‹ M. de ChateaubriandChapitre 7 sur 43 · ACHEVÉ ET PUBLIÉ. A-PROPOS ET PRODIGIEUX EFFET DE CET OUVRAGE. VU|ES · texte numérisé non relu

ACHEVÉ ET PUBLIÉ. A-PROPOS ET PRODIGIEUX EFFET DE CET OUVRAGE. VU|ES

NOUVELLES DE l'aUTEUR SIR LE MÊME SUJET. JUGEMENT PROBABLE DE L'AVENIfi..

Ainsi, en 1800, à l'entrée de ce siècle, dont il allait être une si grande gloire, pressé par l'exemple de quelques amis et apjDclé à grands cris, comme il le disait, par M. de Fontancs, M. de Chateaubriand, réputé sujet neufcliâtelois de la Prusse, était débarqué à Calais. H y trouvait madame de Lindsay, qui attendait madame d'Aguesseau ] et il les accompagnait toutes deux à Paris, en traversant un côté de cette France encore toute brûlée de l'incendie de la Révolution, mais active, sous un chef nouveau, et renaissant, de toute part, à l'agriculture, au commerce, aux arts.

Descendu à Paris, au quartier des Ternes, dans un logement loué au nom de madame de Lindsay, la première visite du voyageur fut d'aller, au travers des Champs-Elysées, chercher M. deFontanes, dans la rue Saint-Honoré,

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près de Sainl-Rocli. Il racontait, dans sa vieillesse, qu'à l'entrée de la place do la Révolulion, songeant à l'échafaud de Louis XVI, ses yeux s'étaient obscurcis do larmes, tous SOS membres avaient tremblé, el il s'était appuyé à un balustre des fossés, pour ne pas tomber. L'obélisque de Louqsor^ ajoutait-il amèrement, n'est pas assez élevé pour cacher la place où fut immolé Louis XVL

Ravi de voir en France son jeune compagnon d'exil, à Londres, M. de Fontanes le mena d'abord, dans la même rue, chez un ami digne de tous deux, M. Joubert, esprit original et délicat dont nous avons aujourd'hui un recueil de Pensées, publié depuis sa mort, et quelques lettres fort piquantes.

M. Joubert, le plus ingénieux des amateurs, plutôt que grand artiste, homme de loisir par sa fortune, ses goûts, sa santé délicate, était épris de la passion des lettres, autant qu'on le fut, au dix-huitième siècle, mais autrement. 11 aimait la perfection la plus exquise : une page de Platon, quelques vers de Virgile ou d'Horace, une lettre de madame de Sévigné, une pensée de Pascal, l'occupaient et le faisaient rêver, des matinées entières. La déclamation, ou l'aridité philosophique lui était insupportable; Rousseau même le choquait, par mille côtés La méthode de M. Joubert, pour faire des extraits, consistant à détacher des livres les passages qu'il voulait relire, il n'avait découpé de la Nouvelle Eélo'ise et de VÉmile qu'un petit nombre de demi-pages.

Mais, ce critique si dédaigneux, dont le goût pouvait paraître difficile jusqu'au caprice, ce Sybarite littéraire avait parfois une facilité charmante dans les entretiens, l'instinct le plus juste du beau et du vrai dans les arts, et la passion du génie d'autrui. Il goûtait la pureté, la noble

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élégance, la sage imagination de 31. de Fonlanes ; il aima des qualités toutes contraires dans le jeune émigré. Ce sauvafje me charme^ disait-il souvent; il faut le débarbouiller de Rousseau, d'Ossian, des vapeurs de la Tamise, des révolutions anciennes et modernes, et lui laisser la croix, les rnissions, les couchers du soleil en plein océan, et les savanes de l\A7nérique : et, vous verrez quel poète nous allons avoir, pour nous purifier des restes du Directoire, comme Épiménide, avec ses rites sacrés et ses vers^ purifia jadis Athènes de la peste.

Accueilli par cet excellent juge, sous les auspices et la recommandation passionnée de M. de Fontanes, le jeune émigré, gardant son faux nom deLassagne, à l'abri d'une tolérance très-commune alors, s'établit rue de Lille, dans un petit entre-sol; et il se livra tout entier à l'achèvement de son grand travail, le Génie du Christianisme^ qu'un libraire royaliste se chargeait d'imprimer, pour le premier volume, d'après les feuilles déjà tirées à Londres, pour le reste, sur le manuscrit, et en soumettant le tout à l'examen d'une censure de police officieuse et déjà trcs-exigeante.

Sans autre ressource pour vivre que de modiques avances faites par le libraire, sur le prix de l'ouvrage, M. de Chateaubriand eut besoin detravailler, en même temps, au Mercure, iounvA] tout littéraire, que dirigeait son ami M. de Fontanes. Une lettre à madame de Staël, ainsi publiée, frappa vivement les esprits et commença le grand renom du jeune écrivain.

