FR. MAYXARD EST-IL L AUTEUR DU « PHILA>DRE
avec cette rapidité qui est un des charmes du petit chef-d'œuvre du Tasse (l'Aminte) est dune bizarre complication. Des incidents saugrenus ralentissent à chaque pas l'action. Certains épisodes sont même d'une rare extravagance. A les lire, Malherbe devait s'exclamer comme devant certains passages de Desportes : « imagination bourrue s'il en fut jamais » ((jugez de cette belle conception», ((jugez de cette impertinence », (( excellente sottise », (( ridicule imagination », (( mauvais au quatrième degré », etc. C'aurait été pour Mainard perdre son temps que de reviser son poème afin d'en faire disparaître les innombrables (( mauvais mots », (( les pâtés de chevilles» et les«entre-baillements. » La conception même était manquée et ce poème devait être irrémédiablement condamne ».
En i6i5, date à laquelle M. Drouhet fait parler Malherbe à Maynard. ce dernier avait trente-deux ans et son caractère orgueilleux ne lui aurait pas permis d'accepter une pareille mercuriale de son maître, dailleurs il n'avait nul besoin de l'opinion de Malherbe sur le Philandre s'il en était l'auteur, il n'ignorait aucun des hiatus et autres imperfections qu'il contenait. A entendre M. Drouhet, Malherbe se serait conduit vis-à-vis de Racan et de Maynard comme un magister de village, menaçant ses écoliers de les fouetter s'ils n'étaient pas sages ; le portrait est un peu outré. De ces exagérations M. Drouhet est coutumier.
Jusqu'ici ^I. Drouhet a raconté, nous le répétons, suivant les caprices de son imagination, une histoire du Philandre Jusqu'en i6i5. Il lui faut maintenant improviser une explication de la publication de ce poème en 1619, à Tournon, publication impossible à concilier avec l'adhésion avouée depuis 1606 de Maynard aux doctrines de Malherbe :
(( La première édition de Philandre est celle qui fut donnée en 16 19. à ïournon, par le libraire Claude Michel. Ce petit in-ia ne contient ni privilège ni achevé d'imprimer. Représente-t-il vraiment la première édition de ce poème ou n'est-il qu'une réimpression du texte publié en 1606-1G07 au moment de la composition de cet ouvrage? Les recherches que nous avons faites dans les bibliothèques de Paris, de Toulouse, de Caliors et d'Aurillac, pour découvrir l'hypothétique édition princeps du Philandre ont été infructueuses. Mais quand même on ne la découvrirait jamais, notre thèse sur la date de la composition du Philandre ne saurait en souffrir. Il est fort probable qu'après avoir, sur l'ordre de Malherbe, condamné son poème à ne jamais voir le jour, notre auteur fut pris de regrets de n'avoir pas publié cette œuvre de jeunesse. Il était témoin du
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prodigieux succès des poèmes semblables de d'Urfé et de Lingendes qui lui avaicul servi de modèles (7 réimpressions de Hjoq à 1618 pour d'Urfé et pour Lingendes...).
t( Plus encore qu'au désir d'entrer en lice avec ses confrères, Mainard cé'da à l'attrait des bénéfices pécuniaires que devait lui procurer la publication de sa pastorale. Mais pour profiter de l'engouement des lecteurs pour les bergeries, il fallait se liàler. D'ailleurs il lui aurait été impossible de corriger son ronian en vers ; comme avail dû le lui exliquer durement Malherbe, l'ouvrage péchait par le fond autant et sinon plus que par la forme. Mais comme son maître était loin et que Mainard était iiupiiété à Aurillac et à Saint-Céré par des besoins d'argent, il se décida à livrer tel quel ce péché de jeunesse qui semblait devoir lui rapjîorter force écus. Ses jjrévisions ne le trompèrent pas, une deuxième et une troisième éditionen itiao et en itvn à Lyon, une quatrième édition en iGa3 épuisèrent à peine le succès de soji ouvrage ».
