MALAISE MORAL ET LIENS SECRETS DE PARTI DURANT CETTE ÉPOQUE
Ce retour de faveur, on le voit, semblait assez marqué ; mais il était conditionnel, et se liait évidemment au langage, qu'allait tenir le nouvel académicien, dans cette solennité de réception publique, alors, comme aujourd'hui, réservée pour une seule des Académies de l'Institut. M. de Chateaubriand, était disposé à prononcer un Discours i et il ne se refusait pas au tribut de quelques louanges, rendues faciles par tant d'éclatants exploits et cette succession de victoires, que n'avait pas encore entamée l'expédition de Russie déjà trop imminente.
Mais, docile jusque-là, M. de Chateaubriand ne pouvait, ni ne voulait cependant sacrifier ses opinions, et, il faut le dire, l'honneur de sa vie. Ayant à parler de Joseph Chénier, de son théâtre, de ses écrits, de ses opinions,
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de ses actes politiques, il ne pouvait oublier ce qui les séparait tous deux si profondément; et, d'autre part, sous ce joug et dans ce silence de l'Empire, sous cette autorité qui affectait de mêler les doctrines le plus opposées, en même temps que les hommes originairement le plus ennemis, les vagues réminiscences des conquêtes morales de 1789, et la théorie ainsi que la pratique du plus absolu despotisme, comment l'auteur du Génie du Christianisme pourrait-il juger, à son point de vue, les ouvrages, les sentiments et la vie publique de Chénier? comment pourrait-il dire tout le bien et tout le mal de cet homme, qui, s'il avait une fois cédé malheureusement à la Terreur, avait protesté contre elle par ces mots ? « Des lois et non du sang! » et racheté par de grandes douleurs les fautes de sa vie? Enfin, pour difficulté dominante, n'oublions pas que de régicides souvenirs, cachés sous le servage actuel et les honneurs de cour, étaient représentés par plusieurs noms considérables dans rinstilut, où était appelé M. de Chateaubriand. N'oublions pas qu'ainsi le blâme jeté par lui sur un vote de son prédécesseur, irait frapper au visage quelques-uns de ses nouveaux confrères.
h' éloge de Caton, sous la dictature de César, c'est là, écrit quelque part Cicéron, un problème digne d'Archimède. Par d'autres motifs et des accidents d'autre nature, l'éloge imposé à M. de Chateaubriand, sous l'Empire, était un problème plus insoluble encore. Son discours fait, cependant, il prévint, selon l' usage, l'Académie. Une commission de cinq membres, désignée par le sort, fut chargée d'entendre une première lecture. C'étaient MM. François de Neufchâteau, le comte Regnauld, Lacretelle aîné, Laujon, Legouvé. Le mercredi suivant, 24 avril, la commission déclara que, divisée d'opinion sur
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la question de savoir si le discours pouvait être approuvé, elle en référait au jugement de la Classe. Le discours fut aussitôt lu, devant l'Acadéniie, non par l'auteur lui-même, comme quelques voix l'avaient demandé, mais en son absence, et par un des membres de la Commission. Puis, après un court débat, demeuré secret, il y eut un scrutin décidant, à la majorité, que le discours ne pouvait être admis. M. de Chateaubriand, qui attendait dans une pièce voisine, fut aussitôt prévenu de cette décision ; et, le mercredi suivant (2 mai), on lut de sa part à l'Académie la lettre que voici :
« Monsieur le Président,
« Mes affaires et le mauvais état de ma santé ne me permettant pas de me livrer au travail, il m'est impossible, dans ce moment, de fixer l'époque, à laquelle je désirerais avoir Thonneur d'être reçu à l'Académie.
« Je suis avec respect,
« 29 avril 1811. »
Rien de plus simple, on le voit, que la partie extérieure du drame. Commencé le 24 'avril, il était fini sept jours après, sans qu'aucun détail bien exact en eût transpiré, même dans les salons. Seulement, l'attente publique avait été très-vive, et, suivant un mot de M. Suard, « si « le discours avait été prononcé devant l'auditoire en « instance, depuis deux mois, jamais pareil tonnerre d'ap- « plaudissements n'eût fait trembler une salle. »
Evidemment, l'Empire, malgré toute sa puissance, ne voulait pas d'un tel bruit. L'Empereur, après la lecture en séance intérieure de l'Académie, demanda lui-même
le manuscrit, le Iroissa, le barra sur plusieurs points, et ne fut guère content que de la dernière page. Hors de là, l'idée si simple et si juste, que les lettres ne sont pas un art industriel, mais une puissance de l'âme, qu'on ne peut séparer le style de la pensée, et le talent du caractère de l'homme et de l'emploi de sa vie, choquait la dictature de Napoléon. La franchise énergique du blâme, sur quelques crimes de la Révolution lui paraissait impolitique ; le mot de liberté, ramené dans quelques plirases inoffensives , était une inconvenance plus grave encore ; et ainsi, sous cette censure de dates et d'influences diverses, méticuleuse pour la Convention, comme pour l'Empire, il ne restait guère du malheureux discours que Téloge final du conquérant. Cela, du moins, et l'appel à la clémence qui se mêlait à cet éloge, Napoléon parut l'accepter volontiers, en le commentant lui-même par ces mots, que lui inspiraient les souvenirs réveillés par le reste du discours : « Pauvre France, combien tu as besoin encore d'un tuteur! » C'était absolument comme Cromwell, se vantant d'être le grand juge de paix, qui seul «empêchait les Anglais de se couper la gorge entre eux.
