‹ M. Charles-P.-F. Baillairgé, maître-correspondant [microforme]Chapitre 2 sur 8 · BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE

La Revue Exotique a le regret de n'être pas la première à présenter au public le maître-correspondant, représentant de l'Association universelle à Québec. L'Opinion publique, du 25 avril 1878, contient son portrait, accompagné d’une courte notice. La Revista Universale d'Italie, dans son numéro de février 1878, et le Dictionnaire biographique des hommes distingués du Canada, fils de leurs propres œuvres, année 1881, ont également publié, l’une et l’autre, le portrait et la biographie de notre éminent sociétaire, sur la famille de qui nous allons donner quelques détails en commençant.

M. Baillairgé père, né à Québec, mourut à l’âge de 68 ans, en 1865. Il était, depuis trente ans, ingénieur de la cité de Champlain. Sa femme, Charlotte Janverin, fille du lieutenant Horseley, de la Marine royale d'Angleterre, avait vu le jour dans l’île de Wight.

js BE mu L'aïcul paternel, P. Florent Baillairgé, d'origine française, prit part, il y a près d’un siècle, aux travaux de restauration de la cathédrale de Québec. Sa femme, Mile Curenz de Saint-Germain était, comme lui, d’origine française. François Baillairgé, « de l’Académie royale de peinture et de sculpture de France », sculpta plusieurs des statues de la basilique. Son atelier, ancienne et curieuse construction, située rue Saint-Louis, où l’on trouve maintenant l'écurie de louage de Campbell, reçut, plus d’une fois, la visite du prince Edouard, duc de Kent, père de la reine Victoria, pendant son séjour à Québec. C'était le grand oncle de notre sociétaire, de qui le frère, M. G.-F. Baillairgé, remplit la haute fonction de député du ministre des travaux publics du Dominion, à Ottawa.

Chs Baillairgé, né en septembre 1827, étudia d’abord au séminaire de Québec; mais trouvant trop longle cours d'études, il quitta cette institution avant la fin des dix années réglementaires, et s’appliqua simultanément à l’architecture, au génie civil et à l’arpentage.

Durant son stage, il se livra spécialement à l'étude des mathématiques et des sciences naturelles. A l’âge de dixsept ans, il construisit une locomotive à vapeur à double cylindre, destinée à rouler sur les routes ordinaires.

En 1845, M. Baillairgé épousait Mlle Euphémie Duval, fille de John Duval et belle-fille de l'Honorable John Duval, qui a été, pendant un grand nombre d'années, juge en chef de la Cour des appels de la province de Québec.

En 1848, à l’âge de 21 ans, l'étudiant reçut ses diplômes et commença l'exercice de sa profession. Depuis, il a dressé les plans et dirigé la construction d'un grand nombre de résidences privées à Québec et dans les environs. II a également élevé un grand son br: d'édifices publics, notamment l'asile et l’église des Sœurs de Charité, l’Université

ends. ou

Laval, la nouvelle prison, la Salle de musique (Music Hall), plusieurs églises, tant dans la cité que dans les paroisses voisines, entre autres celle de Sainte-Marie de Beauce, dont on admire l'intérieur pour sa beauté et la régularité du dessin.

Le « Monument des Braves de 1760, » sur lechemin de Sainte-Foye, a été érigé d’après ses dessins et sous sa surveillance, en 1860.

Cette même année, nommé ingénieur hydrographe de la Commission du hâvre de Québec, il fut, l’année suivante, élu président de la Société des architectes et des ingénieurs civils du Canads. A deux reprises, c’est-à-dire en 1858 et en 1861, on le choisit à l’unanimité pour représenter le quartier Saint-Louis dans le Conseil de Ville.

En 1863, il était appelé à Ottawa, en qualité d’architecte-conjoint des édifices du Parlement et des départements publics en voie de construction.

