N{) M. DE LA COLOMBIÈRE
—sont les seuls vestiges d'une époque à laquelle le prédicateur n'appartient évidemment plus.
Malgré la grande variété de pensées qu'il exprime, son style est un peu uniforme ; c’est le plus grave reproche qu'on lui puisse faire. Je ne voudrais pas, cependant, exagérer le mérite de ce discours. Il serait difficile, en effet, d'excuser, auprès de la grande critique, le succès oratoire de ce sermon dont la médiocrité littéraire est évidente, mais qui n'en fut pas moins écouté et suivt de grands applaudissements. Ce sont les paroles mêmes de l'historien de l'époque, Juchereau de Saint-Ionace.
“ Tous ses auditeurs, dit-elle encore,
à de]
“4 ne
ni Di] D
étaient dans des transports de joie et ne doutaient pas que la Providence fût intervenue directement en faveur de la Nouvelle-France,” que le Ciel enfin, comme au temps de Joas, se fût armé pour sa querelle. L'enthousiasme religieux supplée à léloquence boiteuse de bien des rhétoriques. Nos patriotiques ancêtres n'allèrent point cependant jusqu'à applaudir 1 prédicateur dans la cathédrale comme le furent, de nos jours, Lacordaire, à Notre-Dame de Paris, et Monsabré à Metz. (1) Au dix-septième siècle (1) En ai, le Père Monsairé précha le carôme à Metz, — Le jour de Pâques, il célébrait la ; ‘surrection du Sauveur avec la population en deuil de la grande vi''e lor-
raine, pleurant sur le tombeau de sa nationalité, Pro
applaudissements étaient synonymes d'éloges, de félicitations, de compliments, de louanges. Ce mot n'était pris dans son acception propre qu'au théâtre, à l'opéra, aux séances de l'Académie
française, quelquefois à la Cour,
fondément ému par le spectacle de cette multitude, le grand dominicain lui laissa pour adieu cette péroraison incomparable, qu'il m'est impossible de ne pas reproduire ici :
—‘ Mes frères, les peuples aussi ressuscitent quand ‘“ ils ont été baignés dans la grâce du Christ ; et quand, # malgré leurs vices et leurs crimes, ils n'ont pas abjuré ‘ Ja foi, l'épée d'un barbare et la plume d’un ambitieux “ ne peuvent pas les assassiner pour toujours.
‘6 On change leur nom, mais non pas leur sang. ‘ Quand l’expiation touche à son terme, ce sang se ré-
‘ veille et revient, par la pente naturelle, se mêler au
‘ courant de la vieille vie nationale.
“ Vous n'êtes pas morts pour moi, mes frères...
‘ mes amis ……. mes Comjpatriotes...…., Non, vous
“ n'êtes pas morts. Partout où j'irai, je vous le jure, je
‘ parlerai de vos patriotiques douleurs de vos patrio-
ee Ce
Le #
jamais à l'église. Le mémoire des Carmélites de Paris mentionne les applaudissements de toute sorte que Bossuet avait mérités et obtenus à l'occasion du deuxième carême qui prêcha dans la capitale en 1661.
Gandar (2), à qui jJemprunte ce ren-
‘“ tiques aspirations, de vos patriotiques colères ; partout ‘“ je vous appellerai des Français, jusqu’au jour béni où ‘{ je reviendrai dans cette cathédrale prêcher le se10n ‘“ de la délivrance et chanter avec vous un 7% Den ‘: comme ces voûtes n'en ont jamais entendu ! ”
[Il y avait autre chose que les voûtes de la cathédrale de Metz n'avaient jamais entendue et qu'elles entendirent ce jour-là : car l’auditoire tout entier éclata en applaudis: sements. La majesté du lieu saint avait été impuissante à retenir cette explosion d'enthousiasme,
(2) Gandar : Possuet orateur, page 345.
Cerendant, à la page 367 du même ouvrage, je lis une phrase absolument déconcertante pour ceux-là qui
prétendent qu'au 17ième siècle les apflaudissement
l'église aux prédicateurs n'étaient pas des
donnés dans
seionement, n'a jamais compris que ces applaudissements de toute sorte fussent des battements de mains, des ovations faites à l'éolise, mais uniquement (et l'hommage en était fort con-
sidérable) des éloges, des louanges,
battements de mains, des ovations bruyantes. Voici cette phrase :
‘ Ledieu — labbé Ledieu, secrétaire de Bossuet — ** rapporte cetle particularité, que Bossuet a été fort ‘ suivi pendant cette station (carême de 1661) par mes- * sieurs de Port Royal: cantonnés à tous les coins de
son auditoire. ils étaient, ajoute-t-il, /es Plus vifs à ‘6 exciter des applaudissements.”
Il me semble, ici, très difficile de refuser au mot applaudissements son acception propre. À moins que les murmures approbateurs, les observations admiratives, les remarques élogieuses de Passistance faites à demi-voix, les regards, les sourires échangés, le mouvement de toutes ces têtes opinant du bonnet, ou plutôt de la perruque. et jusqu'aux frémissements des manchettes ne constituassent, à cette époque aristocratique, les
applaudissements de genre. — Genre singulier qui ex-
plique mal ce pluriel, à mon avis
des félicitations, des approbations aussi Hatteuses que distinguées, bref, toute
la série des compliments officiels et
officieux du royaume. L'’Aigle de
Meaux n'a-t-il pas lui-même dit, au sujet de Louis de Bourbon, prince de Condé, dans sa fameuse oraison funèbre : “ La Cour lui préparait à son arrivée (de la bataille de Àocroi) Les applaudissements qu'il méritait” ?
Aussi ai-je pensé que le sermon prononcé par M. de la Colombière serait toujours plus intéressant comme document historique que comme pièce d'éloquence. Mais à celui qui voudrait y prendre occasion d'étudier la langue
du dix-septième siècle et la transforma-
tion du genre oratoire à cette époque,
je laisse le champ parfaitement libre, Je me permettrai de remarquer, cependant, le caractère impersonnel de ce discours. Que l’orateur ne parle pas de lui-même, on le comprendra facilement; mais qu'il n'ait aucune louange pour ceux qui ont défendu Québec en 1690, en particulier pour Monsieur de Frontenac dont on admirait tant la bravoure, voilà qui ne peut manquer d'étonner un peu le lecteur. Puisque, en France, il était d'usage de féliciter du haut de la chaire les grands capitaines et les illustres généraux, comment se fait-il que M. de la Colombière n'ait
pas songé à adresser ici quelque éloge
aux hommes qui avaient si habilement combattu l'amiral Phips et qui avaient si largement contribué à cette “ Ze de la Victoire”? Je crois trouver la raison de ce silence dans la seconde partie du texte, empruntée au Zivre des Ÿuges :
Cette fois-ci la victoire ne nous sera pas allribuee ; ce Sera une feminte qui en aura tout l'honneur. L'état de la colonie était si critique, la famine si imminente, l'ennemi tellement irrésistible, que le peuple considérait, avec l’orateur, comme une espèce de miracle que Phips n'eût pas songé à prolonger, de queiques jours seulement, le siège de Québec, et que
Walker, méprisant le sage conseil que
lui donnait son pilote renégat, avis que
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