M. Daru, tout récemment ministre de la secrétairerie d'Etat, reçut et atténua les ]oremiers contre-coups de la colère impériale; et ce fut dans son cabinet, à Saint-Cloud,, que, le 28 avril, M. de Chateaubriand alla reprendre son manuscrit. Le Ministre n'insista pas, on peut le croire, sur l'obligation de faire un autre discours ; et il conçut trèsbien le prétexte et la forme d'ajournement annoncés par la lettre à l'Académie.
Une anecdote, dont quelques détails sont déjà connus, attesta d'une manière assez originale, et le vif mécontentement de l'Empereur, et l'esprit de la Cour, à cette
époque. M. Daru, venant chercher l'arrêt définitif du discours mis sous les yeux de l'Empereur, avait traversé le salon, où attendaient quelques grands dignitaires, des généraux, des sénateurs. Entré près du Monarque, qui tenait en main le manuscrit, soit que l'impatience du lecteur fût déjà trop vive, soit que le Ministre la fit éclater davantage même par son silence, il s'ensuivit un monologue, à voix tantôt plus calme, tantôt retentissante. « Je ne puis « souffrir rien de tout cela, disait TEmpereur, ni ces sou- « venirs imprudents, ni ces reproches au passé, ni ce blâme « secret du présent, malgré quelques louanges ; je dirais à « l'auteur, s'il était là, devant moi : Vous n'êtes pas de ce « pays-ci, monsieur. Votre admiration, vos vœux sontail- « leurs. Vous ne comprenez ni mes intentions, ni mes actes. « Eh bien, si vous êtes mal à Taise en France, sortez de « France; sortez, monsieur; car nous ne nous entendons « pas; et c'est moi qui suis le maître ici. Vous n'ap- « préciez pas mon oeuvre; et vous la gâteriez, si je vous « laissais faire; sortez, monsieur, passez la frontière, et « laissez la France en paix et en union sous un Pouvoir, « dont elle a besoin. »
Dans le jeu naturel de cette scène improvisée, quelques mots plus fortement accentués traversaient la double porte du cabinet et arrivaient au salon voisin, qui bientôt prêta l'oreille. M. Daru, cependant, après ces véhémentes paroles, peu ou point combattues, chargé du manuscrit, avait quitté l'Empereur et repassait dans le salon d'attente, dont l'aspect lui parut alors tout différent et tout changé pour lui. Nul salut, nul empressement, lorsqu'il s'arrêta, pour donner un ordre de service; on semblait ne pas le voir, ou craindre de lui parler. Étonné à son tour, le Ministre, abordant quelqu'un de l'assistance plus
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intime, ou qui se trouvait moins éloigné, lui demanda que signifiait cet accueil, et s'il était au lazaret? — « Mon « Dieu, lui répondit le courageux interlocuteur; c'est « l'effet de quelques paroles, qu'on a trop entendues ici. « L'Empereur paraît bien irrité : il semble qu'il vous a des- « titué, qu'il vous exile, comme M. de Marbois, ou le duc f< d'Otrante ; cela consterne vos am.is et tient tout le monde « à distance et en observation. » M. Daru, avec un soudain éclat de rire (et cela même était un excellent démenti), dissipa les craintes de cet ami, et l'assura qu'on avait mal entendu , ou mal compris; que l'Empereur pensait à tout autre chose, parlait d'exiler, non pas un ministre, mais un académicien; que cela même n'aurait pas lieu, et que l'orage serait passé dans deux jours; puis, saluant de bonne grâce quelques personnes qui, voyant sa sérénité, se rapprochèrent de lui, il sortit, en riant, et ne conta pas d'abord cette historiette.