Le gouvernement, les juges, le clergé, un grand nombre de particuliers, ont eu souvent recours à ses services pour la solution de questions épineuses de technologie, le règlement de bornages contestés et de réclamations d’entrepreneurs, de même que pour des examens ou des rapports sur divers sujets.

Plusieurs de ces rapports sont très intéressants et très instructifs : celui de 1872 sur Quebec a été extrêmement recherché par presque tous les ingénieurs des principales cités du Canada et des Etats-Unis, à cause des renseignements nombreux et variés qu’il renferme. Celui de 1878, sur « La situation de la municipalité » est particulièrement remarquable.

A Ottawa, où l'ingénieur demeura deux ans, il s'agissait de défendre les intérêts du gouvernement contre les entrepreneurs, qui réclamaient une somme de près d’un demi-

million. Au cours de cette mission de confiance, M. Baillairgé s’aperçut qu'il ne pouvait la remplir sans sacrifier ses principes de loyauté. Plutôt que d’y consentir, il eut la franchise d’avertir les autorités. Cet excès de vertu parut intempestif au chef de qui il relevait. C'était plus que celui-là n’était disposé à passer à un subordonné qu'il croyait trouver malléable. L’incorruptible M. Baillairgé reçut son congé...

N'était-ce pas un hommage rendu à son intégrité et dont il a le droit d’être fier ?

De 1848 à 1865, M. Baillairgé a donné, sous le patronage de l’Institut canadien et d’autres sociétés savantes, une série de conférences dans l’ancien édifice du Parlement, sur : l'astronomie, la lumière, la vapeur et les machines à vapeur, la pneumatique, l’acoustique, l’atmosphère, la géométrie et d’autres sujets de même nature.

En 1872, il faisait, dans la salle et sous les auspices de la Société historique et littéraire de Québec, une conférence très élaborée sur la géométrie, le mesurage et le stéréométricon.

Ce procédé, par lequel on apprend, en une journée et même en une heure, à faire le cubage de tous les solides, au moyen d’une seule et même formule, — ce qui ne s’apprenait autrefois qu’en une année, — venait d’être trouvé par M. Baillairgé. |

Cette découverte lui valut l'honneur d’être nommé membre honoraire et de recevoir treize médailles et dix-sept diplômes de sociétés savantes et de corps publics de France, de Belgique, d'Italie, de Russie et du Japon, etc.

La lettre suivante donne une idée des avantages du stéréométricon ou « tableau stéréométrique »:

ile ier

’il

nt

NT LSSrMaTeeLers

MINISTÈRE Saint-Pétersbourg, le 14/20 février 1877. de l'Instruction publique

ed onsieur Baillairgé, architecte à No 1823 | A ge Baillairgé, a MonsIEUR,

Le comité scientifique du ministère de l’Instruction publique, reconnaissant l’incontestabie utilité de votre « tableau stéréométrique » pour l’enseignement de la géométrie en général, de même que pour son application pratique à d’autres sciences, éprouve un plaisir tout particulier à joindre aux suffrages des savants de l’Europe et de l'Amérique sa complète approbation et vous informe que le susdit tableau avec toutes ses applications, sera recommandé aux écoles primaires et moyennes, pour en complé:er les cabinets et les collections mathématiques, et inscrit dans les catalogues des ouvrages approuvés par le ministère de l’Instruct’ 1 publique.

On fera, er e, des dispositions pour faire venir de l'Amérique à Sainc-Pétersbourg quelques exemplaires de vos éditions, et vous êtes prié instamment, Monsieur, d’avoir la bonté d'informer le comité s'il n'existe pas quelque part, en Europe, un dépôt de vos ouvrages mathématiques.

Agréez, Monsieur, etc.

