‹ M. Daru, Causeries du lundi, vol. 9, with notes by G. MassonChapitre 3 sur 46 · DARU · texte numérisé non relu

DARU

Dans la préface qu'il a mise à sa comédie des Capitulations dans le recueil de ses Œuvres, Picard raconte comment il a recommencé sa pièce jusqu'à trois fois, à de nouveaux frais et sur un nouveau plan ; il aurait pu dire qu'il Pavait 5 recommencée cinq et six fois, j'en ai les preuves sous les yeux; et chaque fois, en lisant la pièce à ses amis, il a le regret de sentir que l'ouvrage (il se l'avoue) reste pâle^ toujours grave et sérieux^ et incomplet. Il en a la fièvre ; il a des intermittences d'ardeur et de découragement: "Mais j'en

lo sortirai et je m'y obstine, écrit-il à M. Dam (17 août 1807); je ferai une bonne comédie. Par exemple, vous pourrez bien vous en dire le père nourricier. Vos deux lettres m'ont encouragé, m'ont éclairé, m'ont affermi. Donc, vous aurez nourri l'enfant" Ces longues lettres que M. Dam écrivait

15 a Picard sur sa comédie et dans lesquelles il lui faisait les vraies objections dont l'auteur, malgré son effort, n'a pu triompher, ont à mes yeux une valeur morale et plus que littéraire, si l'on songe qu'elles sont du même homme qui, vers le même temps, disait dans une lettre de Berlin adres-

20 sée à madame Dam : " Je t'écris d'une main fatiguée de vingt-sept heures de travail."

On le comprend, c'est moins le détail des coùseils et ce qu'ils pouvaient avoir de plus ou moins motivé, que le sentiment même qui les inspire, cet amour et ce culte des lettres,

25 tendre, délicat, fidèle, élevé, que je me plais à observer et à poursuivre en M. Dam pendant ces années d'administration et de guerre ; en en réunissant ainsi autour de lui tous les noms de ses amis, les littérateurs distingués de son époque, je voudrais, pour adoucir cette sévérité qu'on suppose à son

30 front, lui en composer une couronne.

Et pour terminer ce petit épisode de Picard que j'ai introduit ici ayec plaisir : on le voit donc, l'efibrt qu'au milieu de sa carrière tenta ce spirituel auteur pour atteindre à la

haute comédie, fut manqué; il livra sa grande bataille en cinq actes et en vers, comme je Tai appelée, et il la perdit. Devenu directeur de TOpéra après Tavoir été du théâtre Louvois, il concevait encore le vague espoir de faire quelque œuvre considérable avant la fatigue et le déclin du talent : S

"J*ai dans la tête, ëcrivait-il en septembx^ 1812 à M. Dani, alors engagé dans la campagne de Russie et à peine arrivé à Moscou, j'ai dans la tête de grands sujets de comédies, et si je pouvais vous devoir un peu de liberté d'esprit et de loisir, je les entreprendrais ; mais que voulez- vous? au moment où je vais commencer une scène, une danseuse 10 vient me demander un pantalon, des souliers brodés ou une jupe de crêpe, quoique nos règlements proscrivent le crêpe ; un chanteur me fait dire qu'il est enrhumé, et il faut aller le flatter ou le menacer, si je ne veux pas que Paris manque d'opéra. Ah ! mon cher et digne ami, qu'il y a loin de là à la comédie î que je regrette mon petit théâtre !..." \c

De tout cet effort pourtant et de ces regrets oli nous voilà initiés, il devra rester dans l'esprit de chacun une idée de Picard, non moins agréable qu'auparavant, mais plus sérieuse et plus haute.