Disons, pour être exact, qu'avec moins de pouvoir et d'indépendance d'humeur, le comte Regnauld n'eut pas, en cette occasion, moins d'égards que M. Daru, pour un confrère disgracié, aussitôt que nommé. Il affecta même de dire, à son ancien point de vue monarchique de l'Assemblée constituante : « L'Empereur ne devait pas laisser « prononcer le Discours; mais, personnellement, il n'a pas « à s'en plaindre; et il y a là, sur la Révolution, des « vérités qui ne sont qu'inopj)orlunes. » Quant à M. de Fontanes, qui, dans la séance de l'Académie, avait voté pour que la réception eut lieu, il se contenta de répéter, à Saint-Cloud, « que le discours était admirable, et que « jamais l'Empereur n'avait été si bien loué. »
Un autre homme d'honneur, l'inflexible et poli M. Suard, sans attacher le même prix à la péroraison du
Discours, en défendait vivement les opinions et le langage. On en discuta beaucoup, dans quelques salons; on se communiqua des copies, et on fit des lectures à petit bruit de cette œuvre interdite. Enfin, dans une polémique, alors autorisée contre M. de Chateaubriand, et qui s'attaquait en grande partie à son premier ouvrage des Révolutions, on imprima quelques-unes de ses pages récontes sur la Convention et sur Chénier. Les journaux, qui cherchaient, par ordre, à distraire l'attention pubHque, furent remplis de toute cette controverse , pendant les derniers mois de 181 1 . Mais, il faut l'avouer, malgré le grand éclat des derniers écrits de M. de Chateaubriand, et la précaution politique d'en occuper les esprits, tout cela décroissait bien vite et s'effaçait devant la grande ombre des événements à l'horizon, l'oppression prolongée du Pape, les difficultés de la guerre d'Espagne, l'embarrassant Concile de Paris, les immenses apprêts et l'engagement si prochain et si incalculable de la guerre de Paissie.
Là commence, pour le grand écrivain, une nouvelle carrière, une nouvelle inspiration, bien triste, au début, sans doute, puisqu'elle se confondait avec les malheurs de la patrie, mais pleine dans l'avenir de compensations et d'espoir, pour une ambition même généreuse.
Napoléon avait poursuivi, et parfois réprimé cruellement, des conspirations peu réelles, ou du moins peu fo'rmidables. Mais, nul doute qu'à partir de la grande faute et du désastre de 1812, il n'ait eu à craindre la plus dangereuse des conspirations, celle qui n'est pas une action, mais une attente, celle qu'on ne peut réprimer, ni prévenir, qui n'a pas de mot d'ordre, mais une espérance secrètement commune et qui se forme des vœux, des
inquiétudes, des haines d'une foule d'individus caches dans un grand peuple. L'ahusdéniesurédela Conscription, la dureté du Gouvernement, les chances aventureuses, et bientôt les désastres trop certains de la. guerre de Russie entretenaient ce malaise politique et ce péril interne, que révéla tout à coup l'auilacieuse entreprise et l'insolent demi-triomphe du général Mallet.
A côté de cette explosion isolée de quelques âmes plus fortes, et dans l'immobilité docile des classes populaires, la dissidence presque muette de plusieurs hommes, de plusieurs familles de l'ancienne aristocratie était peu contagieuse. Elle agissait cependant; elle inquiétait les indifférents; elle rapprochait des intérêts longtemps divisés; elle s'armait contre Napoléon de ce qui d'abord avait fait son prestige et sa force, le besoin de repos et de sécurité; elle aigrissait contre lui les gens paisibles, et jusque dans le rang des hautes fortunes entraînées à la suite de l'Empire, elle faisait pénétrer la prévoyance, ou môme le désir d'un changement qui laissât debout quelque chose de ce que Napoléon avait créé, mais de ce qu'il semblait prêt à précipiter avec lui et à perdre entièrement.
Par ses relations de monde élégant^ par sa célébrité, par sa passion, M. de Chateaubriand se trouva fort engagé dans ce parti, que grossissaient les malheurs et les fautes des dernières années de l'Empire. On comptait sur lui, d'après ses livres, sa vie entière, sa disgrâce actuelle. Il était, à l'intérieur, ce que madame de Staël était, au dehors, l'image d'une protestation vivante contre l'abus de la Dictature et l'oppression de la pensée. Il avait de plus qu'elle un nom cher au parti religieux, dont la captivité du Pape entretenait l'hostile mécontentement. Du reste, il n'écrivait plus pour la presse; il semblait avoir pris congé
du public par celte modeste et noble phrase qui termine Vltinéraire : « Dans tous les cas, j'ai assez écrit si mon « nom doit vivre ; beaucoup trop, s'il doit mourir. »
L'ordre verbal qui, en 1813, l'éloigna quelque temps de Paris, cette espèce de relégation à Dieppe, qui lui fut conseillée plutôt que prescrite, ne dut pas le ramener à des études trop insuffisantes pour occuper son âme, dans la crise violente de la France et de l'Europe. Il a pu, comme il l'indique plus tard, toucher alors à quelques parties de ses Mémoires commencés. Mais, nul doute que son esprit ne fût tendu tout entier vers un autre objet, et trop agité du présent, pour en être distrait par une application lointaine. Les trois dernières années de l'Empire furent un temps de douloureux et stérile travail pour les inteUigences capables de réllexion. Que chacun aujourd'hui le sache bien ! que les nobles illusions de l'histoire, sur documents officiels et à grands tableaux militaires, ne cachent point, pour nous, le vrai de la vie humaine! Dans ce temps, la grandeur était encore à la surface; la souffrance et l'angoisse étaient partout, à l'intérieur. Pour en avoir l'idée, il suffisait d'approcher certains représentants du passé, ou de l'avenir, dans les rangs les plus divers, M. Sieyès, le prince de Talle,yrand, M. de Marbois, le général Lafayette, un député comme M. Raynouard, M. Laine ou M. Maine de Biran, un sénateur tel que M. de Tracy, M. Lanjuinais ou M. Lambrecht, plus d'un général enfin comblé d'honneurs et fatigué de la guerre.
