RÉPONSE
à « un passant » de la « Minerve »
L'article « d'un passant » sous l'en-tête « Lexicographie », relatif au « nouveau Dictionnaire d'Homonymes », dans un récent numéro de la Minerve, montre une fois de plus le danger d'être injuste envers un auteur et de tromper tout un public, lorsque, comme dans le cas actuel, ce n'est « qu'en passant » que l'on juge les choses.
Les préfaces et introductions des dictionnaires de la langue ne se lisent point une fois sur mille, sauf par les lexicographes mêmes; car l'on sait de quoi traitent invariablement ces avant-propos. Mais, en présence d'un dictionnaire tout nouveau, il est impossible de connaître le but de l'auteur, la portée, l'objet, l'utilité de son travail, si l'on ne considère attentivement ce qu'il dit de son œuvre.
Il est évident que puisque sur les 40,000 mots de la langue, Poitevin n'en trouve que 1,300 à peu près qui aient des homonymes simples, l'on peut bien ouvrir 10 fois, 20 fois le dictionnaire, ou à 20 endroits différents, sans tomber sur un mot homonyne proprement dit.
Mais si l'on admet l'utilité, la nécessité même, des vocabulaires d'homonymes, comme il en existe dans toutes les langues, dans toutes les écoles, l’on ne saurait nier que pour éviter le danger de mal interpréter un écrit phonétique ou phonographique que le contexte n’est pas toujours de nature à élucider, il ne soit bon d'ajouter aux homonymes simples les, lai, lait, elc., sait, saie, Say, etc., et les composés l’est, l'ait, s’est, elc., semeur se meurt, sérail s'éraille, serre-frein ces refrains, éliologie est i (il) au logis, admirathon, à demi ration, admira Sion, lélégraphiquement tel est graphiquement, feuille, feu et lieu, etc., etc,
Là:
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Si, au contraire, l'on feuillette la moitié du dictionnaire pour s'arrêter à un mot impossible comme ipécacuana, afin de prouver contre l'auteur que tous les mots ne sont point susceptibles d'être décomposés en éléments et reconstitués en une suite de sons ou mots équivalents formant une phrase, un sens complet ou une partie de phrase pouvant se lier de sens avec un mot ou les décomposés d'un mot venant avant ou après le mot à l'étude ; il n'est aucunement singulier qu'un critique malveillant, ou qui va à la recherche du mauvais à l'exclusion du bon, puisse se donner l'air d'avoir raison.
« Un passant » s'étonne de voir que « M. Baillairgé ait » réussi à obtenir de hautes approbations à son œuvre : » prêtres, ministres, supérieurs d'institutions, gens de lettres, et autres. » Mais c'est que ces personnes n'ont point voulu parler à la légère, comme le fait notre critique ; et en voici la preuve : la supérieure du couvent à laquelle il est fait allusion s'est gardé de faire autre chose, tout d'abord, que d'accuser réception du livre et ce n'est qu'après un assez long délai qu'elle est venue tout spontanément écrire à l’auteur :
« Depuis notre premier accusé de réception, nous avons » eu de précieuses heures ‘l'étude où nous nous sommes » convaincues de plus en plus que votre œuvre porte un » cachet de très grande utilité. »
Ce qui démontre de suite « qu’un passant » n’a point compris, ne comprend point ce que c'est qu'un dictionnaire d'homonymes, c'est qu'il y a cherché, dit-il, tout comme dans un dictionnaire ordinaire, les significations des mots et ne les a point trouvées.
Jusqu'ici, M. le Rédacteur, l'on aurait pu conclure de la « Lexicographie » de notre « passant » que son appréciation erronnée n'est due qu'à la rapidité de son examen. Mais voici qu'il affiche carrément son peu de bonne foi ou son ignorance de ce dont il parle, en laissant croire
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qu'un traité d'homonymie doit contenir, en même temps, une dissertation sur l'orthographe de chaque mot; comme si le livre n'est pas déjà assez volumineux sans lui faire répéter ce qui se trouve déjà dans tous les dictionnaires connus.
Les jeux de mots proprement dits sont ceux que l'on fait d'ordinaire à l’aide de plusieurs mots. Or,iln'y en a pas un seul de la sorté dans tout le dictionnaire ; si donc il y a des mauvais jeux de mots, ce n’est pas l’auteur qu'il faut blâmer, mais le mot, qui, de quelque manière qu'on le décompose, comme ipécacuana, ne peut prêter à l’homonymie.