Cette lettre, réfutation admirative et polie, infiniment plusdoucequeles critiques de M. de Fontanes sur le livre De la littérature considérée, etc., rendait hommage à madame de Staël, sans partager toutes ses opinions et sans blesser

une autre Puissance déjà déclarée contre l'oiiYrage et l'auteur. On remarquait même, dans celte lettre éloquente, un éloge de César, nommé le plus beau (jénie littéraire qui eût jamais existé^ jugement qui peut-être aurait ({uelque peu contrarié Cicéron, mais qui ne déplut pas au premier Consul delà République française.

Heureux de ce succès, M. de Fontanes pressa son ami de frapper un grand coup et de faire paraître aussitôt un des épisodes du Génie du Christianisme ^ celui qu'il avait entendu plusieurs fois avec un charme singulier, bien que son goûL sévère dût y relever d'étranges hardiesses. Atala fut ainsi donnée au public. J'ai présent le récit d'un admirateur de M. de Chateaubriand qui, la veille, dîna seul avec lui dans un petit calé des Champs-Elysées, passant la soirée en conjeclures inquiètes sur la réussite du livre, et entendant plusieurs fois de la bouche de l'auteur : a Mon sort se décide demain ; demain je suis un pauvre diable, ou je vais aux nues. »

L'ouvrage, fort annoncé, se répandit très-vite, et fut lu avec ravissement par cette société si mêlée , si confuse , que laissait tout elfarée sur le rivage la fin de la tempête^ et qui, respirant à peine dotant de secousses et de surprises, pauvre ou riche, triste ou gaie, cherchait repos, distraction, plaisir. Tout récemment, elle s'était passionnée pour Ossian ; elle attendait un autre enthousiasme. Rien^ dans la froideur actuelle de notre siècle industriel et banquier, ne peut offrir l'idée de ces ardeurs de curiosité, de ces. enchantements d'admiration, qui saluèrent alors l'œuvre originale d'un jeune inconnu. Sans doute, lui-même manque aujourd'hui; mais, disons-le, le théâtre, l'auditoire manquent aussi. Seulement, ce public d'alors, charmé d'une telle création, épris de ces grâces nouvelles

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et sauvages, trop de malheurs publics, trop d'angoisses parliculières, trop de ruines et de douleurs avaient servi à le préparer; et, n'ajoutons pas, comme le poète romain qui fut puni de ce blasphème :

Scelera ipsa nefasqne

II à c mercede placent.

Mieux vaut pour les nations un peu moins de malheurs, au prix de moins de sensibilité pour les arts.

Grâce au mélange de tous les rangs,, de tous les noms, de toutes les fortunes, dans cette société remise sur pied par un ordre du jour militaire, la faveur d'Atala gagna vite du faubourg Saint Germain aux Tuileries, des Tuileries à la Chaussée-d'Antin, dans les boutiques et aux petits tliéâtres. Sauf quelques recherches bizarres d'expressions et d'images, tout ravissait dans cette œuvre de passion et d'éloquence.

Aussi, cette lune de miel de la célébrité ne fut jamais oubliée, ni surpassée, pour M. de Chateaubriand. On le devine, à l'aveu qui lui échappe dans ses Mémoires, par un retour sur cette époque : Je devins à la mode. La tête me tourna. J'ignorais les jouissances de la célébrité; [en fus enivré.

Cependant, selon la condition de plus d'une gloire naissante, l'amertume de la ^ene et même de la pauvreté se mêlait encore à ce premier éblouissement de faveur publique. L'amitié de M. deFontanes en souffrait. Kn crédit lui-même, à ce moment, par l'éclat récent de l'éloge de Washington, il se hâta de produire son ami là, où l'admission était utile et conduisait à tout. Aimé lui-même d'une sœur du consul, retenu souvent à Neuilly, dans la maison de campagne qu'eUe y habitait, rapproché par un ti-

tre du ministre de rintéricur Lucien, dont la part avait été si grande dans le coup d'état récent du 18 brumaire, il voulut ménager à M. de Chateaubriand ces deux protections puissantes. 11 le mena plusieurs fois à la campagne du ministre, au château de Plessis, près Senlis; et, sans le mettre peut-être dans la confidence de tout ce qu'il entrevoyait des desseins du nouveau Pouvoir, il voulait, par alfection, attacher le jeune écrivain à la fortune illimitée de cette Dictature, par laquelle il se sentait saisi et enveloppé lui-même.

Une des causes, ou plutôt le prétexte ostensible de ces assiduités était la radiation du nom de Chateaubriand de .Ja liste des émigrés. Mais celte affaire, désormais très-facile par l'écliit de renommée, qui remplaçait l'incof/nifo ou le pseudonyme du jeune voyageur, n'était, pour Lucien et pour sa sœur, qu'une occasion piquante d'accueillir, d'écouter et de montrer, dans leurs salons, l'auteur à'Atala.