Evidemment, une crise mortelle avançait, à grands pas, plus puissante que le génie d'un homme : et, après que cet homme, à force de tenter la loterie de la guerre, avait mis souvent contre lui les chances défavorables, l'épreuve continuée amenait, cette fois, la nécessité mathématique
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(le la défaite par Tépuisement des ressources, par la contagion du découragement, le nombre croissant des ennemis, les calculs personnels de défection, l'àpreté des espérances et la coalition des haines, alliance plus fidèle qu'aucune aulre.
La raison, comme la passion de M. de Chateaubriand, sentit de bonne heure cette \érité. Il vit grossir chaque jour le faix amoncelé sur l'Empire. Le même pressentiment appartenait alors à bien d'auires : et un effort de génie guerrier, l'accident d'une grande \ictoire, n'aurait pas suffi, pour le démentir et le réduire à néant. Pareille conséquence n'aurait pu résulter que d'une cause morale, d'une révolution de volonté plus inouïe, plus invraisemblable que toute catastrophe matérielle. Bien que Napoléon, dans ses vicissitudes de 1815, ait pu, ce semble, arrêter à un point fixe la roue de la fortune et traiter du maintien de son Empire, à moitié chemin de sa ruine, il ne devait pas faire ce qui semblait alors si tentant et si facile pour lui; il ne le devait pas, parce que cela était contre sa nature, je dirai presque, contre sa raison. Pendant les éclairs de prospérité qui lui revinrent, à cette époque, les causes de sa chute allaient toujours croissant; et les revers, plus grands à la suite de ces courts succès, lui commandaient des sacrifices qui rendaient la paix impossible ou trop suspecte, pour être ratifiée de ceux mêmes qui l'offraient. Telles furent les conjectures, les inductions fatales et vraies, ne disons pas les espérances, dont M. de Chateaubriand s'entretint, durant deux ans.
Le 12 janvier 1813, un sénatus-consulte avait livré à Napoléon une nouvelle recrue de deux cent cinquante mille hommes, pris sur le demeurant des années antérieures, et offrant, pour la guerre, une masse plus virile et
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plus mûre que la jeune conscription de l'année courante. Dans les mois qui suivirent, du 2 mai aux 18 et 19 octobre, de la victoire sanglante de Lutzen aux ruineuses défaites de Leipsick, ce nouvel enjeu était en partie détruit. Napoléon était revenu de l'Allemagne, comme de la Russie, de l'Elster, comme de la Bérésina ; et, le 19 décembre 1813, le Corps législatif asservi, depuis tant d'années, consulté cette fois sur la question de la paix ou de la guerre, et appelé à connaître des négociations commencées, entendait sa Commission déléguée pour cet examen déclarer : « Que les moyens de paix auraient des « effets assurés, si les Français étaient convaincus que leur « sang ne serait versé que pour défendre une patrie et des « lois prolectrices ; que Sa Mi>jesté doit être suppliée de « maintenir l'entière et constante exécution des lois, qui « garantissent aux Français les droits de la liberté, de la « sûreté, de la propriété, et à la nation ie libre exercice « de ses droits politiques. »
On sait comment cette première voix libre, depuis dix ans, fut aussitôt étouffée, le Corps législatif ajourné par un décret du 31 décembre, et les membres de la Commission, MM. Laine, Raynouard, Gallois, Maine de Biran, Flaugergues, signalés comme factieux et traîtres par l'Empereur lui-même, à sa réception solennelle du 1'"^ janvier 1814.