Le chef du département au ministère

de l’Instruction publique,

E, DE BRADKER,

A propos d’une seconde lettre provenant de la même source, le Mercury, de Québec, se livrait, le 10 juillet 1878, aux réflexions suivantes :

« Nos lecteurs se rappellent qu'en février 1877 M. Baillairgé recevait du ministère de l’Instruction publique de Russie une lettre officielle, l’informant que son nouveau système de mesurage âvait été adopté dans toutes les écoles primaires et secondaires de ce vaste empire. »

« Après une épreuve de dix-huit mois, on s'esttrouvé sa-

tisfait de ce système, et M. Baillairgé a reçu un nouveau témoignage du même ministère, sous forme d’une lettre, l'avisant que son système allait être adopté dans toutes les écoles polytechniques de l'empire russe. »

Depuis lors, de temps à autre, M. Baillairgé a donné des conférences en français et en anglais sur l’art et le des-

sin industriels ‘et sur d’autres sujets instructifs.

Vers 1881, il a publié un rapport sur les défauts qui existent dans l'art de construire dans la province de Québec, et a recommandé l'établissement d’une école polytechnique.

Cette école s’est ouverte depuis, sous le patronage du gouvernement, grâce aux généreux efforts du R. F. Aphraates, supérieur des Frères de la Doctrine chrétienne; M. Baillairgé y enseigne la technologie et le génie

Revenu d'Ottawa à Québec, notre sociétaire écrivait, dans le cours de l’année 1866, un traité de géométrie et de trigonométrie plane et sphérique avec tables mathématiques.

Dans ce volume de 900 pages in-8°, en langue française, l’auteur réduit à la moitié de leur nombre, au moyen d'un procédé expliqué dans la préface, les deux cents et quelques propositions des six premiers livres d'Euclide, tout en déduisant et conservant les conclusions obtenues par le grand géomètre.

M. Baillairgé montre de plus l’usage et l'adaptation pratique des problèmes et théorèmes dont l'utilité pourrait de prime abord paraître douteuse, comme, par exemple, le rapport de la tangente à la sécante entière et a la partie de la sécante projetée en dehors du cercle, dans la détermi-

it

nation des courbes de chemins de fer ou autres, passant par certains points donnés, et en beaucoup d’autres cas.

Depuis, il a publié plusieurs ouvrages et brochures sur des sujets analogues.

Sa manière de traiter la géométrie sphérique et les affections des côtés et des angles est nouvelle sous plusieurs rapports et plus facilement comprise par la moyenne des élèves.

Dans une note au bas de la page 330, M. Baillairgé démontre la fausseté de la prétendue solution de latrisection de l'angle par Thorpe, qui avait pourtant travaillé pendant trente-quatre ans, à ce problème, et il blâme le gouvernement de l’époque d’avoir accordé à ce mathématicien un brevet pour sa soi-disant invention.

A ce sujet, le lieutenant-gouverneur lui écrivait :

Hôtel du Gouvernement Québec, 18 juin 1877.

Monsieur,

Permettez-moi de vous offrir mes remerciements pour l’envoi de votre ouvrage « Traité de géométrie et de trigonométrie » qui vous fait tant d'honneur, ainsi qu’à notre pays.

Comme Président de la Commission canadienne à Philadelphie, j'ai eu l’occasion de faire examiner votre tableau stéréométrique par les représentants de la Grande-Bretagne, de la France, de l'Allemagne, de la Russie, de l'Espagne, du Portugal, de l'Italie, et à une seule exception près, il était connu d'eux et hautement apprécié.

M. Lavoine, ingénieur des ponts et chaussées, que je connus à Philadelphie, où il avait la direction de l’exposition des modèles des Travaux publics de France, m’en parla alors de la manière la plus flatteuse pour vous et pour les Canadiens, de même que, durant une visite qu'il me fit à Ottawa, l'automne dernier,

Je suis heureux, Monsieur, de ces témoignages qui vous honorent et de savoir que vos travaux, tant de fois couronnés dans votre pays et à l'étranger, viennent de l'être encore à l'Exposition universelle de Philadelphie.

Je demeure, Monsieur, votre obéissant serviteur,

Page 1