Pendant que M. Dam avait sur les bras l'administration 20 de la Grande-Armée et d'une partie notable de l'Europe, ses amis de France le choisissaient ainsi volontiers pour confident de leurs ennuis et de leurs peines. L'un d'eux, homme de lettres peu connu aujourd'hui et même de son temps, mais d'un certain mérite et d'assez de goût, qui avait fourni 25 à Picard plus d'un trait pour sa Petite Ville, M. de Lamac, du Languedoc, vieil ami de M. Daru, lui écrivit un jour une lettre désespérée. M. de Lamac avait quelque emploi qui ne convenait point à ses goûts, et qu'il ne pouvait concilier avec son ambition littéraire ; il en souffrait, et il l'exprimait 30 vivement, oubliant trop que celui à qui il s'adressait aurait pu simplement lui répondre par le mot de Guatimozin : " Et moi donc! suis-je sur des roses?" M. Dam lui fit une réponse moins brève, pleine de bonté, de sens et d'élévation,

qui serait applicable encore aux plaintes et aux révoltes de bien des Gilbert et des Chatterton modernes :

** Puisque vous me le permettez, lui écrivait-il de Kœiiig^)e]:]g (24 juillet 1807), nous allons causer de vos affiûres. Vous me dites que c vous avez du noir dans l'âme, parce que vous avez langui dans les horreurs d'ime vocation forcée. Quelqu'un qui vous lirait sans vous connaître croirait, à cette' expression, que vous avez été Eût capucin ou trappiste malgré vous : car enfin votre emploi n'est pas celui que vous auriez voulu choisir, mais cette histoire est celle de presque tous les

10 hommes; j'en vois bien peu qui eussent fait par plaisir ce qu'ils sont obligés de faire par devoir. Il n'en est point qui n'aiment l'indépendance, il en est peu qui n'aient embrassé quelques illusions de gloire ; et presque tous se trouvent cependant obligés de se contenter de ces illusions, et de s'astreindre à des occupations qui ne sont point selon

I :r leurs goûts. C'est l'inconvénient qui dérive de l'insuiBsance réelle des fortunes, ou des besoins que nous nous sommes iaiXs, ou de notre ambition. Tout cela prouve une seule chose, que le besoin de faire admirer nos talents n'est pas le seul besoin de notre amour-propre, qu'il nous faut encore, outre les applaudissements, de la considération ou de

20 l'autorité, ou de l'éclat, etc. Ces fantaisies sont plus ou moins déraisonnables, mais elles sont aussi naturelles les unes que les autres, et c'est parce qu'elles nous tiraillent en sens contraire que nous nous débattons dans l'impuissance de les satisfaire toutes à la fois."

Sages paroles, et qui peuvent se lire dans le même 25 moment qu'on a entre les mains les Épîtres d'Horace.

Une production académique remarquable de M. Daru en ces années, fut le Rapport qu'il rédigea en 18 11 sur le Génie du Christianisme de Chateaubriand. Ce dernier ouvrage, qui avait fait époque au commencement du siècle, 30 n'avait point été compris dans la désignation pour le prix décennaux, et l'Empereur avait paru s'en étonner. Il désira que l'Académie Française (la Classe de l'Institut qui y répondait) fît un examen particulier du livre, énonçât à ce sujet une opinion motivée, et M. Dani fut chargé du 35 Rapport Ce' travail est ce qu'on pouvait attendre d'un esprit droit, ferme, solide, qui ne se paye point de prestiges

brillants, de feiuc d'artifice, mais qui n'est point fermé non plus aux inspirations élevées et éloquentes, fussent-elles nouvelles et imprévues. On ne saurait donc considérer 1^ Rapport de M. Dam comme une critique hostile à l'œuvre et au talent de M. de Chateaubriand, mais il faut y 5 voir plutôt une pièce, d'analyse exacte, de modération et d'impartialité, un compromis judicieux destiné à ménager l'entrée de l'auteur au sein même de l'Institut Le seul défaut que j'y relèverai, c'est que le sage rapporteur n'y marque pas assez ce qui fut le charme et l'enchantement 10 dans la manière du nouvel écrivain, *ce par quoi il a fait avènement à son heure, et qu'il ne nous dit pas assez nettement ce qu'il faut toujours dire et proclamer à la vue des génies, même incomplets et mélangés : "La veille, il y avait un être de moins au monde ; le lendemain, il y a une 1 5 création de plus."