C'étaient là de graves et formidables symptômes de l'ébranlement de l'Empire. A la perte des conquêtes lointaines, aux défaites du dehors, à l'animosité croissante des agresseurs, à la révolte des alliés apparents, à l'épuisement des forces nationales, à l'uivasion commencée, à la limite du Rhin franchie, au passage de la Suisse forcé se joignait un signe inouï jusqu'alors, une plainte, une
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protestation, un rappel du droit des citoyens et de la liberté promise % la nation. — Mais, a-t-on dit : le moment était mal choisi ; et Napoléon affecta justement de flétrir du nom de lâcheté cette réclamation, qui s'élevait, à la suite de ses malheurs, et semblait profiter de ses périls.
La réponse était dans les choses même. Ce n'était point la plainte qui suscitait le péril ; et satisfaite, elle pouvait le détourner. Les étrangers, ceux qui s'étaient armés, afin de nous repousser de leur territoire , stipulaient aussi des libertés intérieures et civiles, pour prix de leur courage, et se proposaient un double but de leurs efforts. La France, dans la résistance désespérée, que lui demandait son chef, avait bien droit aux mêmes égards. L'histoire a prouvé d'ailleurs qu'une concession aux vœux des peuples, ou, pour mieux dire, qu'une reconnaissance de leurs droits ne s'obtient pas d'un maître, dans son orgueil et sa toute-puissance, qu'elle a été parfois une transaction de la nécessité, un calcul de l'ambition, jamais un don gratuit et spontané du Pouvoir arbitraire.
La réclamation faite, en ce moment, était donc aussi raisonnable en soi que d'accord avec le vœu public. En la rejetant avec mépris et menace, en ne voulant avoir recours qu'aux armes, en se vantant que la France avait plus besoin de lui (pi il n avait besoin cl elle, Napoléon hâtait le dénoûment fatal et l'annonçait lui-même; car, il avait brisé ce talisman de domination et de silence, qui semblait confondre la puissance du Souverain avec la vie même de la France, et mesurer la durée de l'une sur la force presque inépuisable de l'autre. Maintenant, le divorce était prévu ; la séparation des intérêts éclatait à tous les yeux; et avec elle, se multipHaient les chances d'affaiblissement et de ruine.
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Déjà était fort sensible le mécontentemept du parti religieux gagné d'abord à l'Empire, lui concédant volontiers le Pouvoir absolu, admirant ses conquêtes, et les saluant même, comme providentielles et méritées, dans l'abaissement de la Prusse protestante et philosophe. Ce même parti ne pouvait admettre sans protestation, ou du moins, sans un blâme secret, les persécutions anticatholiques, le séquestre de Rome, la captivité du Pape et des Cardinaux, l'oppression du Concile de Paris, et le Concordat surpris ou arraché, dans Fontainebleau. A cet ordre d'opinions se rapportaient bien d'humbles prières, bien d'obscurs, de pieux dévouements; là s'adressait l'anathème pontifical lancé contre Napoléon, la bulle supprimée par la police et punie par la rude expulsion dm Conseiller d'État, directeur des cultes. C'était une dernière et timide opposition, qui gardait grande puissance et devenait prophétique.
L'injuste détention du Pape donnait raison à la Sentence qu'il avait osé prononcer. Sa délivrance inopinée devait bientôt paraître le commencement même de l'anathème accompli. Maintenant à cette résistance secrète du clergé, des âmes pieuses et généralement des esprits honnêtes et paisibles, se joignait le réveil d'un parti constitutionnel, d'uneclassed'hommesdefortuneaisée, d'esprit cultivé, sans passions révolutionnaires, sans théories démocratiques, mais aspirant au règne des lois et à quelques garanties de liberté publique. Commune aux professions libérales, à la science et aux lettres, au barreau, à une grande partie de la magistrature, à la banque, à Tordre le plus élevé du commerce, cette opinion s'étendait chaque jour; et elle s'aigrissait à la fois par les malheurs publics et par certaines iniquités du pouvoir.
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D'autre part, des noms illustres, de grandes fortunes demeurées presque inlacles, qui s'étaient tenues loin de l'Empire, ou ne lui avaient payé que le tribut de sang imposé par la formation des gardes d'honneur, se rapprochaient des diverses classes de mécontents, qu'on vojait grossir en France. Chose singulière et vraie! cette disposition trouvait plus d'un assentiment et d'un appui, jusque dans de hauts emplois de l'administration et de la Cour. La défiance de l'avenir, le reproche amer des fautes commises, ces pronostics de malheurs imminents, qui préparent la défection, en y donnant prétexte, devenaient plus fréquents, et plus hbres. Jamais la rigueur de la police n'avait été moins active qu'au moment, où elle aurait eu le plus à faire.
