MV
I II»* son ai. lion lut accepli'e. La (îoustitulioii, il osl viai, proclanuiil la lilxM'Ié d'Knseijinonieiit ; mais celle liberté n'éUiit point absolue et nne loi devait sortir, pour en régler les limites par la surveillance de l'Etal.
M. do Falloux, déjà connu comme écrivain et (pu s'était, depuis peu, placé au premier rang des orateurs contemporains, par sa grâce et son énergie, notoirement connu comme catholique, avait été nommé ministre de de rinstruclion i)ublii[ue. Il s'occupa de préparer un projet de loi conforme aux vci'ux des partisans de la liberté de rKusoigiu-menl et aux exigences de la Constitution. Les deux (Commissions qu'il nomma à cet égard, <e réunirent on une seule, dès la première séance. Elles se composaient d'éléments hétérogènes mais unis par la modération de leurs sentiments el leur esprit de conciliation (1 ).
« Deux opinions absolument opposées se trouvèrent en présence : Tune prétendait que le droit d'enseigner devait, omme la justice et la force puldique, relever exclusivement de l'Etat et n'être donné f]ue pai' lui; l'autre afdimait, au contraire, que l'Etat est aussi incompétent en fail d'éducation qu'en fait de religion, et que c'était pour l'Etat un tort et un malheur d'avoir entrepris, depuis soixante ans, une i ouvre en dehors de sa mission et audessus de ses forces. La Constitution de 1848 semblait 'lonner raison à cette dernière opinion, puisqu'elle prolaniait que l'Enseignement était libre et ne faisait aucune mention de l'Enseignement donné par l'Etat. Toutefois, •■n présence du grand fait créé par l'Empire sous le nom il'i'niversiti', et des habitudes prises parle pays depuis la
(1) Partisans de 13 liberl»- (rKiisci.iine'nenl : .M. l'abbo Dupanloup. M. l'abbr Sibnur, M.M. de Moiitalcmbcrl, de Ourcelles, de Meluii, le Riaiicey, Kresneau, Cocliin, de Monlieuil, Houx-Laveigiie, Laurciitie. riiivcrsilaires : Mal. (Inusiii, SaiiU-Marc Girardin, Dubois, Poulain de Hostay. Neutres : MM. Freslon, Janvier, Cuvier, l'cupin, Michel et Dellajiuel, .M. ïiiicrs.
Révolution, les liomnies pratiques sentirent tous la nécessité de respecter et de maintenir l'institution Universitaire? tout en lui oj)posant la concurrence de l'esprit religieux par la liberté, ainsi que le voulait la Charte de 1830 et que le prescrivait formellement la Constitution nouvelle.
Le projet de loi ne fut autre chose qu'une transaction entre ces deux ordres d'idées. C'était un traité de paix destiné à mettre un terme à des luttes trop prolongées. La liberté y était garantie, mais l'enseignement de l'Etat n'y était ])oint sacrifié » (1).
« Quelques-unes de ces séances, à huis clos, dit M. de Falloux, s'élevèrent à la hauteur des plus mémorables séances de l'assemblée. Les esprits y apportaient moins d'apprêt, les cœurs plus d'abandon (2). »
M. de Montalembert, pour la première fois, goûtait la jouissance de se sentir appuyé sur un terrain large pai' toutes les forces vives de la grande croisade du bien. »
Le 18 juin, fut déposé sur le bureau du président le [)rojet de loi de l'Enseignement. »
Il consacrait « l'abolition de l'autorisation préalable «*l du certificat d'études, la réforme radicale de l'Enseignement piimaire, l'affranchissement des petits séminaires, la liberté des congrégations religieuses, non l'econnues; il créait une Académie par département; il appelait les délégués de l'Episcopat, de l'Institut, des grands corps de l'Etat et des Conseils généraux, à siéger dans le Conseil de l'Instruction publique ou dans les (juaire-vingt six Conseils académiques; enfin, tout en étendant la surveillance de l'Etat aux petits Séminaires, comme l'exigeait impérieusement la Constitution, il bornait cette surveillance pour tous les établissements libres aux questions d'ordre public.
(1) Insiruclion publique, Discussiun dans les bureaux, 27 juin 1849; OEuvres de .M. de Moulalemberl, tome III, page 194.
['2) Le parti catholique, par M. de Falloux , 2"^ édition, pai;c 102, Les liéros de ces séances furent MM. Dupanloup et Tliiers.