De tout ce vorl)iagc, dégageons la seule raison que nous apporte M. Drouhel de la publication du P/iilandre en 1619 à Tourn<jn : Mavnard pressé de besoins d'argent aurait été à Tournon demander à Claude Michel de lui in>primer son poème. Pourquoi Tournon sur le Hhone. de préférence à Toulouse ou à Paris ? Peu importe à M. Drouliet. Les communications entre Aurillac et Tournon étaient cependant beaucou[) plus diiriciles qu'entre Au rillac et ToMlduse où Mavnard c<)inj)lail de nombreux amis. Et M. Dionhet s'esl-il re«)du compte de ce que pouvait rapporter à son auteur un |)oème comme le Pliilandre, édité sans pririlcje dans une petite ville de France? Sait il ce qu'on touchait dune œuvre quelcoFKjue. imprimée mcmeitvcc pririlhjc au wiT siècle ? Ignorct il (pie le revenu le |ilus ccilain riail allcndu de... l'épître dédicatoire';' VA il ii\ en a pas au Philundrc '. La vérité c'est (juc MaNuard, même >il était l'auteur de ce poème, n'a jamais louché un centime de 1 édilion de Tournon pas plus que des deux éditions de Lvoii ni de ccllr (If Paris. Nous sommes loin des sacs déeus que (daudc Miehcd lui aurait cun ovés de Tournon 1
Si nous nous avenlurons dans le champ des hvpothèses. les relations entre Nîmes — où résidait le second Fr. INIénard — et Tournon pai- la voie du lili<'tnc ('-taicnt diiccles. cl au conliair'e. pres(jue impraticables, sans un ('norme ilétour, cntic Vmillac et Tournon. un pu\s nujulagneux et accidenté sé|)aranl ces deux
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villes. Il est également vraisemblable que le Ménard de Nîmes ail fait orthographier son nom sur le litre du Phikmdre comme celui du Maynard de Toulouse pour bénéficier de la réputation de son homonyme. Cette supercherie expliquerait l'absence de privilège et les réimpressions de Lyon, toujours sur le Rhône, et de Paris (i).
Enfin ^laynard n'était pas, nous le répétons, l'esclave de Malherbe et il est enfantin de faire intervenir ce dernier dans toute la vie du Président d'Aurillac. En réalité M. Drouhet prête à Maynard un calcul bète et malpropre. S"il avait condamné le Philandre dès i6i5. il l'avait condamné sans appel et il n'aurait jamais eu la pensée de le faire paraître en 1619 d'autant qu'il a attendu encore vingt-sept ans pour publier l'édition de ses Poésies, la seule qu'il ait donnée lui-même !
' M. Drouhet a donc été malheureux dans ses hypothèses, elles pèchent par la base : si Maynard a composé le Philandre, il l'a composé et fait imprimer non en 1606-1607, mais en i6o5 sinon avant. Ce n'est pas en un jour que Maynard a été conquis aux théories de Malherbe (arrivé à la Cour en août i6o5) et l'auteur des stances : Les regrets d'une grande dame sur la niorl de son serviteur {2) écrites en avril-mai 1606 n'avait certes pas composé le Philandre quelques mois auparavant. D'un autre côté, et M. Drouhet l'a bien compris, s'il reportait à iGo4 la date de la composition du Philandre, il est possible que Maynard n'occupait pas encore, à cette époque, le poste de secrétaire de la reine Marguerite. Mais alors que deviendrait l'assertion de Pellisson ?
La question du Philandre n'a donc pas été solutionnée par M. Drouhet, ses déductions n'ont aucune importance.
(I ) En 1O33, Maynard n'était pas à Paris, mais à Auriilac, il est probable que cetteréinii)ressiona passé inaperçue. Toutes les éditions du Philandre sont rarissimes et on ne saurait tirer de cette constatation aucune induction sérieuse. Les livres qui ne se vendaient pas au xvn' siècle sont aussi introuvables aujourd'hui que ceux qui jouissaient de la faveur du public, plus encore peut-être.
(2) M. Drouhet n'hésite pas devant les anirmations les plus téméraires : Comme cette pièce a été publiée dans les Méinoires-juarnaiu- de VEstoile avec quelques variantes sur le texte du Parruuse de 1607, il en conclut que Malherbe lui avait corrigé ces strophes. Il ignore que les poésies insérées dans les manuscrits de cette époque présentent presque toujours des difTérences importantes avec le texte des imprimés. Or l'Estoile a eu en mains une copie de celle pièce, tandis que Guillemot l'a reçue directement de Maynard.
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Ceci dit. il rcsio en présence:
L'opinion «'"mise j)ar Pellisson dans sa Relation de ihisUAre de l'A cadém le fran rai.se .
Celle de M. Marlinon qui sappuic sur la versification du poème (dont les conclusions sur ce point ont été pleinement ratifiées par... M. Drouhet) i) et sur sa publication en 1619. à Tournon.