Revenu sans obstacle de son exil arbitraire à Dieppe, M. de Chateaubriand, par sa disgrâce non moins connue que son génie, était un centre et un lien pour beaucoup de ces haines d'origines diverses, que rencontrait l'Empire, à son déclin. Vers lui avaient abouti quelques confidences du Clergé de Paris, dissident d'un Archevêque intrus et servile, quelques communications des Cardinaux exilés, quelques avis même de ce qui se passait à Fontainebleau et de ce qui se préparait en Itahe. M. de Chateaubriand avait connu de bonne heure le désaveu, par lequel le Pape, rétractant le Concordat forcé et indûment publié de 1813, n'en obligea pas moins son oppresseur à finir sa captivité, et à lui rendre Rome, qui nous échappait.
Par d'autres points, il touchait à ce qu'il y avait de libres caractères, dans la Chambre des députés. Et enfin, sa m gloire, le prestige de séduction, qui entourait son nom, lui " avaient valu, dans le monde le plus brillant d'alors, plus d'une influence ii^norée et d'une révélation curieuse sur
Jes prodigieux événements, que cachait encore la fumée Au champ de hataille.
Ce fut au miheu de ces anxiétés obscures, qu'à la fin <de 1815 et dans les premiers mois de 1814, fixé à Paris, rue de RivoH, à quelques pas de ce sanctuaire du Pouvoir violé tant de fois, M. de Chateaubriand^ incapable d'une autre occupation , d'une autre pensée que la nouvelle de chaque jour et l'attente du lendemain, fut conduit à préparer le célèbre écrit, le pamphlet implacable, dont il frappa l'Empereur, dans sa chute. Lui-même, seul témoin sur l'origine de cet écrit, il n'indique nulle part quand il le commença; mais, on ne peut douter que, <lans le cours de cette œuvre de haine, dans les interruptions et les reprises de ce dangereux travail, il n'ait suivi les vicissitudes de cette campagne de France, qu'il a signalée, vingt-cinq ans plus tard, comme un des prodiges de la tactique de Napoléon. Alors, il n'y voyait qu'une agonie désastreuse pour la France; et, dans la prévoyance du terme, il se préparait à publier, le lendemain de la victoire étrangère, un anathème au Pouvoir vaincu, un acte d'accusation contre ses fautes et ses malheurs, une consolation de nos revers, un appel aux principes de Droit public, qui pouvait les couvrir et les réparer.
La hardiesse momentanée de ce travail , les transes d'inquiétude, ressenties près de l'auteur, sont ici peu de chose comparées à la responsabilité môme de l'écrit, sous le point de vue moral. Cicéron écrivant et publiant, môme sans l'avoir prononcée, sa seconde PhiUppiqiie contre Antoine, était, l'événement le prouva, bien plus téméraire que l'auteur de la brochure de Biionaparte et des Bourbons. Lecourageux Corî5;//dr^ attaquait une puissance bien moins détruite, un ennemi bien moins abattu, qui, demain,
pouvait frapper avec le glaive du Triumvirat. Mais laissant de côté ce qui n'est pas analogue en principe, et ne se ressemble point par le dénoûment, il reste encore pour l'opinion équitable et pour l'avenir, la question même du degré de blâme, ou d'excuse, qui doit s'attacher à l'acte diversement jugé de l'écrivain françnis.
Ici, on doit le reconnaître, l'invective éloquente, datée du 50 mars 1814, la veille de l'abandon officiel de Paris laissé, sans secours, à l'invasion étrangère, cette invective publiée quelques jours plus tard, après de grandes défections militaires et des actes de divorce politique émanés du Sénat même de l'Empire, ne peut être considérée comme le manifeste d'un complot anti-national. Elle ne tendait pas à désarmer la défense, alors que la défense eût été possible, et qu'elle n'avait pas encore été désespérée par celui-là même, auquel on s'immolait. Elle n'était pas le cri de sauve qui peut, sur un champ de bal aille encore défendu. Préparée d'avance, elle venait seulement après la défaite et l'abdication du chef, pour prévenir les luttes stériles, les divisions fatales, et l'anarchie dans la ruine. Elle incriminait, non sans excès, mais à bon droit, le despotisme brisé par la seule puissance (ju'il eût jamais reconnue, la force matérielle. En dénonçant avec passion ces fautes, elle servait à lui ôter un dernier prestige, qui ne pouvait que faire des victimes aveugles, et non plus susciter d'utiles défenseurs. En séparant désormais du Monarque vaincu et déchu la nation malheureusement envahie, elle prévenait, elle arrêtait du moins le flot même de cette invasion; elle ramenait l'idée du droit, la puissance naturelle d'un principe, au milieu du déchaînement de la guerre; et, dans le mauvais succès des armes, elle ménageait pour nous un prétexte à la réconciliation et
