FR. MAYNARD EST-IL L AUTEUR DU » PHILANDRE » ,'H
vers de son fils, qui luy en faisoit la lecture. Il vint à un lieu où il y avoit je ne say quel mot hors de sa place naturelle, qui faisoit quelque espèce d'équivoque, se pouvant rapporter également à ce qui suivoit.et à ce qui precedoit. La force du sens pourtant ostoit la difficulté, et le passage estoit assez clair. Il se le fit lire trois fois, feignant de ne le pouvoir entendre et entin s'adressant à son fils : Ah ! mon Jils, dit-il, à cette fois là vous n'estes pas Maynani : car ils n'ont pas accoustunic de ranger leurs paroles de cette sorte.
(( J'estime à propos de rapporter aussi sur ce sujet, trois passages assez curieux où il est parlé de luy, et de son génie pour les vers, dans les mémoires que Monsieur de Racan a écrits de la vie de Malhertje.
« // avouoit (dit Monsieur de Racan, parlant de Malherbe) poa/' ses escolier les sieurs de Touvant, Colomby, Maynard et de Racan ; il en jugeoit diversement, et disoit en termes généraux, que Touvanl faisoit fort bien des vers, sans dire en quoy il excelloit ; que Colomfjy avoit fort bon esprit, mais qu'il n' avoit pas le génie à la Poésie ; que Maynard estoit celuy qui faisoit le mieux des vers ; mais qu'il n'avoit point de force, et qu'il s'estoit adonné à un genre d'écrire, auquel il n'es toit pas propre, voulant dire l'Epigramme, et qu'il n'y reiissiroit pas, parce qu'il n'avoit pas assez de pointe. Pour Racan qu'il avoit de la force, mais qu'il ne travailloit pas assez ses vers ; que le plus souvent pour mettre une bonne pensée, il prenoit de trop grandes licences : et (pie de ces deux derniers on feroit un grand Poët^.
« En un autre endroit: Il s'obstina (il parle toujours de Malherbe) ayÉ-c un Monsieur de Laleu à faire des sonnets licentieux, dont les deux quatrains ne fussent pas sur mesmes rimes. Colomby n'en voulut jamais faire, et ne les pouvoit approuver. Racan en fit un ou deux, mais ce fut le premier cjui s'en ennuya. A la fin aussi Monsieur de Malherbe s'en dégousta, et il n'y a eu que Maynard de tous ses escoliers, qui a continué à en faire jusques à la mort.
« J'adjousteray à ce passage, qu'il est vray non seulement que Maynard fit de ces Sonnets licentieux jusques à la mort ; mais encore, qu'en ses dernières années où je l'ay connu, il les soustenait par tout et déclamoit contre la tyrannie de ceux qui s'y opposoient. Qu'il se fàchoit mesme quand pour défendre son opinion, on alleguoit l'exemple de Monsieur de Malherbe, disant qu'il n'en avoit pas besoin, qu'avec la raison et sa propre authorité il se trouvoit assez fort, et qu'enfin personne ne le pouvoit empescher de faire des Epigrammes de quatorze vers.
« Le dernier des trois passages est tel :
(( Au commencement que Monsieur de Malherbe vint à la Cour, qui fut en 160.'), comme nous avons déjà dit, il n'obscrvoit pas encore de faire une pause au troisii-me vers des Stances de six, comme il se peut voir en la pribre qu'il fit pour le Roy allant en Limousin, oii il y a deux ou
/|2 Vn. MVVNVllD FST-IL L.XLTEIU DL d IMIILAMIRE ))
trois Sl'inccs, où le sens est emporté ; et au Pseaiune : Domine Domimis Hosler en cette Stance. et jicut estre en (jueltjues autres, dont je ne me souviens point à présent.
Si lost que le besoin excite son désir, etc.
Jl demeura toujours en cette ner/ligence pemlant la rie (le Henry le Grana. comme il se void encore en la pièce qui commence.
Que n"cstes-vous lassées
en la seconde Slance, dont le premier vers est.
Que ne cessent mes larmes, etc.