Cette dernière opinion est appuyée sur des bases solides.
Que vaut donc le témoignage de Pellisson ?
Voici sa notice sur Maynard :
« François Maiiiard, tolosain, estoit de fort bonne famille. Son ayeul Jean Mainard natif de S. Cere, bien que nay en un siècle où les lettres ne commcnçoienl qu'à renaistre en France, sous le règne de François premier, fut estimé pour son savoir, et fit des commentaires sur les Pseaumcs, qu'on void encore aujourd'huy.
« De celuy-là sortit Géraud Mainard conseiller au Parlement de Tolose, grand honmie de Palais. On le loue d'être toujours demeuré ferme dans le service du Roy, en mi temps où les guerres civiles a\oient partagé presque toutes les cours souveraines du Royaume. Il lui de ceux ([ui se retirèrent à Castel-Sarrasy. lors que la Compagnie fut entièreirient opprimée par le pouvoir du Duc de Joyeuse. En fin pour s'éloigner encore davantage des troubles, il quitta sa charge, et retourna demeurera saint Ccré. Il recueillit dans sa solitude ce gros volume d'Arrests, où presque toute la jurisj)nKlence de noslre Province est contenue. Ce livre que, feu mon père prit depuis la peine d'abréger pour son usage particulier avec
(i) Pour ne pas créer d'équivoque, nous répétons que M. Drouhet maintient le Philandrc à François Maynard, le président d'.Vurillac. mais il a constat»' Cp. 129 de .sa thèse François Mainard) : Tout coiinne le l'Iiilaudre, le volume de iCi3 aijonde en chevilles; (p. i3i) voici une liste d'aicliaïsmes que l'on rencontre ù la fois dans le recueil de i6i3 et dans le Pliilniulre ; il serait fastidieux de montrer tous les points de ressemblance qui existent entre la syntaxe du recueil de i(}i3 et celle du Pldlnndre \ p. i33, l'étude des partienlarités du style du recueil de i6i3 et du PhiUindre montre le retour des mêmes expressions, melaplioi-es, romparaisous, etc.. dans l'un comme dans l'autre de ces textes : p. i34. si de l'étude des détails de lanjrue. de style et de versification, nous remontons aux pensées et aux sentiments, il est faeile d'établir entre le volume de ir.i3 et certains ouvra<:es (7e Philnndrc) de Ir. Mainard des analogies très frappantes upiani aux analogies signalées par .M. Drouhet entre les t«:uvres de itM3 et les poésies de Fr. Maynard elles n'existent pas, à ce compte Maynard se serait renniiilré ;ivi'. ioii< j^s poètes passes et contemporains). Nous n'insistons pas.
FR. MVYNVllD EST-IL LALTELR DU « IMIILVMMIE )) 3()
le succez que vous savez, fut Irès-bion receu du public, du vivant niesuie de l'Autheur, et traduit (comme j'apprendsj en plusieurs langues.
« Géiaud eut Jean son fils aisné, qui fut aussi Conseiller au Parlement de Tolose, mais qui n'exerça pas long-temps cette charge, estant mort assez jeune: et François Maynard [sic) dont nous parlons, qui par son esprit, et par ses vers s'est rendu plus célèbre que pas un de ses ancestres. Il fut Président au Présidial d'Aurillac, et fut aussi honoré avant sa mort du brevet de Conseiller d'Estat. En sa Jeunesse, il vint à la Cour, et fut Secrétaire de la Reine Man/uerite, aynié de Desportes, et camarade de Régnier. Il fit alors un long Poëme en stances, qu'il intitula Philandre; de la manière de celuy de M. d'Urfé, et des Changemens de la Bergère Iris, de Deslingendes. En l'année i634, il alla à Rome où il fut auprès de Monsieur de Noailles Ambassadeur pour le Roy. Là il fut particulièrement connu, et aymé du Cardinal Bentivoglio, le plus bel esprit, et le meilleur écrivain que l'Italie ait porté en nostre siècle. 11 le fut aussi du Pape Urbain huictième, qui prenoit plaisir à s'entretenir souvent avec luy de belles choses, et qui lui donna de sa propre main un exemplaire de ses Poésies Latines. Il ne fut pas moins connu ni estimé en France des plus Grands : mais sa fortune n'en devint pas meilleure ; les plaintes continuelles et peut estre excessives, qu'il en fait dans ses escrits, ne le témoignent que trop. Il fut nommé d'abord (comme vous avez dé-jà veû) pour estre de l'Académie, Mais le Cardinal de Richelieu ne luy fit jamais de bien, et ce fut en partie, comme j'ay oiiy dire à quelqu'un, parce qu'il aymoit qu'on ne luy demandast rien, et qu'on lui laissast la gloire de donner de son propre mouvement. Tant y a qu'il rebuta cette belle Epigramme de lui, qui commence,
Armand, l'aage affaiblit mes yeux.