De tout ce qu'on vient de lire il résulte, ce me semble, que si l'on veut considérer la littérature dite de P Empire dans ses productions les plus saines, les plus honorables, on ne court aucun risque de s'attacher à M. Daru comme guide 20 et comme président du groupe : His dantem jura Catoneni. Sa modestie n'en prit point le rôle, mais l'amitié et la confiance de tous le lui eussent volontiers déféré. En dehors de lui et de ses amis, et dans une certaine opposition de goût et de doctrines, je trouve un autre groupe, celui de 25 Fontanes, de Joubert, de Chênedollé, le monde même de Chateaubriand. Fontanes, qui en est le coryphée comme critique et comme juge, lié d'ailleurs avec M. Daru pour qui il avait la plus grande estime, différait de lui par plus d'un point essentiel : il était plus réellement poëte, et il se montrait tel 30 dans ses vers trop rares, surtout dans sa conversation pleine de feu et dans toute sa personne : il avait de l'imagination en causant, et de la paresse dans le cabinet II était d'un goût

fin, bien autrement impatient et dédaigneux; il tranchait dès qu'un ouvrage lui déplaisait et lui semblait médiocre. Littérairement, Fontanes fut le critique accepté et autorisé de TEmpire : c'était lui que l'Empereur aimait à faire causer 5 et à entendre sur ces questions délicates et dans ces discussions animées oii son actif génie se délassait. Mais les amis de M. Daru, ceux que j'ai montrés rassemblés autour de lui, et qui étaient proprement de son cercle, avaient sur Fontanes un avantage : ils étaient productifs et assez

lo féconds, ils payaient de leur personne; leurs œuvres inégales laissaient à désirer, mais elles occupaient et intéressaient le public à leur moment Quoique ces auteurs, même les plus classiques comme Andrieux, n'eussent point à beaucoup près, autant que Fontanes, le culte et la vive intelligence

15 de la langue du dix-septième siècle, ils ne laissaient pas dans leurs principaux membres (et le nom de Dam nous les résume et nous les garantit) de composer une bonne école, somme toute, une bonne race en littérature. Pour être complet, je me contenterai d'indiquer du doigt un troisième

20 groupe encore, celui qui se rattachait plus particulièrement à la société d'Auteuil et au monde philosophique, les littérateurs plus ou moins républicains de l'époque du Directoire, les Ginguené, les Chénier, les Daunou, les Tracy. M. Dam leur donnait la main par plus d'un côté, mais il s'en dis-

25 tinguait pourtant par des idées moins absolues et plus

pratiques, par des goûts littéraires moins tranchés, moins

exclusifs et d'un continuité plus modérée : entre eux et les

amis de Fontanes, il tenait en quelque sorte la voie du milieu.

Les malheurs qui fondirent sur la France, à partir de

30 181 2, vinrent mettre à l'épreuve les hommes. On en vit, et des' plus braves, des héros sur les champs de bataille, trahir leur fatigue et leur commencement de faiblesse en s'irritant, en s'aigrissant ; d'autres, en petit nombre, demeurèrent fermes

iCt stables. M. Dam fut de ceux qui, à la force de corps et à la force de tête, montrèrent qu'ils savaient unir celle de rame ; mais lui-même, si de son dernier séjour il y met encore sa pensée, il ne voudrait point qu'en passant devant ces grands désastres et ces luttes dernières, on n'y entrât 5 que pour se donner occasion de le louer. C'est assez pour son honneur que, dans tout grand tableau de cette époque, dans toute éloquente Histoire, telle qu'on a pu voir celle de M. de Ségur, il ait sa place et, si je puis dire, son coin marqué au centre, à côté des Duroc, des Caulaincourt, des 10 meilleurs, des plus sensés et des plus sûrs. Dans mon dessein de montrer de tout temps en lui l'homme de travail et d'étude, je noterai, à cette date de 181 2, une seule particularité qui me semble caractéristique. La récolte de 18 11 avait été détestable. À cette époque, l'approvisionnement 15 de Paris, comme celui des grandes villes, n'était pas abandonné à l'industrie commerciale, mais il se faisait moyennant des magasins préexistants et toujours entretenus avec le plus grand soin. Les marchés passés avec l'entrepreneur qui était chargé de l'entretien de ces magasins ayant été 20 cassés par décret supérieur, des embarras étaient survenus. Sans qu'il soit besoin de plus de détails, il suffit de savoir que le ministre de la police générale, le duc de Rovigo, transmit de Paris, pendant la campagne de Russie et vers le moment de la bataille de la Moscowa, une Note dressée 25 par l'habile préfet de police de Paris*, exposant tout un nouveau système relatif aux subsistances des grandes villes, et contenant des aperçus sur ce qu'il conviendrait de faire en France pour arriver à une bonne administration des grains. La question sans doute était importante; mais, 30 proposée de si loin à M. Daru et lui survenant au lendem,ain de la bataille de la Moscowa et à la veille de l'entrée à

* M. Pasquier.

