‹ M. de Bougrelon [par] Jean Lorrain [pseud.] Illustrations de Marold et MittisChapitre 1 sur 19 · M . DE B O U G R F. I. O N · texte numérisé non relu

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dans l'eau. Donc c'est toujours de l'eau, de l'eau morte, de l'eau moirée et de l'eau grise, des allées d'eau qui n'en finissent plus, des canaux gardés par des logis pareils à des jeux de dominos énormes : ça pourrait être funèbre et pourtant ça n'est pas triste, mais c'est un peu monotone à la longue, surtout quand il gèle et que l'étain figé des canaux ne mire plus les belles petites maisons de poupée, perron en l'air et tête en bas.

Il faisait donc grand vent, ce jour-là, sur l'Amstel, un vent à balayer les balajeurs eux-mêmes; sur le Dam, c'était le spectacle déjà trop de fois vu de la station des

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tramways et de la foule autour ; bonnets de fourrure rabattus sur des oreilles violettes, conducteurs et cochers fleuris de couperose, engoncements de cacbe-nez ; et ces étranges petits vieux qui, une éternelle goutte de gel au bout d'un nez rouge, vous vendent plus cher qu'au bureau des correspondances d'omnibus : mais il faut bien que tout le monde vive, et l'étonnenient de s'entendre dire datigûe pour merci, et celui de recueillir sur le revers de son gant leur grelottante roupie est un des plaisirs du touriste en Hollande...

Oh ! ces peuples du Nord !

D'ailleurs, le Hollandais est

plutôt laid, et Ui Hollandaise lui ressemble; les vieilles dames à chapeaux de velours noir, sur bonnets de dentelle ornés à la tempe de plaques d'or ajourées, font évidemment mieux dans les vieux tableaux de maîtres que dans l'ambiance des rues ; le Seadeck (le Rydeck d'Amsterdam) ne s'éveille qu'à la nuit. Q.uant au Ness, où de braves et plantureux gaillards blonds, roses, gras et la figure épanouie raccrochent innocemment au seuil des bouges, boudinés dans de longues houppelandes de portier d'hôtel, il était pour nous sans mystère ; nous l'avions déjà aussi trop visité et c'est bien là l'ingratitude

humaine, car ce Ncss nous avait- il assez ravi le premier soir.

Avions-nous assez aimé ces lourdes portes s'ouvrant brusquement pour laisser apparaître derrière une rangée de tables un entassement de chairs et de paillons, dressés comme un dessert sur une lointaine et lumineuse estrade.

« Dames françaises, entrez, messieurs, on parle français », et c'était de la part des bons géants joufflus des révérences tt des sourires k pleines lèvres, mais des bons sourires honnêtes, des sourires ignorés à Paris; ils n'en lâchaient pas une minute le cordon qu'ils tenaient à la

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main, et c'était le long de cette rue des Xess, c'était à chaque seuil la même soudaine apparition de nudités et d'étoffes tlamboyantes , la même offre patriotique, dames françaises, et le même salut.

Ah! que de dames françaises dans tous les Xess des brumeuses Belgiques ! des lointaines Hollandes et de tous les pays !

Ah! qu'on est fier d'être Français Quand on voyage à l'étranger.

Il est reposant et rafraîchit l'âme, ce quartier chaud d'Amsterdam ; il y règne une bonhomie inconnue dans les pays latins et ces bra\'es mon-

trcurs d'enfer, ces solides portiers du diable désarment la malveillance avec leurs bonnes faces vernies et leurs grosses bonnes mains gantées de fourrure, l'air tout à fait d'honnctes majordomes sous leur casquette galonnée d'or; mais évidemment nous les avions trop vus.

Kess, Seadcc, le Dam et le Musée lui-même ne nous disaient plus rien ; il y a des jours comme cela dans la vie ; nous errions par la ville le long des canaux gelés, tels des épaves, liàtant le pas au coin des rues, vu le grand vent, car, je l'ai déjà dit, il ventait formidablement ce jour-lA, sur l'Amstel.

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