Et mesme, à ce que l'on dit. fort brusquement contre sa coustume. Car ayant oiiy la fin qui dit,
Mais, s'il demande en quel employ ; Tu m'as tenu dedans le monde, Et quel bien j'ay receu de toy :
que veux-tu que je lui répende ?
II répondit en colère Rien. Cela fut cause des vers que Maynard fit contre luy après sa mort. 11 fit encore un voyage à la Cour sous la Régence de la Reine Anne d'Austriche et c'est là que je l'ay veû, et connu. Mais n'y ayant pas mieux trouve son compte, il se retira chez luy, où it mourut à l'càge de soixante-quatre ans, le 28 Décembre 1646. U avoit fail mettre quelque temps auparavant sur son Cabinet cette inscription, qui témoignoit le dégoust qu'il avoit de la Cour, et de son siècle :
'|0 I H. MAYNVnn EST-IL LAITEIK DU (( PIIILAXDRE »
Las d'espéror, et de nip plaindre Des Mnses, des (iraiids, el du Sort.
(Tesl icy que j'allends la mort Sans la désirer ni la craindre.
// a laissé entre unlrcs enfuns un fils nommé Charles, dont il est souvent parlé dans ses vers, et de qulj'ay receu (juehjues mémoires sur sa vie, écrits fort nettement et en beaux termes. Il en avoit perdu un autre qui estoilson aisné. et qui donnoit de grandes espérances. Quant à luy, il esloit homme de bonne mine, tel à peu près que vous le voyez dans la taille douce qui est au de^anl de ses Poésies. Monsieur de Balzac a dit de luy à ce sujet.
(ionsulc Fabricio di^'nusque numismate vnltus
Sa taille n'esloit pas des plus grandes, il devint assez replet sur la fin de ses jours. Il estoit d'une humeur agréable en conversation, aymant exlraordinairement la réjouissance, et la bonne chère : mais pourtant homme d'honneur et bon amy. Outre ce Poème en françois dont je vous ay parlé, et quelques Poésies latines qui ne sont pas imprimées, il y a deux volumes de luy ; l'un de vers, qu'il publia en son dernier voyage de la Cour ; l'autre de lettres que son plus intime amy a fait imprimer après sa mort, el qu'il n'avoit pas faites, à mou avis, pour estre imprimées. On peut dire néantmoins qu'elles ne luy font point de tort ; car on y void presque par tout la netteté de son esprit et ce style simple, et familier que demande ce genre d'écrire. Mais c'est de ses vers qu'il a tiré sa plus grande gloire, comme il le prétcndoit bien aussi, et véritablement il faut avouer (Qu'ils ont une facilité, une clarté, une élégance et un certain tour que peu de personnes sont capables d'imiter. Deux choses, si je ne me trompe, ont produit principalement ce bol effect. Premièrement, comme il le reconnoist luy mesme en la dix septicsme de ses lettres, il atTecle de détacher tous ses vers les uns des autres ; d'où vient qu'on en trouve souvent cinq on six de suite dont chacun a son sens parfait.
Nos beaux soleils vont achever leur tour. Livrons nos cœurs à la mercy d'Amour.
Le temps qui fuit, Cloris. nous le conseille. Mes cheveux gris me font déjà frémir.
Dessous la tombe il faut toujours dormir. Klle est im lict où jamais on ne veille,
« Kn second lieu, il observe par tout dans ses expressions une ci instruction simplf, naturelle, où il n'y a ni transposition, ni contrainte ; de sorte qu'encore fpiil iravaillast avec un soin incroyable, il semble que tous ses mots luy sf»nt tombe/ fortuitement sous la plume, et que quand il custvoulu. il auroil en peine à les ranger autremml. Il me souvient surccsuj.l. «prnii jour .|uc j'all.iv le voir, je le trou\a> (pii écoutoit des