NOS GRAVURES
No I.
Joseph Séré de la Colombière.
Le portrait de Messire Joseph Séré de la Colombière, publié en regard du titre de cet ouvrage, appartient à l'Hôtel-Dieu du Précieux Sang, à Québec.
On ignore le nom du peintre qui l'a exécuté.
Messire de la Colombière était alors âgé de 70 ans, ce qui fixe à l'année 172Ï la date de ce portrait.
Redoutant, à cause de ses infirmités multiples, la mort prochaine de l'ancien supérieur de leur maison, les religieuses hospitalières,
qui le vénéraient comme un saint et l'aimaient comme un père, commandèrent son portrait à un artiste-peintre qui se trouvait alors de passage à Québec. C'était le plus sûr comme le plus heureux moyen de garder à jamais vivant dans les âmes le souvenir d'un prêtre dont la vie, à leur égard, s'était usée en bienfaits sans nombre, et traduire par un acte de noble reconnaissance ces belles paroles de l'Ecriture : In mentor iâ œternâ erit justus.
No 2.
Notre-Dame des Victoires (1759).
Cette gravure reproduit un dessin, pris sur le terrain, par un officier de l'armée de Wolfe, Richard Short, qui passa à Québec l'hiver de 1759-60 et occupa ses loisirs à relever les sites les plus remarquables et les édifices historiques de la ville capitulée. Les Vues de Québec à.^ Richard Short sont au nom-
bre de 13, un chiffre fatidique qui justifie bien les superstitieux du 13 septembre 1759. Elles sont justement célèbres par le fini du dessin, la perfection du détail, et leur merveilleuse exactitude topographique qui ferait honneur à une photographie moderne. Cette vérité de reproduction les rend très précieuses.
Ce dessin, consacré aux ruines de l'église Notre-Dame des Victoires^ a été gravé par A. Bennoist, comme il appert par la légende écrite au pied de la gravure et que je transcris Verbatim.
Drawn on the spot by Richard Shorty engraved by A. Bennoist — Lofidon^ published according to Act of Parliament Sept, 1761, by Richard Short, and sold by Thos. Jeffrey s^ the Corner of St. Martin's Lane, Gharing Cross.
Notre gravure a été préparée sur une excelente photographie de la maison Livernois.
En comparant les gravures de Notre-Dame des Victoires de 1759 et 1888, le lecteur constatera, au premier coup d'oeil, que la chapelle, incendiée au bombardement de 1759, a été rebâtie sur les anciennes murailles de 1688, Ce qui lui conserve une valeur inestimable comme monument historique.
On remarquera toutefois, en étudiant le portail, que les deux statues, placées dans des niches, de chaque côté de la porte de l'église, sont aujourd'hui remplacées par deux fenêtres. Ce changement a dû s'opérer en 1765, lors de la reconstruction de la chapelle. Quant à la statue de Notre-Dame des Victoires, qu'on aperçoit entre l'œil-de-bœuf et le petit châssis du grenier de l'église, elle a disparu du portail, probablement à la même époque, c'est-àdire en T765, année de la reconstruction. On l'aura sans doute replacée, ou remplacée par une autre, dans le sanctuaire.
No 3.
Notre-Dame des Victoires (1888.)
Gravure exécutée sur une photographie de la maison Vallée, prise en 1888, aux fêtes du deuxième centenaire de la chapelle.
L'historique sanctuaire de Notre-Dame de la Victoire^ plus tard Notre Dame des Victoires^ avait d'abord été dédié à rEnfant Jésus comme l'établissent les éphémérides particulières à cette église célèbre, écrites sur ses murailles, et que je crois intéressantes de transcrire pour le lecteur.
1688 — ler mai. Pose de la première pierre.
Dans le sanctuaire, du côté de l'épître, dans un panneau, une inscription latine, copiée exactement sur celle qui fut rédigée à l'occasion de la pose de la première pierre de l'église, se lit comme suit :
Anno Domini MDCLXXXVIII, Lxno-
CENTIO XI SUMMO PONTIFICE j FRANCISCO De
Laval Primo Episcopo Quebecensi ; Régnante In Gallia Ludovico Magno XIV ; Primarius Lapis Ecclesi^ Succursalis Infantis Jesu Urbis Inferioris Item Quebecensis Positus Est Ab Illustrissimo Viro Domino D. Jacobo Renato De Brisay Mar- CHioNE De Denonville In Nova Francia Pro Rege.
"En l'année de Notre-Seigneur 1688, sous le souverain pontificat d'Innocent XI ; François de Laval étant premier évêque de Québec ; sous le règne de Louis XIV le Grand, en France ; la première pierre de l'église succursale de l'Enfant Jésus de la basse- ville de Québec a été posée par l'Illustrissime Seigneur Jacques René de Brisay, marquis de Denonville, Lieutenant du Roi en la Nouvelle- France.
Cette inscription contient une erreur histo-
rique, aussi involontaire qu'inévitable, fort intéressante à expliquer.