On peut le croire encore, avec cette première et attentive sagacité du Consul à ménager les opinions des partis -et à frapper l'imagination de la foule, à épier les talents, à s'approprier toutes les gloires, son calcul habile devait pressentir un instrument utile dans le brillant écrivain panégyriste de l'autel et môme du trône, anti-jacobin, adorateur des souvenirs et célébrant toutes les grandeurs, que la politique d'un chef nouveau voulait en partie rétablir.

On conçoit comment un ouvrage annoncé sur le Génie du Christianisme semblait venir naturellement s'associer à la paix religieuse, donnée par le Concordat, et à la restauration du culte proclamée par un général vainqueur. La dédicace du Génie du Christianisme au pre-

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niier Consul fut négociée dès lors; et M. de Fontanes, dans sa naïve amitié, se vantait d'avoir bien travaillé à cette alliance qui manqua, dit-il, par la faute des deux parties contractantes. Elle ne manqua pas tout à fait, comme nous allons le voir; mais elle ne fut pas ce qu'aurait voulu l'impérieux Consul. M. de Chateaubriand admirait son génie, plus qu'il n'était rallié à son pouvoir. En religion, disait-il à M. de Fontanes, j^ suis papiste; mais, en politique, je reste anglican : et bien des mots expressifs marquaient déjà sa préférence invariable pour un gouvernement légal, et ce qu'il redoutait de ce Pouvoir absolu invoqué par tant d'autres.

L'ouvrage s'achevait cependant, avec un renfort d'érudition un peu expéditive, que l'auteur, déjà plus mûr, voulait joindre à l'ardeur qu'il sentait en lui. Il lui semblait, qu'il ne pouvait relire assez de vieilles histoires de monastères, et assez étudier ces institutions religieuses, qu'il élevait si haut. Son nouveau et spirituel ami, M. Joubert, riait de cette application et l'en détournait, par l'assurance que ce n était pas cela cpd toucherait le public^ et qu'un souvenir de voyage, un trait de passion, une belle penséeluivaudrait bien plus de lecteurs que tonte V érudition des bénédictins.

Un autre conseiller, d'un ordre fort différent, quoique d'un esprit romanesque aussi, le ministre de l'intérieur, s'intéressait beaucoup à l'impression du Génie du Christianisme. La censure établie sur les journaux ne s'étendait pas encore de plein droit aux livres; elle ne les atteignait que par surveillance de police et menace préventive. Le ministre, qui accueillait M. de Chateaubriand, désira voir les épreuves de son livre ; et il y 7nit çà et là des notes assez communes , dit l'auteur. Je le crois bien, s'il s'agit de goût httéraire. Ce qui préoccupait encore

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Lucien, c'était la grandeur de son frère, et par contrecoup la sienne. Ce qu'il'dut cliercher dans les épreuves, c'était le chapitre sur les rois athées^ compris dnns l'édition commencée à Londres, et dont rien ne se retrouve, dans, celle ^e Paris; c'était tout ce qui pouvait, de loin ou de près, servir ou contrarier la politique consulaire, en France et en Europe. Le reste le souciait peu ; et il était médiocre connaisseur du talent et de l'art, si nous en jugeons par son poëme de Charlemanne.

Le litre du Génie du Christianisme, l'intention de Touvrageet l'idée qu'en donnait M. de Fontanes plaisaient au premier Consul, comme utile à la popularité de ses desseins. Mais, près de lui et dans son esprit, quelques soupçons pouvaient s'élever, non sur l'origine émigrée, les regrets ou les prédilections de l'auteur, mais sur tel cri de conscience contre le despotisme et sur telle théorie de liberté, qu'aurait fait craindre son premier ouvrage, et qui déjà n'était pas moins malvenue aux Tuileries que dans quelques salons à peine rouverts de Tancienne aristo^ cratie.

La défiance n'était pas fondée; cet écueil n'attirait plu& l'auteur. Moins théorique et moins amer que dans YEssai sur les Révolutions^ plus entraîné, plus dominé par le charme des lettres, plus classique et par là même plus calme, il faisait une grande part au génie du dix-septième siècle. En même temps qu'il en rajeunissait l'admiration par des formes de critique neuves et brillantes, il évitait ainsi la rencontre de quelques-unes des doctrines qui auraient le plus choqué la Dictature consulaire. A pari cette disposition même de l'auteur, et en admettant aussi quelque peu l'intluence ofticiellement amicale du ministre, frère du Consul et encore associé à sa politique, une con-

(re-révision toute littéraire et toute affectueuse surveilla le dernier brouillon manuscrit, qui allait être le Génie du Christianisme. Ce n'était pas seulement l'autorité critique de M. de Fontanes, admirable lettré, mais plus curieux de l'élégance des formes que de la nouveauté des vues, un peu renfermé dans cette belle prison du dix-septième siècle et joignant à ses scrupules de goût une baine de la Révolution, qui lui rendait insupportables toutes les idées do réforme et de progrès social, que M. de Chateaubriand avait entassées dans son premier Essai des révolutions, et dont il semblait ne pouvoir jamais se séparer tout à fait.

