‹ M. de Montalembert et extraits de ses œuvresChapitre 26 sur 38 · JU · texte numérisé non relu

JU

If |>riuoipo i\o l;i lilici'lr de i(Mi<riPiuo «•( tlts ciilles, (|iir. «lo cette nièiiii' main, ollc a rlcutlii \\''\)vo de (Iharlemaîrne... {Intri'}'uptio)i rt noneins à rexlrème gauclir. — Vive et longue ciftprohation smr d'autres banr'<.)... oui, l'épée (le r.harlemagne, pour sauver rindépendanre lie TEfîlise menacée «lans son chef. Eli bien! je dis qu'il y a là i)our la France un immense honneur; je dis qu'au point de vue purement humain , au point de vue purement polititiue, il y là pom' la République française ce ipie je ne craindrai pas d'appeler une immense bonne fortune. Kt , quant à moi, ([uunil je |!ense à ce sentiment de reconnaissance et d'admiration pour la France qui viendra se placer dans tous cc^i millions de c^Hirs, qui viendra apaiser leur douleur et leur indijniation, j'éprouve moi-même, à côté de la douleur, de l'indij^nation que j'ai ressentie comme chrétien . jéprouve comme Français un sentiment de joie, de bonheur et d*or|iueil, (pie je suis heureux de pouvoir apporter et proclamer à cette tribune (1). (l'/vs- hiçu.) n

Mais déjà la Constituante touchait à sa fin. La constitution ({u'elle avait mise au jour et contre hicpielle M. de MonU\lembt'i't avait voté, ("2) divisait le gouvernement entre riVssemblée cl un Président de la rvé|)iibli(|ii<'. [.'(''leclion eut lieu.

yl) Difcours $ur riJiii'ilitiiiii ili- Rouir (siance du 30 ii(>\iii)l>ri? 1848); Œuvres de M. de Montalembort. tome m, pa^ie lfK5.

(•2) La constitution fut votée le 4 novembre 1HJ8. M. de Monlalembert cxplii|ue ainsi son vote: » Je suis convaincu qu'il ne peut y avoir ni stabilité pour les pouvoirs publics, ni indépendance pour les simples citoyens, sous un gouvernement où l'omnipotence législative est concenirée dans une assembl(>e unique. Je suis é^'alement conraincn que le suffrage universel ne saurait être sincère ou edicace si le vole a lieu au chef-lieu de canton, et "'il est accorde ainsi une prepondi-rance iiniciue et dang' leuse aux populations des villes f^ur les habitants des campagnes, ii

l.i-ihfi *ur II' vole cotii If hi ('.iinniiiniion. •'» novembre IH'iK.

I^u inajoiitr ;ip|iny;i de Idutos SOS Ibrcos U' pV'Ik'tmI ( "avaignac.

Le prince Louis Napoléon Bonapaitc inl t'iii par l;i nation.

Un antagonisme regrettable et de nature à paralyser la marche des affaires s'ensuivit. La Constituante n'avait qu'une chose à faire, se retirer. Elle ne le voulut point comprendre.

Le pays, par ses Conseils généraux, par ses pétitions réitérées, lui fit parvenir ses vœux. Elle fit la sourde. \ln député, M. Râteau, se faisant l'interprète de tous les gens de cœur, déposa, le 28 décembre, une proposition tendant à la dissoudre La discussion s'ouvrit le \1 janvier '1849.

Le champion des opposants fut M. Pierre Bonaparte. La droite eut pour défenseur M. de Montalcmbert. Comme un véritable chevalier, le généreux orateur marcha droit à l'ennemi, et. lui arrachant le masque derrière lequel il s'abritait*, il dévoila sans pitié les calculs étroits de son égoisme et de son esprit de parti. L'échafaudage de rai- •sons mesquines invoquées par la gauche s'écroula bientôt sous ses coups redoublés et impétueux ; s'élevant alors au-dessus des petits intérêts dont il venait de faire justice, « évoquant tous les grands principes, l'autorité, la propriété^ la loi des gouvernements parlementaires, la liberté surtout, ;) il les appela en témoignage « contre ceux dont l'aveuglement allait les compromettre et les perdre,» puis tout d'un coup, «passant des sévères leçons de l'histoire au récent exemple qui était le mieux fait pour toucher ses adversaires en les honorant, il prit parmi eux le général Cavaignac pour leur représenter leur ancien chef comme le j)lus parfait modèle de désintéressement et de patriotisme. )j Ses généreux accents formèrent In majoriti'- et la prise en considération l'ut votée.