Le premier mai 1688, Monseigtieitr François de Laval fi était 2)as premier évêque de Québec^ pour cette raison péremptoire qu'il s'était démis de son évêché le 24 janvier précédent. Le lendemain, 25 janvier 1688, Jean- Baptiste de la Groix-Chevrières de Saint- Vallier, son successeur, était consacré, à Paris, dans l'église de Saint-Sulpice, par Mgr Jacques- Nicolas Colbert, coadjuteur de l'archevêque de Rouen. Or, ces deux faits, d'une importance capitale, étaient absolument ignorés à Québec à la date du ler mai 1688. On connaissait bien sans doute les intentions, souvent manifestées par Mgr de Laval, de prendre sa retraite; mais d'un projet à sa réalisation, d'un désir exprimé à l'accomplissement d'un rêve, d'un souhait longtemps caressés, il y avait encore plus loin que de la coupe aux lèvres.
Cette ignorance d'un événement majeur, comme celui d'une succession épiscopale, n'a pas lieu d'étonner. Alors qu'il se nommait Nouvelle- France, le Canada, pendant six mois de l'année, était géographiquement séparé du reste du monde. De novembre à mai, que durait, temps minimum, la clôture de la navigation du Saint-Laurent, notre unique route européenne, Québec était mis au secret.
Nos terribles hivers étaient autant de geôliers tenant la clé du pays et le fermant, comme une prison, sur ses infortunés habitants. Ils y vivaient encore plus ensevelis que des morts dans un cimetière ou des lépreux dans un lazaret.
Cette séquestration intolérable avait le don d'exaspérer la population de la capitale fatiguée d'attendre les navires de France, cette flotte du printemps, partie aux premiers jours d'avril et n'entrant le plus souvent en rade
qu'aux derniers jours de mai. Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple, particulier à l'incident historique qui nous occupe, l'ancien évêque de Québec, Mgr de Laval, embarqué à Larochelle le 20 avril 1688, n'arriva à Québec que le 3 juin. Encore cette traversée fut-elle considérée satisfaisante au point de vue de la rapidité du voyage, celui-ci n'ayant pas dépassé six semaines !
Monseigneur de Laval arriva même avant la lettre qui annonçait son retour au pays. En effet, ce fut Monsieur Brisacier, du Séminaire des Missions Etrangères, qui, le premier, écrivant de Paris, à la date du 8 mai 1688, à Messire Charles Glandelet, grand vicaire du diocèse de Québec, lui apprit la bonne nouvelle des deux retours^ c'est-à-dire l'arrivée du second évêque de Québec, Mgr de Saint- Vallier, et le retour de l'ancien évêque, Moîiseigneur V Ancien comme on nomma dès lors,
par toute la colonie, le Vénérable François de Laval. La présence du premier évêque combla de joie la population de Québec, laquelle n'eut jamais le soupçon du malheur qui l'avait menacée dans une de ses affections les plus chères. Il s'en était fallu de bien peu, en effet, que François de Laval ne revint pas. Sans l'intervention puissante de Denonville et l'influence politique d'habiles alliés, amis personnels et de l'ancien gouverneur et de l'ancien premier évêque, celui-ci serait mort en France, Mgr de Saint-Vallier s'étant, jusqu'à la fin, refusé à ramener son prédécesseur avec lui dans son diocèse, et n'y ayant consenti, de guerre lasse, qu'à l'heure de la partance.
Ainsi s'explique l'erreur historique de l'inscription gravée sur la pierre angulaire de la chapelle actuellement connue sous le titre de Notre-Dame des Victoires.
Suivent les autres éphémérides écrites sur la muraille du sanctuaire, sur chacun des côtés de la porte centrale.
1688, lermai: Pose de la première pierre. 1690 — Défaite de l'amiral Phips — L'église
prend le titre de Notre-Dame de la
Victoire.
17 II — Dispersion de la flotte de l'amiral
Walker — L'église prend le titre de Notre- Dame des Victoires.
1759 — L'église est incendiée pendant le
siège, — au bombardement.
1765 — L'église est rebâtie: on conserve ses
anciennes murailles.
1888 — L'église est restaurée à l'occasion de
son deuxième centenaire pompeusement
célébré.
No 4.
Notre quatrième gravure reproduit le facsimilé du monument élevé par Sir Hovenden
Walker lorsqu'il prit officiellement possession de J'Ile du Cap Breton au nom de la reine Anne. Elle a été préparée sur une photographie de la maison Montminy à Québec, directement exécutée sur la page du Journal de Sir Plovenden Walker. A ce propos nous sommes heureux d'offrir à Mgr Thomas- Etienne Hamel, bibliothécaire de l'université Laval à Québec, nos plus sincères remerciements pour la bienveillance avec laquelle il a permis au livre rarissime de Sir Hovenden Walker de quitter la maison^ c'est-à-dire les voûtes de la bibliothèque où le précieux volume est conservé.