Sans être plus ami de la Révolution et de la philosophie, sans croire davantage à la liberté politique, M. Joubert s'en effrayait moins et les concevait mieux. 11 laissait M. de Chateaubriand célébrer, en passant du moins, le système représentatif tant décrié dès lors par les sabreurs et les valets. Et, quant au style, une certaine singularité ne lui déplaisait pas; et il l'encourageait, disant au jeune écrivain : « Ne consultez pas le goût des au- « très ; donnez ce que vous avez , des émotions et des « images; et vous enchanterez le public. »

Durant l'été de 1801, et au mdieu du succès à^Atala^ M. Joubert avait attiré quelque temps son ami dans une campagne qu'il avait à Villeneuve-le-Roi, près de la terre habitée par une dame, que la confidence de ce travail devait rendre l'admiratrice passionnée de l'auteur, madame de Beaumont, la fille de l'infortuné ministre de Louis XVI, M . de Montmorin . Dans cet asile, et quelques mois plus tard, près de Paris, à Savigny, dans une maison de campagne, qu'il occupa, quelque temps, avec madame de Beaumont et sa sœur Lucile, M. de Chateaubriand acheva ^ite son grand

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travail. Il était averti de paraître par sa propre ardeur et par l'attente publi(jue. 11 gardait cet ordre naturel, qu'il s'était prescrit d'abord, une succession de chapitres courts et brillants ; il l'étendait seulement à de nouveaux points de \ue du même sujet, mêlant les recherches de goût et les tableaux expressifs, la critique liltéraire et l'imagination. Grâce à cette variété, il sut n'avoir parfois qu'une prose élégante, rapide et très-française, qui faisait d'autant mieux ressortir d'autres parties de l'ouvrage, animées des plus vives couleurs et d'une éloquence vraiment extraordinaire.

Ainsi se termina, en moins d'une année, la révision et l'impression du Génie du Christianisme', et l'ouvrage entier fut publié au mois de mai 1802, pour se rencontrer, en quelque sorte, avec le grand événement du Concordat promulgué, des églises rouvertes et de la religion catholique solennellement rétablie par le vainqueur de l'Italie et de l'Allemagne, devenu le maître et le successeur de la Révolution française. Jamais livre ne vint plus à propos, ne fut mieux secondé par les influences les plus diverses, par la politique, par la foi naïve, par le calcul, ou la passion des esprits les plus opposés.

L'auteur, nous l'avons dit, nullement infidèle à son origine, à ses premiers malheurs, et ramené vers ce souvenir par son ouvrage même, avait évité cette forme bien monarchique de Dédicace^ qui lui était conseillée, ou demandée. Mais, dans la préface de sa première édition, préface fort simple d'ailleurs et retranchée plus tard, il ne s'était pas défendu l'allusion alors générale au- rétablissement du culte, et même le parallèle avec Cyrus, libérateur du peuple de Dieu. Paraissant rappeler les mots du nouveau Cyrus au prince des prêtres, « Jéhova, le Dieu du

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« ciel, m'a livré les royaumes de la terre, et il m'a com- « mis pour relever son temple. Allez, montez surlamon- « tagne sainte de Jérusalem et rebâtissez le temple, » il ajoutait, en son nom : «A cet ordre du libérateur, tous « les Juifs, et jusqu'aux moindres d'entre eux, doivent « rassembler des matériaux, pour hâter la reconstruction « de l'édifice. Obscur Israélite , j'apporte aujourd'hui « mon grain de sable, »

A côté de cette modeste offrande, les éloges de M. de Fontanes enrôlaient encore mieux le jeune écrivain dans le triomphe du vainqueur qui relevait les autels. « Le nou- « vel orateur du christianisme, disait-il, vient de retrouver « tout ce qu'il regrettait. Du fond de la solitude, où son « imagination s'était réfugiée , il entendait naguère la « chute de nos autels. Il peut assister maintenant à leurs « solcnnilés renouvelées. La religion, dont la majesté s'est « accrue par ses souffrances, revient d'un long exil dans « ses sanctuaires déserts, au milieu de la victoire et de la « paix, dont elle affermit l'ouvrage, etc. Les vœux qu'elle « formait, depuis douze cents ans, pour la prospérité de « cet empire, seront encore entendus; et son autorité « confirmera les nouvelles grandeurs de la France, au « nom du Dieu qui, chez toutes les nations, est le pre- « mier auteur de tout pouvoir. » Puis un beau passage, traduit de Plutarque , monirait Alexandre, un jeune homme, accomplissant les plus grandes choses par un instinct irrésistible, et toutefois avec une raison suivie, de telle sorte qu'il faut dire, en le voyant, avec le poëte Alcman, que la fortune est fille de la Providence.