TAsïicmhlri' ne se tint pas |iiiiir Juilliir cllt' rhoiclia à liroloiijïor son existence à l'aide des lois orp;aniques, M. .le Monlaloiiihert, plus que tout autre, fit. par son noble lan}rage, oulilier son ajionie.

Dans une lirillanle inipiovisaliou (17 février 1849), il lit triompher un amendement qui avait pour but de maintenir la liberl«j des élections en rapprochant le plus jtossible de l'urne du scrutin les habitants des campagnes et défendit successivement avec la plus noble ardeur, ( outre de ridicules déliances. le peuple des vrais ouvriers, le peuple des campagnes et le peuple de l'armée. Peu de temps après, il prit en main la cause de l'ordre judiciaire. M Le pouvoir exécutif avait été investi de la faculté (le renouveler la magisliature. Celte dernière était ainsi placée sous la menace d'une épuration politique. » Plus d'une fois, M. de Montalembert avait opposé la digue de son éloquence aux empiétements de la magistrature dans l'ordre religieux. 11 s'efforça de la maintenir intacte dans -a sphère et de l'élever par Yinamovibilitc au-dessus des bouleversements de la j)f»litique ; il le fit avec une entraînante éloquence. I^ur lui. la justice n'est point une chose ordinaire. C'est un véritable sacerdoce.

' Permettez-moi de m'arréter un instant sur ce mot 'le socerduce dont je viens de me .servir.

'• De toutes les infirmités et de tous les égareinenls du temps où nous vivons, il n'en est point (jui me répugne davantage que ces accouplements impurs d'expressions • t d'images empruntées à la religion avec les faits et les idées les plus profanes et les plus coupa.h\es. (Assentiment sur plusieurs bancs.'

n Mais je dois reconnaître (jue notre vieille et belle langue françai>e, traducliice intelligente et immortelle du bon sens national, avait su, pai' un instinct merveilleux. i«similer la religion à la justice. Elle a toujours dit : Le

1,1 pie ili: In loi. Ii' smuiintire de lu justice, le sacer

doce de lu manistralure. Eh bien, je vous conjure d'accepter, de respecter cette synonymie et de la prendre pour guide. Or, qu'est-ce qui fait en France une des plus grandes forces de la religion, de Ft^glise ? A coup sûr, ce n'est pas moi qui voudrais omettre ou oublier les motifs surnaturels et divins de cette force et de cette autorité dont jouit la religion parmi nous ; mais il y a aussi îles motifs naturels et humains que j'aime à reconnaître, et je déclare que, selon moi, le premier de ces motifs naturels et humains, c'est l'inamovibilité de l'Église.

» Oui, trois grandes révolutions politiques ont passé suila France depuis le commencement de ce siècle : la Restauration, la Révolution de 1830 et celle de 4848. Eh bien, aucune d'elles n'a touché à l'Église ; pas un évêque dans son palais, pas un curé dans son presbytère n'a été ébranlé. Je n'hésite pas à dire que notre population, en voyant survivre et dominer cette majesté inébranlable de l'Église au milieu des agitations et des révolutions, a dû sentir grandir dans son cœur le sentiment du respect pour cette grande majesté ; et de là a dû naître, partiellement du moins, ce prestige, cette force, cette autorité imprévus pour plusieurs, dont elle s'est trouvée investie au milieu des circonstances si orageuses qui nous entourent. (i¥ar(/ites d'approbation.)

» Eh bien ! qu'est-ce que je vous demande, moi, l'enfant le plus docile, le plus jaloux de l'Église? {Légère rumeur à gauche.) Je vous demande d'associer à cette majesté et à celte stabilité de l'Église, de lui associer l'État, dans ce ([ue l'État a de plus auguste, dans l'administration delà justice. Voilà ce que je vous demande, et je plaindrais ceux qui ne sentiraient pas, dans cette demande, l'acte d'un bon citoyen et d'un véritable ami de l'État, quelle que soit la forme du gouvernement qui dojnine. {Très-bien .')