■ ' Il lui iiiiiiit'diatt'iiit'iil riMivovt' iliiiis les ImiTaiix. »
M. «lo NfonLllt'Illlii'll le (ii'liMldit dans le ".l'i" ItllIi'aM. ilnul
il t'uisiiil parlio.
Lo projet tut, dès sdiiapitaritioii. vi;^oiirt'iist'iin'iil allai|iH' |iar le jonniul VUnivcra, qui craignait «reugager l'avenir l»ar la loi proposée, laipielle, selon lui, n'était pas une loi ■ le liluMlé. niaisattriluiail à rKgliseuno [lartilii monopole. Il l'ut, ilans le journalisme, vaillammenlsoutenu parl'.l///^ 'lekt Ilelitfinn,ri à la ('.liaiiihrt». par MM. Tliiers,PoMJoulat. M*-''"Parisis qui s"al)>tint néanmoins de voter, MM.Hf^eliavd I Fresneau.
M. de Montalemlierl y coui'onnases vaillantes luîtes par un discours où brillent de fréquents éclairs d'éloquence, mais où se traliit, peut-être avec trop d'amertume. '( tristesse d'être abandonné d'une partie des siens. < '.eux qui connaissent son cn-ur, conq)i"endront sa douleur, alors même qu'ils n'approuveraient point toutes ses plaintes. 11 explique, du reste, lui-même, les raisons (|iii le portèrent à cesser la lutte.
Vf On nous a reproché, dit-il, d'avoir t'ait un compromis .i\t'i- l'enseignement de l'P'tat, de ne pas l'avoir abandonné à lui-même; on nous a reproché d'avoir fait une alliance où nous serions dupes et victimes; on nous a reproché, ce ■lont nous nous honorons, d'avoir conclu une paix hono- I able au lieu de perpéttier la lutte, et, après avoir garanti la liberté [tournons et les autres, d'avoir accepté, pour la leligion, une part sérieuse dans l'instruction officielle. Kn un mol, on nous a reproché d'avoir substitué l'alliance à la lutte.
.Mes«?ieurs, j'ai fait la guerre et je l'ai aimée; je l'ai faite plus longttMups, aussi bien et peut-être mieux que la plupart de ceux ijni me reprocbenl aujourd'hui de la • esser.
Mais je n ai pas cru <pie la guerre lui je preinier Itesnjn. la premièie néces.^ité du [lays. Au contraire, j'ai pense
iliren |)iéseii(;e du danger commun, des i:iiconstances si graves et si menaçantes où nous sommes, et en présence aussi 1 pourcjuoi ne le dirai-je pas?) des dispositions que je lencontrais cliez doslionnnes que nous avions été lialiitués à regarder comme adversaires, le premier de nos devoirs était de répondre à ces dispositions nouvelles. Et c'est à cette pensée honorable que j'ai consacré, depuis un an. toute l'activité et tout le dévouement de mon àrne.
Je n'ai pas la prétention d'avoir ])esé plus qu'un autre dans cette œuvre patriotique et religieuse; je n'ai pas la prétention, pas plus qiiemes collaborateurs et amis, d'avoir apporté, d'avoir trouvé, d'avoir proclamé une solution souveraine et parfaite; je suis aussi modeste que possible [chuchotements à gauche^ dans l'appréciation de nos efforts et de nos œuvres.
Nous n'avons pas la prétention non jjIus d'avoir converti nos anciens adversaires ; nous n'avons pas la prétention de les avoir réduits. Nous en avons rencontré de diverses natures. Nous n'avons pas la prétention d'avoir produit un effet quelconque sur certaines natures intraitables, sur ce que j'appellerai l'orgueil implacable de la fausse philosophie. Non, nous n'avons rien fait sur ceux-là ; ni nous, ni les circonstances, ni les événements, ni l'histoire du monde contemporain n'a pvi les éclairer. Mais, ajoutet-il, nous avons rencontré des adversaires pour qui les leçons des événements n'avaient pas été stériles, pas plus qu'elles ne Font été pour nous, car tout le monde avait à apprendre, et tout le monde avait à profiter. [Très hienlj Nous avons rencontré des hommes, nos adversaires de la veille, qui nous ont tendu la main au lendemain de ce que nous regardions tous comme une catastrophe imprévue- Devions-nous repousser cette main? Non; ce serait le plus grand reproche que je me ferais de ma vie si je l'avais repoussée.
