‹ M. de La Colombière, orateur historique d'un sermon célèbre [microforme]Chapitre 16 sur 27 · SIÈGE DE QUÉBEC PAR SIR WILLIAM PHIPS · texte numérisé non relu

SIÈGE DE QUÉBEC PAR SIR WILLIAM PHIPS

Archives de la marine. — Paris, France.

Lettre du Gouverneur à M. de Seignelay, en date du 12 novembre 1690, (£xtrait)

J'étais près de membarquer pour descendre de Montréal à Québec, après avoir expédié toutes les affaires de Montréal et avoir même fait Ja distribution des quartiers d'hiver pour

les troupes qui devaient rester dans ce

gouvernement, lorsque je reçus, le 10 octobre, à 3 heures après-midi, une lettre du major de Québec, par laquelle il me donnait avis qu'un Abénaquis considérable du côté de l'Acadie, était venu exprès, par ordre de sa nation, pour m'avertir qu'il y avait plus d'un mois qu'il était parti de Boston une flotte très nombreuse, avec beaucoup de troupes dessus, dans le dessein de venir attaquer et prendre Québec.

Vous pouvez croire, Monseigneur, que cet avis, auquel je n'ajoutais pas une entière croyance, ne me fit pas

différer mon départ, mais le bâtiment

sur lequel je m'embarquai ayant pensé

mn ve

couler bas, par une voie d’eau qu'on n'avait pas aperçue, nous fûmes sur le point de périr, M. l'Intendant et moi, avec tout ce qui était dedans. De sorte que nous fâmes obligés de pren:

dre des canots et nous ne pûmes aller coucher qu'à 4 ou 5 lieues de Montréal, dont nous repartimes le lendemain, à la pointe du jour. Nous ne fûmes pas à six lieues du lieu où nous avions passé la nuit, que je reçus un second avis qui m'apprenait que la Hotte des ennemis était vers Tadoussac, c'est-à-dire à 30 (54) lieues de

Québec. (1)

(1) Tadoussac est à cinquante lieues de Québec —Ce doit être une erreur du copiste. En écriture, d'ailleurs,

les chiffres 3, 5 et 8 se ressemblent à méprise.

Je ne balançai plus alors d'envoyer, en toute diligence, un ordre à M. de Callières de descendre le plus promptement qu'il pourrait avec toutes les troupes qu'il avait, en laissant seulement quelques compagnies dans la ville de Montréal, et de prendre en passant le plus d'habitants qu'il lui serait possible. Je marchai ensuite jour et nuit, et, malgré un furieux coup de vent que nous essuyâmes et les mauvais temps qu'il fit, je ne laissai pas d'arriver à Québec le 14 octobre, à 10 heures du matin, où jJ'appris que les ennemis avaient fait la traverse, c'est-à-dire qu'ils étaient à sept lieues

de Québec.

Ce qui me consola un peu fut de voir la résolution et la gaieté qui paraissaient sur les visages des habitants de la ville et des lieux circonvoisins que le sieur Prévost, major, avait fait jeter dedans. Je fus aussi fort content des batteries et de tous les autres retranchements qu'il avait fait faire, et qu'on n'aurait pas dû croire se pouvoir achever en quatre ou cinq jours de temps qu'il avait eus seulement, ce qui marquait son soin, son application et sa vigilance. Il fit ajouter ce que je crus le plus nécessaire et confirma l'ordre qu'il avait très judicieusement

donné aux capitaines des milices de

Beaupré, Beauport, l'Isle d'Orléans et

EP

de la côte de Lauzon, de ne pas quitter leurs côtes et de ne se point jeter dans Québec, qu'ils ne vissent les ennemis descendus à terre et déterminés à vouloir attaquer la ville, de peur qu'ils ne voulussent faire des descentes dans quelqu'un de ces endroits, ce qu'ils pourraient empêcher en côtoyant leurs vaisseaux d'un bord et de l'autre de la rivière, et s'opposant aux chaloupes qui voudraient mettre quelques gens à terre, comme ils ont fait effectivement.

Les ennemis vinrent le dimanche mouiller à /'Arôre Sec, à quatre lieues

d'ici, et le lundi, à l'aube du jour, ils

doublèrent la pointe de Lévy et paru-

Pr DE Ro EE

rent à notre vue et dans notre rade au nombre de 34 voiles, dont il y avait 4 gros vaisseaux, quelques autres moindres, et le reste cutters et autres petits bâtiments, sur lesquels on nous à dit qu'il y avait au moins 3,000 hommes.

Je ne vous particulariserai point ici, Monseigneur, ce qui s'est passé pendant le temps qu'ils nous ont tenus investis, les divers mouvements qu'ils ont faits, et par mer et par terre, où ils avaient débarqué près de 2,000 hommes et du canon, leurs canonnades, les différentes escarmouches qu'il y a eu pendant 3 ou 4 Jours, et dans les-

quelles ils ont assurément perdu plus

de cinq cents hommes morts ou bles-

sés, parce que la relation que j'en ai fait faire vous en apprendra tout le détail. (1)

Je vous dirai seulement que mon principal dessein était de les engager à traverser une petite rivière qu'il fallait qu'ils passassent pour venir à la ville s'ils n'avaient voulu l'aborder du côté de la grande rade, ce qu'il n'y avait pas d'apparence qu'ils dussent faire, parce que cette petite rivière, ne se traversant qu'à marée basse, je la leur mettais à dos, et sans trop hasarder, je pouvais aller à eux en pleine

bataille et les culbuter dedans, sans

(1) C'est la relation de Monseignat qui fait suite à

celle-ci.

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