C'était là sans doute une noble flatterie liée, dans la pensée de l'admirateur, à la reconnaissance sincère d'un grand bienfait public. Mais combien cette louange même

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ne renfcmi ait-elle pas de tentations et de périls pour l'orgueil du nouvel Alexandre! Et, si le succès atteste en quelque sorte un droit divin à l'empire, la défaite et l'adversité ne rendront-elles pas un jour la déchéance également providentielle ? Mais, le noble critique mêlait dans une même admiration la cause qu'il avait embrassée et le talent qu'il aimait; et, du moins, il aurait voulu n'appeler que les sentiments généreux, l'esprit de religion et de justice, la modération, l'amour des arts à l'appui de cette cause, qui croyait mieux s'étayer par l'ambition insatiable, la force partout présente et la servitude partout imposée.

Déjà cet avenir pressenti et d'autres motifs moins désintéressés suscitaient aussi des objections et des défiances à la Restauration religieuse, qui rencontrait, si à propos, un si éloquent interprète. Auprès même du Consul, dans son conseil d'état, dans son état-major, il y avait des censeurs du Concordat. Les souvenirs mêmes de révolution, et le peu qui restait de l'esprit de liberté, sous une main si obéie, prenaient volontiers cette forme de revanche. On n'osait se plaindre du joug administratif, déjà si pesant; mais, on criait à la réaction religieuse ; et on affectait de s'en inquiéter pour la puissance môme du maître. Là s'appuyaient, contre le grand succès de l'ouvrage, quelques attaques fort vives de la Décade philosophique et du Journal de Paris^ pour qui c'était une dernière liberté politique.

M. de Fontanes, dans une seconde analyse toute littéraire, répondit à ces critiques et fit ingénieusement ressortir l'élégance , la nouveauté, le charme d'imagination qui faisaient du Génie du christianisme la prédication la plus opportune à l'esprit du temps, et, malgré des fautes avouées, promettaient à l'auteur une gloire durable.

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Il faut le reconnaître , en effet, et le dire à notre époque fort dédaigneuse de l'idéal, dans tous les genres : à part cette première et merveilleuse convenance du Génie du Christianisme ouvrant un siècle de Restauration sociale, le livre en lui-même était heureusement et habilement conçu. Avant tout, à travers quelques affectations plus encore d'humeur que de génie, il respirait cette grâce naturelle de la jeunesse, cette vivacité de la passion nouvellement sentie, cette inspiration naïve, au moins, par l'inexpérience, que nul art ne surpasse, et que le temps ne nous rend pas.

Comme la Jérusalem délivrée du Tasse, achevé par l'auteur, dans sa trentième année, l'ouvrage était plein de défauts, mais charmant, attaquable, sur mille points, mais sédujsant, sur presque tous. Probablement l'écrivain français n'aurait pas plus gagné que le Tasse à vouloir de sang-froid refaire son livre, à prétendre assagir sa manière, pour la rendre plus forte, plus grave, plus convaincante. Je ne sais quelle influence aurait eu cette tentative sur quelques âmes. Mais, l'effet général, le respect et l'attrait substitués à la dérision, les nobles sentiments., les passions déhcates armées contre le scepticisme, la poésie redevenant religieuse, après Voltaire et Parny, une révolution tout à la fois de la croyance et du goûL appelant elle-même un renouvellement de laphilosophie, tout cela se rencontrait surtout, dans le premier cadre qu'avait choisi l'auteur, et dans les peintures saisissantes, dont il l'avait rempli . L'indication théorique, qu'il a donnée, bien des années plus tard, d'un autre plan de son ouvrage, nous confirme tout à fait dans notre préférence.