Certes, ces hommes ne croient pas tout ce que nous
ruyoïiî»; ceilos, ci's liouuiics no vouloul pas louL ce ijuc nous voulons. Non, certes, je ne leur décerne ni cet éloge, ni, ce qui serait à certains yeux, cette injuiv; mais ils t-roient aujourd'hui au péril qu'ils niaient jadis et que nous signalions d'avance; ils veulent, comme nous, un remède à ce péril; ils veulent le salut de la société, et ils nous oui invités à y travailler avec eux.
Kh bien! nous avons accepté l'invitation comme devaient l'accepter des cœurs dévoués à la [)atrie et à la société.
Messieurs, on fait la i)aix le lendemain d'une victoire. 'Il lait la paix le lendemain d'une défaite, mais on la tait -urtout, selon moi, le lendemain d'un naufrage.
Kli bien! que l'honoraltle M. Tliiers me permetle de le «lire, nous avons fait naufrage, lui et moi, en Février niouvemtittx (//'"t'/'N), (|uanil nous naviguions ensend)le >nr ce beau navire (|u'on appelait la monarchie constitutionnelle...
.\I. LK iM'.KsiiiKM IMi'In;. Ce n'était pas un bateau plat!
(( M. i»K Montai. KMP.Kin'. Oui, quand nous voguions sur <e naviie «pu a porté pendant trente-quatre années avec lant d'honneui- les destinées et le pavillon de la France...
A iiRoiTi;. Très-bien!
M. DE Montai, EMHKivi. (Juand nous voguions en.semble -ur ce navire sans nous connaître, ou nous connaissant à jii'ine, nous pouvions et nous devions nous disputer sur la direction du navire. Mais la tourmente est venue à éclater, le pilote a été jeté à la mer, le navire a sombré dans un ilin d'œil; nous périssioas si la Providence ne nous avait permis de nous reti"ouver, lui et moi, sur le radeau... •l'appelle le Gouvernement actuel un ladeau .. JiUm'ili' 'lénérale et prolonriée.]
1) Je ne .sais vers quelle plage ce radeau nous conduit; mais je déclare que. tout en regiettant le navire, je bénis le radeau.
\']\i (|u<)i donc! en nous reli'ouvant c'nseinJ)le au lendemain du naufrage sur cette frêle planche qui nous sépare à |)eine de l'abîme, fallait-il, sans nécessité impérieuse, lecommencer la lutte de la veille? Fallait-il repousser la main que, tout naturellement, nous étions portés à nous oJlVir Tun à l'autre? Fallait-il ressusciter toutes les récri- )ninations, tous les ressentiments, mêmes les plus légitimes? Non. Je ne l'ai pas pensé, je ne l'ai pas voulu, je ne l'ai j)as fait, et je ne m'en repens pas.
» Du reste, je dis que l'œuvre que nous avons entreprise, ou du moins la pensée qui nous l'a dictée, est de tout point conforme à l'esprit de l'Égli.se, rton-seulernent par les motifs qu'a fait valoir avant-hier avec tant d'éloquence et de force le vénérable évêque de Langres, non seulement parce qu'il y a là pour l'Église une occasion de dévouement, et que, comme il l'a si bien dit, partout où il y a du bien à faire, l'Église y court ; ce n'est pas seulement pour cette raison : c'est parce que l'Église, tout en étant inflexible dans la lutte contre l'orgueil, dépasse toujours ses adversaires, ses rivaux, dans l'esprit de conciliation quand le moment de la paix est arrivé. Quand on fait un pas vers elle, elle en fait deux vers vous. Voilà le rôle de l'Église tel que je l'ai étudié el apprécié dans son histoire. L'Église, inflexible contre ce que j'appelais tout à l'heure l'incorrigible orgueil de la fausse philosophie, est pleine de douceur, de sympathie, de tendresse, pour les hommes qui font un pas vers elle. Elle fait tout ce qu'elle peut pour les encourager à faire le second, et elle marche, de son côté, à leur rencontre. L'Église ne veut jamais humilier personne devant elle, elle n'humilie que devant Dieu. L'Église ne dit jamais ces deux paroles que vous entendez tous les jours dans la sphère de la politique : Tout ou rien, et : Il est trop tard. Elle ne dit jamais : Tout ou rien, car c'est le mol .de l'oi'gueil, de la passion humaine cpii veut jouir et