Moscou, quand il partageait avec le général Mathieu Dumas tous les soins dé Fintendance générale de Farmée, elle pouvait assurément lui paraître une question de luxe, sujette à un ajournement ou du moins à une discussion très-abrégée^ 5 Non pas : j'ai sous les yeux la lettre de réponse de M. DanI àu duc de Rovigo, datée de Mojaïsk, 12 septembre, deux jours avant Tentrée à ' Moscou. La Note du préfet de police de Paris y est Fobjet d'une discussion claire, suivie, détaillée, même élégante, le genre admis : "Il y a, disait

10 M. Dam en commençant, une considération importante: c'est qu'on peut éprouver la disette, même avec un approvisionnement suffisant, si on ne maintient pas l'activité de la circulation. Le papier-monnaie ne fait pas sortir le numéraire hors de l'Empire, mais il le fait rester oisif

15 par petites parties dans la poche de chacun, et c'est comme s'il n'y en avait plus. Il en est de même des subsistances : il faut qu'elles circulent pour que les pays abondants secourent les provinces moins favorisées : il faut que le même sac de blé, qui ne peut satisfaire qu'un appétit,

20 tranquillise dix imaginations dans un marché, comme le petit écu qui satisfait dix créanciers dans une foire..." Je n'ai pas à entrer dans le fond : le curieux pour nous aujourd'hui, c'est que, dans un tel instant, M. Daru ait trouvé le temps et se soit donné le plaisir d'écrire cette

25 réponse si régulière, si bien discutée, et qui n'était pas du

tout indispensable. Il y a là une preuve de plus de cette

tranquillité d'esprit et de cette faculté de travail uniforme,

deux traits distinctifs de la forte nature que nous étudions.

Plus tard, dans ses loisirs occupés sous la Restauration,

30 îl fera de même ; indépendamment de ses grands travaux d'histoirCj de ses devoirs comme pair de France, de son assiduité aux commissions et aux sociétés dont il était membre, des rapports et discours académiques qu'on aimait

à lui voir faire et dont il s'acquittait volontiers, il trouvait encore moyen de se donner des tâches surérogatoires : il écrivait en détail des remarques, des cahiers d'observations sur les ouvrages que des amis lui soumettaient ; il y a telle tragédie qu'il examinait plume en main, acte par acte, scène 5 par scène, , comme il eût fait aux premiers temps de sa jeunesse dans sa petite Académie de Montpellier. Ce qui eût été besogne et corvée pour d'autres, n'en était pas une pour lui : il s'y mettait avec bienveillance, facilité et goût. Jl était de ces forts tempéraments d'esprits qui ne sont 10 contents et bien portants, qui ne respirent, pour ainsi dire, à l'aise, que quand ils ont toute leur charge et que leur capacité d'application est remplie. Dans la paix comme dans la guerre, il justifia ce mot de Napoléon sur lui; " C'est un lion pour le travail^ 1 5

Un sentiment élevé et délicat s'y mêlait, ce charme iatérieur attaché à l'étude toute désintéressée des lettres et dont nul n'a joui plus que lui. Le moment allait venir oU les fonctions publiques manqueraient à M. Daru et oli il devait brusquement passer de la plénitude des emplois \ 20 une interruption soudaine. Après les événements d'avril 18 14, il se retira à la campagne et vécut dans la retraite pendant la première Restauration, Un grand malheur domestique V venait de se joindre, pour l'accabler, aux malheurs de la patrie. Après les Cent-Jours, durant lesquels il avait 25 repris le ministère de l'administration de la guerre, il reçut l'ordre de se retirer à Bourges, et, dans les premiers moment? de la réaction, le séquestre fut mis sur ses biens.. C'est alors qu'il écrivait à l'un de ses amis : " On ne nous prendra peut-être pas tout, on nous laissera peut-être bien quelque 30 chose. D'ailleurs, nous n'avons pas toujours été riches^ nous finirons comme nous avons commencé, en vivant dç

