ville de Bagdad. )
Huon demande où il trouvera celle qu'il a vue pendant son
sommoil. — Oberon. Cours a la gloire; l'amour te sourira à B.'i])\loiic.
( Oberon tourne sa baguette. Le banc se change en une voiture tirée par deux cygnes. Oberon s'y place , plane dans l'air et disparaît. )
Ja-smin témoigne sa surprise a Huon de tout ce qui leur est arrivé. Pour s' assurer que ce n^est pas un rêve, il vide de nouveau sa coupe. On entend dans ce moment des cris , au secours! qui partent de la coulisse, Iluon et son valet s'élancent au secours de Babekan , poursuivi par un lion. Ils le délivrent. Jasmin offre a l'étranger de boire dans le vase qu'il hd présente. Babekan le porte a ses lè\Tes et s'écrie que sa bouche est brûlée. Furieux, il appelle ses esclaves , qui attaquent Huon et Jasmin. ,
jJuoN. — Mont joie , Saint-Denis î ô France !
Jasmin. — O Guienne ! vive son noble duc! {Les Sarrasins prennent la fuite. )
ScïiNE II. — (Le théâtre représente l'intérieur d'une cabane dans laquelle liuron et Jasmin entrentpour demander où ils pourraient trouver un logement. Ils apprennent que le prince Babekan doit épouser le lendemain la fille du calife, mais que la princesse l'a pris en horreur depuis qu'elle a vu en songe un chevalier étranger., et elle a juré que jamais elle n' aurait d'autre fiancé.
ftuox. — La princesse tiendra son serment, et le ciievalier ne laissera pas acliever la fête.
Ja-Smin conseille a son maître de n'exécuter qu'a moitié les ordres de Charlemagne; c'cst-a-dire de fuir avec la princesse, et de ne pas tuer la personne qui sera assise à la gauche du caiife.
jIcoN. — J'ai donné ma parole a Charlemagnc , et je la tiendrai.
Air.
De tout temps accoutumé aux combats , la lance en arrêt , le bouclier au bras , ils étaient mes seuls délasscmcns. L'amour n'approcha jamais de mon cœur,- la victoire était tout pour moi. Maintenant l'amour m'enchaîne, et quoique ce sentiment me domine , je préférerais la mort aune vie qui serait déshonorée.
( Ils sortent. )
5cÈNE m. ( A^^parlcmciit dans le sérail. Dans le fond, jardins du palais. )
Resia, Fatime, Kesia dit a Fatime qu'elle ne veut plus entendre parler de Babekan. Ce prince lui est devenu odieux depuis surtout qu'elle a vu en songe ce chevalier français a qui elle espère être unie; et si SCS vœux ne sont pas accomplis , elle se percera le sein avec son poignard.
(On entend frapper. Fatime sort.)
AlK.
Resta. Hâte-tor, noble héros; délivre ta fiancée qui t'attend. Ma vie est pour toujours a toi; ton image est gravée dans mon cœur pour toujours , pour toujours.
Fatime (entrant précipitamment). O boulieurl ô joie ! nous sommes sauvées ! Il est Ta.
Resia. Parié, achève.
Fatime. Le destin l'a conduit chez Namuna ; il a juré de te dclivier ou de mourir.
Ensemble. Espérance î l'amour a accompli le songe!
{Des esclaves blancs et noirs sortent des jardins.) Choeur.
II est tard; les minarets ont déjà annoncé la prière. Ne restez pas plus long-temps dans ces lieux. Allons, au repos! au repos 1