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une dignité morale à la paix. H fallait bien qu'il en fut ainsi, car ce véhément pamphlet de M. de Chateaubriand, publié dans les premiers jours d'avril, eut le plus grand effet, la plus rapide influence, qu'aucun écrit ait exercée, en France, depuis 1789. Je ne dirai pas qu'il aida les vainqueurs ; ce serait le diffamer et le maudire ; je dirai qu'il confirma la chute irréparable du Pou voir vaincu, qu'il diminua le nombre, ou les regrets de ses partisans, concourut au ralliement des esprits, dans l'intérêt des lois et de la patrie, prévint des maux partiels et des tentatives isolées, dont se serait accru le malaise général. Cette autorité d'une parole éloquente et d'un appel aux sentiments généreux, dans une grande crise publique, fut bien manpiée par le mot de Louis XVIII, disant que, pour sa « cause, la brochure de Chateaubriand avait mieux valu « qu'une armée. »
Sans doute, sur Napoléon même, il s'y rencontrait des choses fabuleuses, populairement exagérées, des vengeances de l'opinion trompée et des représailles du malheur contre le génie vaincu. Mais l'ouvrage n'avait rien que de juste et d'exemplaire dans le blâme réfléchi, dont il poursuivait le Despotisme, ses abus naturels, ses fautes inévilables, l'aveuglement de son égoïsme, et sa ruine amenée par lui-même. L'ouvrage n'avait rien que de national, dans l'hommage qu'il rendait aux armées françaises dans la part d'honneur irréprochable qu'il leur faisait, aux plus mauvais temps même de la Terreur, et la gloire méritée qu'il leur attribuait, dans les succès et jusque dans les défaites de l'Empire. Cette déclaration ardente était plus patriotique encore, dans le vœu qu'elle exprimait, pour un retour à des principes, depuis trop longtemps, sacrifiés alors, et pour l'établissement durable
d'une liberté tant de fois promise et si chèrement achetée. Ne l'oublions pas (et des témoignages sans nombre en sont la preuve authentique), ce que l'écrit de M. de Chateaubriand renfermait de plus accusateur et de plus amer sur la dureté de l'Empire, le ravage annuel et les reprises croissantes de la Conscription, les tyrannies locales et l'oppression publique n'excédaient en rien le grief et la plainte de la France, à cette époque. La brochure passionnée de Buonaparte et des Bourbons n'était pas plus violente que le livre de V Esprit de Conquête et d'Usurpation, publié au dehors et réimprimé, deux mois après, à Paris, par Benjamin Constant. C'était le souffle de la même colère, la révolte du même sentiment moral, le même instinct de haine civique contre l'excès du Despotisme militaire, le même appel aux lois et à la liberté, après l'abus de la Conquête et du Pouvoir absolu.
Seulement, pour la majorité des Français, à cette fatigue de l'Empire et de la guerre perpétuelle il ne se mêlait d'abord aucun souvenir bien distinct, aucun souhait formel. Tant d'années de révolutions, de conquêtes et d'ascendant glorieux du nom Français avaient effacé de la mémoire ce qui était tombé en 1789 : et, à l'idée confuse, qui en restait, on pouvait même facilement associer plus de répugnances que d'impressions amies. Recommandable, aux yeux de quelques esprits sages, comme expression du droit et de la transmission réguhère du Pouvoir, le mot de légitimité choquait par un autre côté l'esprit de la foule, réveillait plus d'une prévention, ou faisait craindre plus d'un abus des vieux temps. Sur ce point, M. de Chateaubriand ne se défia point assez des écueils attachés à sa cause. Une ardeur de parti et d'imagination outra ses paroles, et peut-être aussi son espérance d'un
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facile triomphe pour la Restauration appuyée sur la Charte. N'oublions pas cependant que, sinon le même vœu, du moins la même probabilité se présentait alors à des esprits bien opposés, dans des rangs bien divers. Un antagoniste trop implacable de l'ancienne royauté, un de ceux qui l'avaient combattue jusque et au delà l'édiafaud de Louis XVI, Carnot, écrivait, en 1814, cet aveu mémorable : « Au retour des Bourbons, la joie fut univer- « selle : il n'y eut qu'une opinion, qu'un sentiment. Les « anciens républicains, particulièrement opprimés, ap- « plaudirent franchement à la Restauration. » Le zèle de M. de Chateaubriand pour les Bourbons pouvait accepter ce témoignage; mais, il ne devait pas en abuser; et il devait craindre, au contraire, que cette impression, née Au mécontentement excité par l'Empire, ne s'affaiblît j)ientôt et ne fît place à des souvenirs et à des intérêts itout contraires .