Vers 1840, en effet, l'immortel écrivain, rovcnanl avec complaisance sur cet- avènement de son géiiio, éciivait, I ' 7

dans un volume de ses Mémoires : Qiiil ferait aujourcVhui un Génie du Christianisme tout différent. Et quelle est cette seconde épreuve, dont il nous flatte ainsi, par codicille littéraire? quelle est cette Jérusalem conquistada, qu'il regrette de n'avoir pas imaginée d'abord, et dont il donne l'esquisse, faute de temps pour la réaliser? « Je «montrerais, dit-il, que le christianisme est la pensée « de l'avenir et de la liberté humaine; que cette pensée, « rédemptrice et messie, est le seul fondement de l'éga- « lité sociale; que le Verbe, enfin, s'est incarné en « l'homme de douleur, dans le but de l'affranchissement « de tous, d'une fraternité universelle et d'une salvation « immense. »

Dieu soit béni, de ce que ce nouveau Génie du Christianisme est demeuré à l'état de projet tardif! Ce n'est là, en effet, qu'une théorie de bien-être terrestre empruntée au dernier âge de M. de Lamennais, et bien plus éloignée du vrai Christianisme, que ne pouvait l'être la foi chevaleresque et poétique, dont M. de Chateaubriand avait paré la renaissance chrétienne de 1800. Entre ces deux extrêmes, sans doute, entre l'apothéose de la Puissance, sous condition qu'elle soit miséricordieuse et charitable, et le droit divin du nombre prêché dans \es Paroles d'un croyant, il est une vérité absolue, qui ne fait du christianisme, ni le diadème du Pouvoir arbitraire sur une seule tête, ni l'instrument docile de la force démocratique N'oublions pas comment l'abbé de Lamennais,' le rénovateur de la théorie égalitaire, avait lui-même autrefois stigmatisé la sanction, qu'un rêveur obscur, M. Dumesnil, prétendait tirer de l'Evangile, pour canoniser les doctrines anarchiques et le partage des biens réclamé par Babeuf.

Que si, plus tard, M. de Lamennais, lassé de la foi,

comme il l'avait été d'abord de la raison, et passant du Catholicisme au Socialisme, reprit cette théorie, qui faisait du Christ le Messie de l'égalité matérielle ici-bas^ il n'appartenait ni à l'imagination élevée, ni aux méditations politiques de M. de Chateaubriand d'accepter jamais ce nivellement barbare et faux, marchepied de la tyrannie. Nul accès d'innovation ou d'humeur ne devait le porter jusque-là. Ce qui était digne de lui, et ce qu'il aurait pu noblement ajouter à la première et si heureuse inspiration de son Génie du Christianisme, c'était la pensée récemment exprimée par un homme public de nos temps constitutionnels. Oui, ce qui manque dans le bel ouvrage de M. de Chateaubriand, ce qui en aurait paru non le démenti, mais la plus sérieuse et la plus profonde conséquence, c'eût été l'affirmation impérieuse et la démonstration historique d'une grande vérité, que résumait naguère l'éloquent biographe d'un homme d'état anglais : Il s'agissait de quelques grandes mesures de notre temps, V abolition de l'esclavage des noirs, V émancipation des catholiques d'Irlande, d'autres réformes encore, moins profondes, mais conformes à la justice, réclamées par elle et lentement obtenues de la conviction éclairée des hommes. « C'est le triomphe du christianisme^ », disait à ce sujet l'historien des réformes justes et hardies de M. Peel, « d'avoir placé le scrupule et le remords dans l'âme même « des nations entières , et d'avoir ainsi rendu possible et « comme assurée la cessation de maux, dont l'antiquité ne « s'apercevait pas, et raccomphssement d'améliorations, « que les hommes les plus vertueux n'auraient su, ni espèce rer, ni concevoir. »

* Sir Robert Peel, etc., par M. Guizot.

Dans cet ordre de raisonnement, ce n'est pas la dictature de la foule, c'est la sublimité de la loi qui amène les hommes à la vérité, dont elle établit graduellement l'empire.

Quoi qu'il en soit, dans sa nouvelle vue du Christianisme, moins judicieuse et moins vraie que le langage cité par nous, M. de Chateaubriand allègue, en faveur de l'ancien plan de son ouvrage, qu'il n'aurait pas été bien venu (( à parler de la liberté future descendant du Calvaire^ a quand on était encore tout meurtri de l'excès de la lift berté des passions. »

Cela était fondé sans doute. Mais, il n'en résulta pas moins qu'au premier moment, le Gmie du Christianisme plus éclatant de vives couleurs qu'appuyé sur de sages et libres principes de droit public, flétrissant avec raison les fureurs de l'anarchie, mais oubliant les excès du pouvoir religieux ou civil, servit indirectement la Puissance qui s'accroissait sans bornes, sous prétexte de rassurer tout le monde. Bientôt, il est vrai, cette Puissance, par les égarements môme, où sa force illimitée l'entraîna, n'en fut plus à se contenter de tels suffrages, ni à souhaiter le concours de telle opinion. Mais, le talent de l'auteur et l'éclat du livre n'en allaient pas moins figurer, un moment, parmi tant d'illusions de gloire, qui décoraient le Consulat et l'avant-scène de l'Empire.