(/u'il fit pour Madame la Princesse ; et je ne say s'il n'a point encore continué cette mesme neglifjence, jusques en 161 '2, aux vers qu'il fit pour la place Royale. Tant y a que le premier qui s'apperceut que cette observation estoit nécessaire pour la perfection des Stances de six, fut Maynard, et c'est peut-estre la raison pounpioy Monsieur de Malherbe l'estimoit l'homme de France, qui savoil le mieux faire des vers. D'abord Racan qui joiioit un peu du luth, et aymoit la Musique, se rendit en faveur des Musiciens, qui ne pouvoient faire leur reprise aux Sl(tnces de six, s'il/i'ytivoitun arrest au troisième vers : Mais qun/t'l Monsieur <le Malherbe, et Maynard voulurent qu'aux Stances de dix, outre l'arrest du quatricnxe vers, on en fist encore une au septième, Racan s'y opposa, et ne l'a jamais presque observé. Sa raison estoit que les Stances de dix ne se chantent presque jamais, et que quand elles se chantero'ient, on ne les chanteroit pas en trois reprises ; C'est pourquoy il suffisoit bien d'en faire une au quatrième. Voilà la plus grande contestation qu'il a eue contre Monsieur de Malherbe, et ses escoliers, et pourquoy on a esté prest de le décréter hérétique en Poi'sie.
(( Le jugement que Malherbe fait de Maynard dans le premier de ces passages est assez, conforme à celuy de beaucoup de personnes intelligentes. 11 faut avouer pourtant qu'il a merveilleusement réussi en plusieurs de ses Epigrammes, particulièrement en celles qu'il a imitées des anciens : et nôtre illustre Président de Caminade, qui luy donnoil tous les ans pour ses estreinnos un Martial, estoit sans doute de cet avis. Théophile, dont j'avoue neanlmoins que l'esprit est beaucoup plus à estimer que le jugement, a dit que son Epigramme semblait (woir de la magie ; mais enfin, (pioy (ju'il en soit, personne ne peut douter que Maynard, sijit |)uur ce genre, suit pour les antres, ne mérite d'estrc comptr- parmy les premiers Poêles François. Les Juges desJeux Floraux de Tolnse, il (pii le mesme Monsieur de flaminade presidoit alors, le receurenl dans leur corps, bien (juil neusl pas disputé, et gagné les trois rieurs, sui\aiil l.i cniistuiiic. Kt comme ils aNoii ni autrefois donné à
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Roiisaid un Apollon (i), et à Baïf un David d'argent, ils résolurent avec beaucoup d'éloges, qu'on donneroit à Maynard uneMinerve de mesme matière ; mais à la honte de notre siècle, les Capitouls qui sont les seuls exécuteurs de ces délibérations, ou par avarice, ou par négligence, n'accomplirent jamais celle-là ; comme on peut voir par l'Epigramme qui est dans ses œuvres, avec ce titre « Sur une Minerve d'argent, promise et non donnée ».
Pellisson dont nous venons de reproduire intégralement le texte est très explicite :
i" Il a reçu de Charles Maynard des mémoires sur la vie de son père ;
2" Il a fréquenté François Maynard (2) pendant le séjour que ce dernier fit à Paris en i6A5 et i640.
Sur les mémoires remis jvtr Charles Maynard.
Nous n'en avons pas le texte et il est probable qu'on ne les retrouvera jamais. Il est acquis qu'ils contenaient des détails biographiques sur son père mais non sur les œuvres du Président d'Aurillac et il n'y a pas là une omission qui puisse étonner ; ce ne sont pas ces derniers renseignements qui intéressaient l'historiographe de l'Académie Française. Pellisson ne fait mention, en effet, ni des vers publiés par Fr. Maynard dans les recueils de Guillemot et de Toussainct du Bray qui constituaient de beaucoup la partie la plus importante de son œuvre poétique, ni des Pièces nouvelles imprimées en i638 à Toulouse par les amis du poète à son insu et réimprimées l'année suivante à Paris, sur la copie de Toulouse. Charles Maynard, né en 1627, n'avait pas eu à connaître ces recueils de Guillemot et Toussainct du Bray, pas plus d'ailleurs queXe Philandre de 1O19, publié huit années avant sa naissance.