Non, les jeux de mots, les homonymes composés même, ne sont point tout faits; ce ne sont que les éléments qui en sont donnés, c'est-à-dire les sons équivalents des éléments du mot à l'étude, et l'élève, le lecteur, peut combiner ces éléments à son gré.
Prenons par exemple le mot accélérer : ce mot nous donne a, à, ah ! que... aque,ses, ces, sait, Say, s'est, c'est, etc.,- l'est, les, lé, l'aie, lez, lai, laid, lait, lai, lais, etc., — accès, sceller, seller, Léré, l'air est, laird, l'Aire et, ré, rais, rhée, rats, rets, Ré (l'île de), Rhée (déesse mythologique), rez, etc., etl’élève, l'interprète, le traducteur d'un écrit phonographique peut en faire ah que c’est laid Rhée, ou tout autre chose qu'il lui plaira.
Aulel donne hôtel, haute aile, elle, est le, os, c tel, ôtez, hottez le, eau telle, oh Tell (Guillaume), aulx tels, hôte hêle; et le contexte indiquera celle de ces significations qui satisfera le mieux au sens du texte où se rencontreraient les signes phonétiques des sons o tel, ou ôte, el.
Il faui distinguer entre un simple vocabulaire et un dictionnaire Le vocabulaire ne donne qu’un choix de mots se prêtant à l’homonymie; tandis que dans un dictionnaire il faut nécessairement que tous les mots se trouvent.
Ghaque mot de Poitevin se trouve daus le livre que critique « un passant », ainsi que ceux de tous les autres
ps, ime aire ires
fait pas [y à faut dé- )MmO-
ème, s qui élémbi-
onne l'est, eller, rels, lève, peut qu'il
ôtez, hêle; i Sat les
dics se aire
critres
de BE de
« homonomynistes » et en regard de chacun des mots de ces auteurs, M. Baillairgé donne plusieurs homonymes additionnels auxquels ils n'ont évidemment point pensé. Il en trouve quatre de plus au mot raie : Rhée (Gybèle), ré \de la gamme) rhée (oiseau), raie (trait), et dans beaucoup
de cas de 5 à 10, là où les vocabulaires n’en signalent que deux à trois.
L'ouvrage sous considération offre donc tous les avantages du vocabulaire ordinaire des écoles; puisque tous les mots homonymes s'y trouvent, chacun à son endroit propre dans la série alphabétique du dictionnaire, et avec ce grand avantage que, à la suite ou en regard de chaque mot d’une série homonyme, l’on trouve ses équivalents, comme sein, seing, ceint, sain, de même que l’on a encore en regard de sein ou seing ses homonymes sain, saint, cinq (devant une consonne), tandis que ces mots ne sont donnés qu’une fois pour toutes dans les vocabulaires.
Il arrive souvent dans la conversation que l’on se trouve embarrassé par la signification multiple des paroles que l’on entend. L'on dira trop heureux et vous comprendrez trop peureux, trop tôt, pour trot au, trop tot at né, Ney, te note au nez. Tout ceci fait donc voir l'avantage qu'il y a comme le fait l’auteur, d'indiquer pour chaque mot, la finale d’un mot précédent pouvant se lier de sens avec le premier, la partie initiale d’un mot venant après.
Et, d’ailleurs, dans tout dictionnaire l’on ne cherche que le mot dont on a besoin, et l’on ne se donne point la peine de lire les mots intermédiaires. Eh bien, qu'on en agisse ainsi avec le dictionnaire dont il est question, et l'on arrivera à la conclusion que si tous les mots non susceptibles d'homonymie étaient omis, le seul résultat serait : non pas de rendre le livre plus utile, mais seulement d’en diminuer un peu le volume.
D'ailleurs l'auteur remerciera sans doute « Un passant » au point de vue du débit de son ouvrage; car, si jusqu’à
présent, ce ne sont que les gens d'éducation qui ont su l’apprécier; voilà que maintenant tous les calembouristes et faiseurs de jeux de mots vont sans doute se le procurer, puisqu'il suffit parfois de mettre un livre à l'index ‘pour que chacun veuille le lire, pour en juger par lui-même et ne point s'en rapporter au jugement d'un simple « passant. »