Sans doute, ce n'était là ni le but de M. de Chateaubriand, ni son dernier mot à lui-môme. Dans une page de ce livre, en effet, tout en paraissant reporter à ta religion seule les plus heureux progrès de la société civile et sa liberté, comme sa pohtesse, il nomme le système représentatif, parmi les trois ou quatre grandes découverlcs, qui ont changé l'état du monde : c'était la doctrine, alors même,

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attaquée dans madame de Staël; c'était, comme nous le croyons, la vraie pensée du peintre éloquent du christianisme ; c'était sa signature , mais dans un coin du tableau, tandis que les vives couleurs, les admirations, les regrets partout répandus dans l'ouvrage portaient les esprits en général vers le passé de l'ancienne monarchie, ou semblaient les disposer aux splendeurs d'une monarchie plus grande.

Cependant le succès du livre aux Tuileries, comme au faubourg Saint-Germain, dans les salons de l'aristocratie nouvelle, comme chez le pauvre prêtre, ou chez le pauvre émigré, Tespèce de reconnaissance, qui se mêlait à l'enthousiasme, marquèrent pour M. de Chateaubriand une de ces époques de faveur publique, bien rares dans les vies les plus illustres.

Cette faveur accrut, ou commença pour lui des liaisons nombreuses et parfois très-intimes, dans les rangs de l'ancienne noblesse française. Cette noblesse n'était pas toute, on le sait, gagnée par des restitutions de bois confisqués, des grades militaires et d'autres faveurs : elle n'aspirait pas toute à de prochains honneurs, dans ces antichambres, qui bientôt allaient s'ouvrir : elle comptait, dans ses rangs décimés, et à côte des personnes les plus tentées par l'espérance du servage de cour, quelques caractères indépendants, fidèles au malheur, à l'amitié, et ne permettant pas tout à la puissance, et même à la gloire.

Dans cet ordre se plaçait d'abord, par l'illustration per^ sonnelle, madame de Staël, dont l'esprit piquant et généreux, la conversation trop écoutée avaient attiré déjà le mécontentement, et les impatientes rigueurs du premier Consul.

i02 LA TRIBUNE MODERNE.

Les louanges et l'amitié de cette femme célèbre ne manquèrent pas au premier grand succès de M. de Chateaubriand; et, près d'elle, ou dans des cercles différents, d'autres influences de femmes étaient plus favorables encore à l'auteur à'Atala. Il alliait donc, alors, à quelques amitiés sérieuses et toutes littéraires ces attachements du monde, qui ont parfois tant de puissance sur le talent. Du château de Champlatreiix, où il animait de son attention et de ses éloges l'esprit rare d'un très-jeune représentant du nam de Mole, il allait passer des jours de travail et de rêverie à Fcrvaques, chez madame de Custine; puis, il visitait le château d'une autre dame de grand nom, qui se félicitait d'avoir, quelques années auparavant, converti ou plutôt séduit à Dieu M. de la Harpe, durant une captivité commune, dans les cachots de la Terreur.

De ces admiratrices et de ces amies, la plus chère au grand écrivain semblait être celle qui, dans la société de M. Joubert, avait connu la première les belles pages du Génie du Clinstianisme, madame de Beaumont, la fille dernière survivante d'un ancien et courageux ministre de Louis XVL Libre, après de longs malheurs, éloignée du monde, par ses souvenirs, par les langueurs d'une santé aussi frêle que son âme était déhcate et hère, madame de Beaumont n'existait plus que de la gloire de son ami, comme elle avait partagé l'anxiété de son dernier travail, à la veille du triomphe. Revenue à Paris, elle jouissait de ce triomphe, dans le cercle discret de quelques amis, M. de Fontanes, M. Jouberl, M. de Ghenedollé, d'autres hommes plus jeunes, mais d'un esprit sévère, admis à cette gracieuse intimité. Trop généreuse, pour passer, en politique, au parti du vainqueur, madame de Beaumont restait fidèle, comme elle le disait, à toutes

les douleurs et au martyre de sa famille. Son doux et fier ascendant était le premier obstacle qui eût" arrêté M. de Chateaubriand, dans la route, où l'attiraient d'autres amitiés.

Parmi les diversions et les succès du monde, M. de Chateaubriand semblait appelé cependant à une vie plus sérieuse, non-seulement par le caractère de l'ouvrage qui faisait sa gloire récente,mais par quelques incidents domestiques. Madame de Chateaubriand, si longtemps éloignée de lui par son exil d'abord, par des difficultés de fortune, peut-être aussi, par une froideur mutuelle, songeait à revenir, près de lui, au bruit de sa gloire, et, comme elle le disait finement, sur le titre de son livre. Femme d'un esprit original et inflexible, admirant son mari, mais ne l'approuvant presque sur rien, elle n'était pas sans ambition pour lui, et eut secondé en cela M. de Fontanes. Entre ces inlluences diverses, M. de Chateaubriand, tout solitaire qu'il était, ne fuyait pas les Puissances du jour; et, par exemple, dans une fête donnée par Lucien, ministre de l'intérieur, après l'adoplion des articles organiques du Concordat par le Corps législatif, il était au nombre des invités, évidemment, pour être présenté au premier Consul.