1 La perte de madame Daru.

notre travail..." Quelques années après, ayant à parler, lors de la réception de M. Mathieu de Montmorenqr à TAcadémie, de Thomme estimable auquel celui-ci succédait,, de M. Bigot de Préamen eu, M. Dam n'avait qu'à se reporter 5 à ses propres souvenirs, lorsqu'il disait : " Sage dans l'exercice du pouvoir, M. de Préameneu l'avait quitté sans regret..., et il n'avait vu que l'avantage de recouvrer un utile loisir dans ce retour à la vie privée, que les esprits moins calmes appellent trop souvent une disgrâce. Douce

lo puissance de l'étude qui ne permet de connaître ni le poids du temps, ni le vide de l'âme, ni les regrets d'une ambition vulgaire, et qui montre à l'homme une source plus pure, oli il ne tient qu'à lui de puiser tout ce qui lui appartient de bonheur et de dignité!"

15 L'espèce d^étude pourtant à laquelle il demanda tout d'abord une consolation virile, et oh il s'enfonça jour et nuit "pour ne point se dévorer le foie à voir tout ce qu'il voyait," ne fut point celle sans doute qu'il aurait choisie avant d'avoir passé par ces grands enseignements de la poli-

20 tique et par l'école pratique de l'homme d'État En prenant pour sujet l'Histoire de Venise, il se donnait une ample et neuve matière dans laquelle trouveraient place naturellement toutes les observations de sa vie publique et les fruits de son expérience sur les gouvernements et sur les hommes. Cest

25 l'ouvrage oh il se peint le mieux dans la force de sa matu-« rite, avec ce bon goût qui naissait d'un bon jugement, avec sa sûreté d'appréciation et cet esprit net et ferme qui était le sien. Aussi rapidement que solidement exécutée, l'Histoire entière parut pour la première fois en 18 19 ; l'auteur depuis?

30 ce temps n'a cessé de la revoir et de l'améliorer. Des savants Italiens, notamment le comte Tiepolo, ont adressé à l'auteur et publié des Observations critiques dont plusieurs paraissent fondées sur une connaissance plus exacte des

mœurs et sur Tautorité de documents particuliers, mais dont un grand nombre sont évidemment dictées par un esprit de nationalité plus louable que juste. Ces Observations critiques, au reste, sont intégralement reproduites au tome IX' de la quatrième et dernière édition, avec les réponses de M. 5 Daru à chaque article. On peut sur plus d'un point différer d'avis avec l'historien sans que l'ensemble de son œuvre en soit atteint ni ébranlé : " Et que lui importe après tout, dit à cette occasion l'auteur en parlant de lui-même, que le gouvernement de Venise ait été plus ou moins digne ic d'éloges ou de blâme ? Qu'y a-t-il de commun entre lui et ce gouvernement ? Comment pourrait-on soupçonner qu'en sa qualité de Français il pût être jaloux du gouvernement, de la prospérité, du bonheur ou de la gloire des Vénitiens? Il avait remarqué dans l'histoire du monde un peuple célè- 15 bre, dont les institutions avaient quelque chose de singu^ lier ; il a pensé que l'étude de l'histoire et des institutions de ce peuple pouvait faire naître quelques réflexions utiles; mais, en rendant justice au savoir, au talent de plusieurs des historiens nationaux, il n'a point trouvé chez eux cette 20 indépendance qui est la première qualité de l'historien." L'ouvrage comblait donc une lacune. Lue. de suite, cettç Jïistoire est d'un grave et sérieux intérêt :

** Il me semble, écrivait à l'auteur un critique un peu sec, mais judicieux et nullement méprisable (M. Auger), il me semble que cette 25 Histùire de Venise vous offrait tous les avantages que peut souhaiter un écrivain. Elle est ancienne et nouvelle à la fois; remontant aux premiers siècles du moyen âge, elle arrive jusqu'à nos jours ; nous en avons vu la fin. De plus, elle était peu connue, du moins en ce qui regarde l'administration intérieure, et c'est un grand bonheur de votre 30 sujet que ces mystères de la police Vénitienne que vous avez eus à pénétrer pour les mettre ensuite au grand jour. Enfin, ce qui est inappréciable selon moi, c'est que votre sujet est complet et fini comme s'il s^agissait de l'Empire des Assyriens; qu'il n'y a rien à

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