(i) Claude Binet dans la vie de Ronsard, dit quec'cstoil une Minerve ; mais deux personnes de qualité de Tolose. d'entre les Juges des Jeux floraux, m'ont assuré avoir veu dans leurs Registres, que c'esloit un Apollon (Xolc de Pellisson).
(2) Pellisson, d'après son historien F. L. :\Iarcou, vint à Paris au connuencement de iG45.
.'li FH. MAYNAUD EST II. I. Al TELR DU « PHILANDHE »
I MO aiitro raison exclut le P/iildiidre des mémoires de Charles Miiyiiard : en i(t'i("> il Davail que di\-neuf ans et depuis i636 François Maynard se montrait dune grande sévérité à l'égard de ses premières productions : sur 206 pièces environ insérées par Maynard dans lesdils recueils de Guillemot et Toussainct du Hray. i '|3 ont été rejetées par lui de son édition des Œuvres de 1G46, soit plus des deux tiers. Dans cet état d'esprit il est peu probabl • <jue le Poète ait entretenu son fils du Phllaiidrc et surtout (h' la petite spéculation (d'après M. Drouhet, mais inexplicable à tous les points de vue) qu'eût été l'édition de Tournon, 1G19, et celles de Lyon et de Paris.
Sur 1rs cnnvrrsadons de Maynard avec PeUisson.
Maynaril aurait il été plus confiant avec Pellisson, qu'avec son fils? Moins encore si c'est possible. La haute opinion qu'il avait de la supériorité de ses vers l'eut certainement empêché de rappeler à un étranger l'existence du Philandre .enfin, quoi qu'en dise M. Drouhet. il est à noter que dans les lettres de Maynard qui nous sont parvenues il n'y a pas une seule allusion, directe ou indirecte, à ce poème.
De quelque coté que l'on envisage le jiroblème du Philandre on est obligé de conclure:
1" Que rien ne prouve (pic la |)iiitie de la notice de Pellisson relative au l'/ii/aiidrc ait été écrite sur les mémoii'es remis par Ch. Maynard.
2" Que rien ne prouve — et toutes les apparences sont en sens opposé — que Maynard ait jamais parlé de ce poème à Pellisson.
L'explication la j)lus plausible est celle (|ui rattache la jihrasc de Pellisson relative au Philandre à la présence d'un exemj)laire de ce poème entre ses mains au moment où il rédigeait sa lielaiUm ro.ilenanl l'histoire de i Académie française. F'rappé de la similitude de nom et igiinrant l'exi'^lence de l'iançois Ménard de Nîmes, il l'aura. a|)rès lecture, attribué au Président d'Aurillac en on faisant remonter la composition à j'éporpie où celui-ci était secrétaire de la iielnc Marguerite; seulement il a oublié, et pour cause, de n(»ns cxpilcjuci- jxMncpidi ce poème n'a été ])vdjlié qu'eu
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1619. à une époque où Maynard était depuis plus de quatorze ans converti aux doctrines de Malherbe.
Nous concluons que M. Drouliet. par l'étude comparative qu'il a faite de la versification de la pastorale de 16 1 3 et du Philandre (i), a complété victorieusement la démonstration de M. Martinonqui est ainsi désormais acquise : le Philandre nest pas de François Maynard. président d'Aurillac : l'autorité de PcUisson à laquelle s'était arrêté M. Drouhet pour contredire M. Martinon n'ayant nullement la valeur probante qu'il lui a attribuée.
(i) Voir note i, p. 38.
"Univers/tiJ" BIBL/OTHECA
ABHEVILLE.
IMPRIMERIE F. PAII.LARI
La Bibliothèque
Université d'Ottawa
Échéonce
The Library
University of Ottawo
Date due
fliOO 3 002337 136b
CE PQ 1820 .M3L3 1910 C02 LACHEVRE»
ACC# 1388654