Scène A'. (Jardin d'Almanzor
ï'vTiME se félicite d'avoir réussi a faire recevoir comme jardiliier d'Ibrahim , Huon de Bordeaux. Ce dernier entre au même instant, tenant un bouquet qu'une main de femme vient de lui yeter lorsqu'il passait sous une des fenêtres ouvertes sur le jardin. 11 prie Fatime de lui expliquer les emblèmes de ces fleurs. Fat. — La jonquille signifie, ayez pitié de l'amour que j'ai pour vous. Cet œillet, mon bonheur est entre tes mains. Mais que vois-je sur cette branche de laurier? .. Après le coucher du soleil... la porte du berceau de myrte... amour... vengeance.... mort au tyran'. C'est de ma chère maîtresse.... Elle a gagné un esclave qui vous conduira près- d'elle. Mais liélas ! le danger est bien grand. — Huon lui dit qu'il bravera tous les périls pour sauver la princesse. 41 ordonne à Fat-inte de rattieiîdre avec Jasmin , près de k maison du j-urdÎMier. {Elle sort.).
Air.
lînDN {seul). L'espérance allège mes chaînes. O bonheur I je" Ja cherche comme le fleuve cherche la mer. Aucmi obstacle ne peut m' arrêter. {Il sort.)
Scène v. (Appartement de Roscrhana, dans lequel on introduit^ Huon. Roschana est assise sur un sopha. )
HuoN. Ma bien aimée I (// court à elle et la serre dans ses bras.) Fuyons ! l'aurore nous trouvera loin de Tunis...
Roschana {étant son voile). Non, chrétie», tu te trompes,l'aurore te trouvera sur le tr^ne de Tunis , si tu veux le partager avec Roschana.
Huon. Dieu ! je suis trompé T
Roschana. Ne crains rien. Ecoute-moi! Je suis l'épouse d'Al — raanzor, émir de Tunis. Je t'ai vu travailler dans les jardins. Tout m'indique que tu n'es pas un esclave ordinaire, Je t'aime , Mais la vengeance égale dans mon seinl' amour que j'ai pour toi. Je compte sur ton bras pour punir un traître. Cette nuit, je te mène à la couche d'Almanzor , à oyi tu perceras le oceur. Richesse , puissance , liberté , seront alors ton partage.
Huon repousse les propositions de Roschana. Voyant que ses charmes sont insuffisans , elle frappe des mains et une foule de jeunes filles entrent et entourent Huon de chaînes de fleurs.
Choeur des jeunes filles'.
Pour toi, la beauté orne sa couche, pour toi, le désir est versé dans la coupe; vide-la. "^
(Hdon brise la chaîne ; Jioschanu se jette dans ses bras et le retient. )
Choeur.
Aurais-tu le courage de fuir lorsqu'un bras aussi blanc que l'albâtre cherche à t' enchaîner.
(Huox se débarrasse de Roschana et veut s'échapper. )
choeur.
Ne laisse pas fuir le plaisir ; la vie est trop courte j tâche d'eir profiter.
(Le-oîievaller est sur le point d'emploj^er la force pour se '■frayer un chemin. Les esclaves poussent des cris etse dispersent. Almanzor paraît avec des nègres armés. Roscliana accuse Huon de s'être introduit dans l'appartement dans un but criminel. Alors les nègres entraînent le chevalier qu'Almanzor vient de condamner a mort , et la princesse voyant que son époux lui prépare le même sort, s'élance sur lui pour le poignarder. Des c&claves la désarment. Furieuse, elle accable d'imprécations Almanzor. ( Us sortent. )
ScÈxE VI. (Jardin. On remarque surtout un buisson de rosiers. )
Jasmin témoigne ses craintes sur la longue absence de son maître; il accuse Oberon de les tromper. (Au même instant on aperçoit une main sortir du buisson et pincer les jambes de Jasmin. Celui-ci se met a crier, croyant qu'il a été mordu par un serpent. Il s'approche du buisson. pour s'en assurer, et reconnaît le cor enchanté ; il s'en empare et saute de joie.) Fatiine entre précipitamment et annonce a Jasmin que les fleurs étaient de réponse de l'émir ; qu'Almanzor a surpris le chevalier dans son harem et qu'ils vont le faire brûler tout vivant. Jasmin traite cette affaire de plaisanterie et se met a rire. Il lui montre le cor qu'il vient de retrouver : Fatime croit que c'est une illusion, et son amant, pour la convaincre de la réalité, en tire un léger son. (Éprouvant la puissance de l'enchantement, elle se met à rire d'une manière immodérée. ) {Ils sortent. )
Choeur DES cuas^eurs.
Scène vu. (Un bûcher dans la cour du harem. Des nègres r-^utourent.) Almanzor rentre quand la chasse est passée.
Resia accourt et se précipite aux genoux d' Almanzor pour demander la grâce de Huon. Refus de l'émir. La princesse , croyant l'attendrir , lui avoue que celui qu'il vient de condamner a être brûlé est son époux; qu'il est innocent du crime dont on l'accuse; que Roschana seule est coupable. Almanzor veut bien céder a ses instances et renvoyer son prisonnier dans sa patrie, mais a condition qu'elle répondra à son amour. Resia repousse avec mépris une semblable proposition. Alors l'émir furieux ordonne qu'on l'attache au poteau et qu'elle partage le sort de Huon. Celui-ci arrive conduit par des nègres, et au mo-
ment où l'on sr tlisposc a le lier sur le ])uchor. on enlentl le son d'un cor. Tous les esclaves se niellent a danser. Choeur.
Écoutez! QneLssons enclianteursî Que chacun danse !
(Fatime, Jasmin entrent avec le cor à la main.) Quatuor.
Grâces î grâces au pouvoir du cor ! Ils dansent dans la cour ; ils dansent dans les jardins ; ils dansent dans le liarem. Tout danse.
Jasmin donne du cor: les chaînes deHuon et de Resia tomhent, le bûcher dis^araîl, la scène se charge de nuages. Almanzor effrayé fuit avec les nègres ; les nuages s'ouvrent. Oberou et Titania paraissent.
Obep.on. Salut', couple fidèle ! Votre ami vous remercie. Par vous il a remporté la victoire , et de nouveau il embrasse sa reme. Prompt comme l'éclair, je te porterai dans le royaume de France, dans le palais de Charlemagne. Tombe a ses pieds avec la fiancée que tu as gagnée en combattant. L'univers apprendra ton courage. L'enchantement va finir : adieu, ma gratitude sera «tei'nelle.
( Les nuages couvrent Oberon et Titania. Quand ils se dispei^ent , l'on aperçoit le palais de Charlemagne. Dames de la cour, gardes, etc. ; l'empereur sur son trône. — Huon, Resia, Jasmin et Fatime. )
Hlon. Seigneur! fidèle 'a son serment, vois Huon s'agenouiller devant ton trône. Avec le secours du ciel , il a accompli ce que tu avais ordonné. Devant toi est aussi la fille du calife , l'héritière de son empire, et mai«teoaut la fiancée de toa chevalier
Choeur.
Salut au héros! salut a la femme qui a suivi son chevalier a travers les mers et lui est resiée fidèle! Les chants des troubadours rediront pendant longues années l'histoire de la belle Picsia et de l' intrépide Huon.