REQUIESCANT
Ceci, lecteur, n’est pas une épitaphe,
mais le fac-similé d'un monument triomphal élevé. . ... par un vaincu, à l'éternelle mémoire de sa défaite. Ce qui en explique, mieux que tout autre commentaire, la pitoyable et sinistre apparence. Ce mausolée historique évoque, avec une irrésistible puissance de vérité et d'émotion, l’'inoubliable catastrophe du 22 août 1711. On croirait, à le regarder seulement, fixer un de ces pans de murs que la piété des cimetières bretons consacre au souvenir des disparus en mer. Et
devant lui, comme devant eux, un sen-
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timent de tristesse infinie envahit soudain tout notre être, pénètre l'âme et noie le cœur. Puis, à cette impression d'angoisse, aiguë comme un cri de désespoir, succède une pensée de commisération profonde qui vous étreint.
elle aussi, vous navre à son tour, au point de vous faire oublier de sourire à la lecture de cette pompeuse et ridicule inscription latine proclamant la reine Anne, non seulement souveraine d'Angleterre, de France, et d'Irlande, mais encore maîtresse absolue de toute l'Amérique du Nord : lotiusque Americae Septentrionalis Domina.
Au lendemain de l'effroyable nau-
frage de l’Ile-aux-Œufs, et sur l'avis
d'un conseil de guerre, l'expédition dirigée contre Québec fut abandonnée.
On donna rendez-vous à la flotte, pour le huit septembre, à l'Ile du Cap Breton, à l'embouchure de la Rivière des Espagnols. Ce qui fut fait.
Au Cap Breton, les discussions recommencèrent; Ce qui amena une perte de temps considérable. Walker, qui voulait absolument combattre, proposa d'attaquer Plaisance. Beaucoup d'officiers l’'appuyaient dans cette vaillante résolution, mais le général Hill s'y opposa avec une telle opiniâtreté que l’amiral céda et consentit à retourner en Angleterre sans coup férir.
Toutefois, Sir Hovenden Walker
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crut prudent de prendre officiellement possession de l'Ile du Cap Breton au nom de la reine Anne, et remplaça les armes de France, qu'il fit abattre, par le monument dont une photogravure reproduit ici le fac-similé.
Par une de ces ironies sanglantes, particulières à la politique et aux diplomates, le traité d'Utrecht — (11 avril 1713) —restitua l'Ile du Cap Breton à la France. Deux ans ne s'étaient pas même écoulés depuis l'érection du monument commémoratif de Walker.
Cette orgueilleuse inscription gravée sur bois — c'est le côté modeste de ce
superbe obélisque — servit au feu de
joie que les Canadiens allumèrent
lorsqu'ils relevèrent les armes de France sur l'île rétrocédée. En cela ils eurent tort. Au lieu de brûler cette prétentieuse épitaphe, il eût suffi d’en effacer seulement l'inscription latine. On l’aurait ensuite transportée au bon endroit du cimetière, sur l'Ile-aux-Œufs, puis un graveur l'eût marquée du traditionnel Xegurescant. En la datant du 22 août 1711 on restituait à cette
planche de cèdre toute sa valeur histo-
rique. C'était bien le moins que l’on
reconnût à l'Angleterre un droit exclusif de possession sur cet écueil
célèbre !
ERNEST MYRAND.
rance urent ‘étenffacer l'audroit puis tradiit du cette 11sto- : l'on [ eEX-
cueil
NOS GRAVURES No 1.
JosEPH SÉRÉ DE LA CoLoMpière.
Le portrait de Messire Joseph Séré de la Colombière, publié en regard du titre de cet Ouvrage, appartient à l'Hôtel-Dieu du Précieux Sang, à Québec.
On ignore le nom du peintre qui l’a exécuté,
Messire de la Colombiére était alors âgé de 79 ans, ce qui fixe à l’année 1721 la date de ce portrait,
Redoutant, à cause de ses infirmités multi-
ples, la mort prochaine de l'ancien supérieur
de leur maison, les religieuses hospitalières,
qui le vénéraient comme un saint et l'aimaient comme un père, commandèrent son portrait à un artiste-peintre qui se trouvait alors de passage à Québec. C'était le plus sûr comme
le plus heureux moyen de garder à jamais
vivant dans les âmes le souvenir d'un prêtre
dont la vie, à leur égard, s'était usée en bienfaits sans nombre, et traduire par un acte de noble reconnaissance ces belles paroles de
l'Ecriture : Zn memori&@ ætern& erit justus.
No 2.