‹ M. de La Colombière, orateur historique d'un sermon célèbre [microforme]Chapitre 17 sur 27 · A TR UE · texte numérisé non relu

A TR UE

comes

que jamais ils eussent pu regagner leurs chaloupes qu'il fallait qu'ils laissassent à plus d'une demi lieue de leur passage, et qu'ils marchassent dans la vase jusqu'aux genoux pour sy embarquer. Au lieu que, les faisant attaquér par toutes les troupes dans le lieu où ils s'étaient campés, je leur donnais le même avantage que je voulais conserver, me mettant cette rivière et la marée à dos, et rendant ma retraite fort difficile. Outre que le chemin pour aller à eux était impraticable pour de grands corps, à cause des bois, des rochers et des vases par

Où il fallait marcher, et propre seule-

ment pour divers petits pelotons, qui

escarmouchassent à la manière des sauvages, ce que tous nos soldats ne sont pas capables de faire et ce que nos officiers canadiens et les autres volontaires ét habitants du pays, avec ceux des officiers et soldats français qui sont déjà accoutumés à ce manège ont fait admirablement bien, et avec autant de succès ; qu'enfin la nuit du samedi au dimanche, 22 octobre, les ennemis, voyant tous les jours de nouvelles escarmouches et appréhendant

d'être attaqués dans leur camp parce

qu'ils avaient vu défiler dès le soir

quelques troupes que j'avais envoyées pour soutenir ces divers petits déta-

chements, prirent si fort l'épouvante

des ne que res vec ais c'e vec

du les ouant rce ir ées ta-

nte

A Er ot mean non >

ÿ RELATION DE FRONTENAC. 125

qu'ils se rembarquèrent dans la plus grande confusion du monde et avec tant de désordre qu'ils abandonnèrent leur canon.

Il fit une si horrible pluie pendant toute la nuit, et elle était si obscure que nos gens les plus avancés ne purent s'apercevoir de ce qui se pas- Sait parmi eux, mais, les ayant reconnus un peu avant le jour, ils trouvèrent cinq pièces de canon qui étaient à basse marée et que les chaloupes des ennemis ne pouvaient embarquer qu’elle ne fût plus haute.

Aussitôt qu'il fit clair, les ennemis

amenèérent trois de leurs chaloupes

pour essayer d'avoir leur canon, mais

les nôtres s'en étaient déjà rendus

maîtres, et empêchèrent par leur grand feu que ces 3 chaloupes ne pussent mettre à terre. Ce que leur amiral voyant, il détacha toutes ses chaloupes, au nombre de plus de trente, pour les soutenir, mais, après avoir tenu conseil toutes ensemble pendant près d'une heure, se tenant pourtant toujours hors de la portée du fusil, elles n’osèrent tenter une descente et regagnèrent leurs navires sans se mettre davantage en peine de leur canon que les nôtres amenèrent.

[ls ne songèrent plus qu'à se mettre en état de s'en aller, et enfin disparurent tous, le mardi, et allèrent mouiller

à quatre lieues de Québec.

DT NP nn de dde Es ces pen en SP e hs

RELATION DE FRONTENAC. 127 J'omettais de vous dire, Monseigneur, qu'une des choses en quoi ils ont été le plus trompés a été de voir que le concert qu'ils avaient fait avec les [roquois n'a pas réussi comme ils l'espéraient, parce que j'apprends, par tous les avis que J'ai reçus, que ceux de Manatte et d'Orange devaient, dans le temps que leur flotte paraîtrait devant Québec, se rendre au nombre de 3,000 hommes, Anglais, Loups et Iroquois, pour nous investir et se rendre devant la ville du côté du haut de la rivière, pendant que les autres feraient par le bas. L'affaire aurait

été très embarrassante, si Dieu n'y

avait mis la main. Mais les mêmes

avis portant que les Anglais et les Loups ayant été attaqués de la petite vérole, ils envoyèrent des gens qui en étaient encore tout rouges, ce qui fâcha beaucoup les [roquois qui leur dirent qu'ils leur apportaient la peste.