Celui-ci, objet de tant d'hommages, et dont le moindre coup d'œil était si fort envié de toutes les ambitions, chercha de lui-même M. de Chateaubriand, dans la foule; et, l'abordant tout à coup, comme s'il l'eût connu déjà, sans autre intermédiaire qu'une communauté d'idées qui leur étaient également familières à tous deux : « Quand j'étais « en Egypte, lui dit-il, j'étais frappé de voir dans le désert « les Cheiks s'agenouillant, pour adorer quelque chose « dans l'Orient. C'est partout l'instinct de l'homme, parce « que c'est la vérité; et voilà ce que n'ont pas compris les

i04 LA TRIBUNE MODE UNE.

« idéologues, Dupuis et les autres qui croyaient, qu'on « peut se passer de Dieu. »

Rien, sans doute, de plus flatteur pour le peintre du Génie du Christianisme que celte réflexion suscitée par sa seule présence. Il resta muet cependant, à ces paroles et à quelques autres moins expressives dans le même sens; et il ne prit part à l'entretien que par l'impression, qu'il parut éprouver du regard, du sourire et de l'approbation du premier Consul.

Bien longtemps après, il a lui-même commenté ce souvenir, peut-être avec plus d'orgueil que de vérité. En rappelant que le succès du Génie du Christianisme avait frappé l'esprit de Napoléon, au lieu de s'arrêter à l'idée si naturelle du concours utile, que le politique signataire du Concordai devait trouver dans le succès de ce livre, il a mieux aimé voir dans cet incident un rapport d'imagination et une sympathie de talent. « Napoléon, dit il à ce sujet, n^eût pas été ce quil était^ si la muse neût été là. La raison accomplissait les idées du poète. »

M. de Chateaubriand, calmé dans sa haine contre l'Empire, et devenu favorable à certaines théories sociales et littéraires, n'est pas ici plus près de la vérité que lorsqu'il reprochait, dans un autre temps, à Napoléon le goût de la basse littérature et de Vécrivasserie. J'aime mieux cependant l'exagération admirative, même avec un retour sur soi-même, que la détraction et l'injure.

Quoi qu'il en soit, l'entrevue avait pleinement réussi. Madame Bacciochi et M. deFontanes répétèrent que le premier Consul avait été charmé de la conversation de M. de Chateaubriand. Pareil jugement alors était fortune faite. Une occasion se présentait d'ailleurs; le premier Consul, en couronnement du Concordat, venait de nommer à

l'ambassade de Rome son oncle, déjà Cardinal et archevêque de Lyon. Cet ecclésiastique, fort détaché de sa profession^ durant nos grands troubles civils, employé même alors dans l'administration militaire des vivres, et sans doute, entrahié à bien des choses par la licence du temps, avait gardé toutefois, ou retrouva bientôt ce fond d'habitudes et de pensées religieuses, qui lui rendit même, sans une édifiante sévérité de mœurs, un zèle ardent pour l'Eghse.

Près de ce Cardinal ambassadeur, que son puissant neveu morigénait par des recommandations de bienséance assez minutieuses, il parut convenable de placer un premier secrétaire versé dans les lettres chrétiennes, habile, éloquent. Les emplois publics ne se refusaient pas alors; et l'hésitation de M. de Chateaubriand, s'il en eut, ne fut pas longue. On employa cependant pour la vaincre, l'influence de M. l'abbé Émery, supérieur de Saint-Sulpice, prêtre savant et sincère, le même qui plus tard montra tant de caractère et d'intrépidité d'esprit, pour la juste défense des droits du pape.

M. de Chateaubriand, tout en alléguant cette intervention de l'abbé Emery, donne dans ses Mémoires, pour cause décisive de son acceptation, le désir de conduire en Italie son amie, madame de Beaumont, dont la poitrine élait menacée. Je me sacrifiai, dit-il, à V espoir de la sauver \ Mieux vaudrait l'aveu do ce motif, s'il était parfaitement vrai, qu'une affectation de pieuse déférence; mais, ■dans la réalité, malgré quelques défiances et quelques regrets suscités par d'autres amis, cette mission, préparée par M. de Fontanes, plaisait au jeune et illustre écri-

^ Mémoires (ï Outre-Tombe, t. II, p. 200.

vain, qui n'en prévoyait pas les prochaines amertumes. 11 accepta, dans l'espoir exagéré de services immédiats à rendre à l'Église et d'une destination plus haute pour luimême; et, renonçant à voir madame de Chateaubriand, qui restait en Bretagne, il prit la route de Tltalie.

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