On sait quel bbre mouvement, quel concours national 4ivait, au premier aspect accueilli la restam^ation des Stuarts en Angleterre. La lutte intérieure contre eux n'en reparut pas moins, s'accroissant par leurs fautes, et victorieuse à la fin, par leur expulsion. Rien de plus inévitable que cette résurrection opiniâtre des partis, cette ■inquiétude hostile qui succède pour eux à la confiancs et au désarmement, cette défense agressive qui suit la soumission. D'autre part, toute Restauration monarchique ne peut manquer d'avoir sa fatalité de fautes et d'imprudences. Ce qui forme son titre est aussi son péril. Ce <]u'elle prétend de privilèges la rend suspecte ; ce qu'elle accorde de garanties devient une arme contre elle. Une ■grande force de caractère et d'esprit politique pourrait ^eule résoudre ce difficile problème.
M de Chateaubriand le conçut sans doute; et il en marquait avec franchise plus d'un point difficile, dans son puissant écrit de 1814. Mais, souvent chez lui la passion, ou plutôt l'afTectation de VEmigré, dominait la raison du publiciste. Malgré quelques vues généreuses et en môme temps habiles, malgré cet art du langage, dont il savait parfois flatter même les passions ennemies de sa cause, il eut, en 1814, bien plus de talent que de prévoyance. Si, dans le premier moment, sa noble et vive parole gagna beaucoup d'esprits honnêtes, désarma quelques préventions et décora ce qu'on avait besoin de faire connaîlre, s'il eut raison surtout d'établir, dès l'abord, la nécessité de la Charte^ et de réclamer, à côté du droit ancien, l'ordre nouveau, bien des exagérations de langage venaient, dans ses écrits, donner prétexte à la calomnie et à la défiance, ces deux écueils d'un pouvoir mal affermi.
Il était bien d'honorer les restes de Louis XVI, tout en se gardant d'imiter les vengeances de la Restauration anglaise contre les juges de Charles I"; il était juste et impérieusement politique de maintenir les ventes nationales, tout en rendant aux familles déshéritées les portions de biens non vendues; il était sage, enfin, si on donnait à la Religion catholique le titre de religion de l'Etat, de n^e changer rien, d'ailleurs, aux droits des autres cultes et à la tolérance civile. L'éloquent publiciste de la Restauration, en 1814, ne remplit qu'à demi cette œuvre difficile. D'un côté, il rassurait trop; de l'autre, il irritait souvent. Plaider longuement, comme il a fait, au mois de février 1815, pour l'excommunication des comédiens, approuver M. le curé de Saint-Roch excluant, à grand bruit, de son éghse le cercueil d'une actrice célèbre, c'était faiblement servir le Pouvoir, si près alors d'un grand péril.
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Je fus, je ravoue, bien plus frappé, quelques semaines plus tard, de l'observation de cet Anglais qui, d'un coin de la rue des Pyramides, où il se tenait avec moi, ayant vu toute une armée d'habits noirs avec bien des jeunes trtr&^s d'officiers en demi-solde, puis, une foule de peuple encombrer la rue Saint-Honoré, forcer les portes de l'église, y porter le corps de mademoiselle Raucourt, et de là, remonter, par masses immenses, les boulevards jusqu'au Père-Lachaise, m'avait dit : « Mais regardez donc, mon cher; c'est là une « répétition de révolution, et, à la porte du château des « Tuileries. Avec un chef, il ne faudrait que cette émeute « pour changer votre gouvernement. »
Le chef n'était pas loin. C'était le détrôné de 1814, encore Empereur à l'île d'Elbe ; et, à part même l'action toute puissante de la force militaire, la remarque de ce voyageur étranger mérite encore d'être accueillie, dans l'examen des causes politiques du 20 mars. Sans doute, parmi ces causes, entrait pour beaucoup l'inexpérience, ou même la rare incapacité de quelques-uns des hommes qui formaient le ministère de la monarchie restaurée.M. de Chateaubriand, nous le croyons bien, sentait vivement cette incapacité, quoiqu'il ne l'eût alors attaquée nulle part dans ses écrits, lise serait volontiers offert, pour y suppléer. Mais l'esprit de Louis XVIII, par ses qualités, et aussi peut-être par quelques défauts, avait peu de goût pour le talent de M. de Chateaubriand. Il acceptait son zèle; il l'en félicitait même; il en aimait assez peu la forme. La plus haute faveur qu'il crut, en 1814, devoir accorder à M. de Chateaubriand fut de le nommer à la Pairie : puis, dans les derniers moments de la première Restauration, sur les instances réitérées de la duchesse de Duras, il l'avait désigné pour l'ambassade de Stockolm,
dans le désir à la fois de le satisfaire et de l'éloigner. Mais le vent de feu était déjà levé à l'horizon, sur la cote de la Méditerranée ; et bientôt, il n'y aurait plus place qu'aux délibérations confuses d'une politique aux abois et à la fuite en commun vers l'exil.