Comme en effet on m'écrit que cette maladie s'est mise parmi eux et en a fait mourir plus de trois cents, et qu'ensuite les mécontentements s'étant augmentés entre eux, les Iroquois s'étaient retirés dans leurs villages après avoir pillé quelques Anglais. Ce qui peut confirmer cet avis est qu'un parti de 60 hommes que j'avais détaché de Montréal sous la conduite du sieur de

Mantet, peu de jours avant que je des-

cendisse à Québec, pour connaître le véritable état où était le fort Frontenac, abandonné en 1689 avec toutes les munitions, vivres, ustensiles et armes, ma rapporté qu'il n'y avait pas d'apparence qu'il y ait eu un sauvage en ce lieu-là depuis plus de quatre mois, l'herbe étant dans l'enceinte du fort jusqu'à la ceinture et n'y ayant aux environs, ni dans la route qu'ils ont faite, depuis Montréal jusqu'au dit lieu, qui est de plus de 80 lieues, aucune piste ni cabanage de sauvages, quoique ce soit les endroits où ils ont coutume d'aller à la chasse et à la

pêche. J'ai reçu des lettres depuis

peu de jours que d'autres partis de y

sauvages, qui étaient allés vers Onontagué et dans les lieux qui ne sont jamais sans chasseurs, n'ont aussi rien trouvé, de sorte que je suis en peine de savoir ce que les Iroquois peuvent être devenus, et j'en attends tous les jours des nouvelles. Pour l'état du fort, le sieur de Mantet m'a assuré qu'il n'y avait que quelques brèches aux murailles qui ne seraient pas difficiles à réparer, mais que, pour les bâtiments, ils étaient tous détruits.

C'est une affaire à laquelle je crois toujours qu'il faudra songer avec le temps, étant plus persuadé que jamais

que c'est un poste aussi utile si la

guerre continue, que je le crois abso-

F Ne

HU Fran fe) fox La es .

Le Mae

lument nécessaire Pour maintenir la paix, si nous sommes assez heureux pour la conclure,

Mais, pour revenir aux Anglais, quand ils eurent mouillé l'ancre à l'Arbre Sec, la Dlle de Lalande, qui était une de celles qui avaient été prises dans la barque que les ennemis avaient rencontrée en arrivant, proposa au général Phips de demander quelques échanges. Il accepta et l'envoya elle-même pour savoir si Jy voulais entendre,

La proposition venant d'eux, je

crus ne la devoir pas refuser: outre

que J'étais bien aise de retirer princi-

palement le sieur de Grandville qui

avait été envoyé avant mon arrivée, par ordre du sieur Prévost, major de Québec, pour reconnaître les ennemis, et un ecclésiastique qu'ils avaient pris à Port-Royal appelé Mr Trouvé, et qu'ils avaient amené avec eux, sans qu'il ait su à quel dessein. Je donnai au sieur de La Vallière, capitaine de mes gardes, la commission de faire cet échange, dont il s'est si bien acquitté, que nous avons eu plus de Français qu'il n'a rendu d’Anglais, qui n'étaient que des femmes, filles et enfants, à la réserve de ce capitaine Davis, qui avait été pris par le sieur de

Portneuf, qu'il a fallu donner pour le

sieur de Grandville, et pour recevoir

notre ecclésiastique, si, par adresse, le sieur de La Vallière n'avait attiré le principal ministre de ce général à venir négocier avec lui et qu'il ne lui eût déclaré qu'il l'amènerait à Québec si on ne lui voulait rendre le sieur Trouvé au lieu d’une petite fille que Madame l’Intendante avait achetée des sauvages et qu'elle offrait de ren-

dre, il ne l'aurait Jamais eu,

Je suis obligé, Monseigneur, de vous

marquer le zèle et la bravoure avec

laquelle toutes les milices des côtes de l'Isle d'Orléans, Lauzon, et principalement celles de Beauport et de Beau-

pré, se sont comportées dans toutes

les actions qui se sont passées. Ce

sont ces derniers qui se sont rendus maîtres du canon des ennemis : le sieur de St-Denis, capitaine de la milice de Beauport, a eu le bras cassé dans les premières escarmouches : c'est un homme de plus de 60 ans, et d'une des principales et plus anciennes familles de ce pays, où il est des premiers établis.

Il demanderait fort des lettres de noblesse, et ce qu'il a fait semble le mériter ; c'est pourquoi j'ose joindre mes très humbles prières aux siennes.

Quantité d'officiers s'y sont aussi fort distingués, le sieur de Clermont, capitaine réformé, y a été tué, les

sieurs de Longueuil et de Ste-Hélène,

frères, tous deux lieutenants, se sont

N pe Fe LE:

Page 1