Oui, MessitMii>, les révolulious oui pas-sè ^^ul■ la lèle •lu pnHre sans l'incliner. Je vous demande de faire en sorte qu'elles passent sur la lèlc du juge sans la frapper. «Jue le fleuve du progrès, si pi'ogrès il y a... («A / ait ! — Humeurs diverses) que la destinée de la nation, ce qu'il y a de variable, si vous l'aimez mieux, dans les destinées de la nation, roule son cours entre deu.v rives inébranlables, entre le temple de la loi et le temple de Dieu^ entre le sanctuaire de la justice et le sanctuaire de la vérité, entre le sacerdoce du prêtre A le sacerdoce du juge. iMoucement.) x {i)

L'amendement soutenu par M. de .Monlalernbert fut voté ; la magistrature resta toute entière à l'abri des innovations projetées et garda .son inamovibilité. Cet amendement (2) fut l'un des derniers qui furent proposés à la Chambre. Klle se relira enlin devant lo mécontenlemeul du pays; elle le fit ife mauvaise grâce et en essayant d'en foncer, v de sa main moribonde, le poignard dans le cu.'ui' de l'assemblée qui allait lui succéder. »

(l| Discoun $ur riiiamovibilili- df la maijisliafurc : Œuvres «lo .M. Je .Monlalemberi, lome III, paj^e 16-i.

(2) Cet uniendemciil était coin.u en ces tenues : u V.i\ pioceduiil .'i la composition des nouveaux tribunaux, le pouvoir oxêculif .idressera une instiiiitinn nouvelle h cliaenn des niaiîisirals inantiivibies actuellement en fonctions.

'1 J^es réiluclion-" prescrites par la préseule lui n'auiont lieu qu'au fur et à mesure. ••

CilAPlïHE XX m.

Elections du 13 mai 1849. — Assemblée législative. — -"^Hmi.iiou, de la France. — M. de Montalembert orateur. — Physionomie d'une Assemblée délibéi-ante française, par Timon. — Liberté de la Presse. — Le médecin et i>o)i nidladc.

■ .V l'approche des élection?, les faQlions démagogiques s'agitèrent. iUiandonnant, pour un temps, les dissentiments qui les divisaient, elles serrèrent leurs rangs et se préparèrent à livrer, au grand parti de Tordre, un vigoureux combat. De leur côté, les amis de la société sentirent le besoin d'unir leurs efforts. Le Comité électoral de la liberté religieuse donna la main au Comité dit de la Rue Je Poitiers. Ce Comité avait depuis sa fondation, réuni dans son sein toutes les nuances de l'opinion modérée. Ils s'avancèrent tous deux au scrutin sous le même drapeau. Leur mot d'ordre était : Maintien de la Société. Les Comités des provinces imitèrent leurs exemples.

Les élections eurent lieu le 13 mai.

M. de Montalembert, élu à la fois dans le Doubs et dans les côtes du Nord, obtint en outre un grand nombre de voix dans le déjiartement de la Seine. Il opta pour le l)ouhs dans la séanc(.' du *> juin.

LWsseml.tlée législativ(! avail iTinpkicé I Assemblée constituante le 28 mai 1849.

l,;i iiDiivelle Aî^semblét» tlillV-rail peu de l'ancienne. Si la majorili- se conipoi?ail d'Iionunes fermes et bien intentionnés, décidés à défendre, à améliorer la société et à opposer un invincible tlédain à la violence, l'opposition iTavait rien perdu de son audace et de son cynisme. Moins nombreuse qu'à la Constituante, elle était plus ardente et plus emportée. Clomprenant (lu'elle ne pouvait vivre que dans la contusion, elle ne devait reculer devant lucune insulte, devant aucune grossièreté. Elle se sentait soutenue par le parti démagopque dans son odieux dessein de boulevei'ser l'ordre social et elle abusait de ta force qu'elle se supposait par celte protection.

.\u ileliors, les passions révolutionnaires étaient loin d'être vaincues. Elles couvaient sous la lendre et le jnoindre souffle devait les raviver.

M. de Montalembert , dans un tliscours prononcé à IJe.^aneon, dans un banquet, exposait ainsi la situation du pays :

« Sur ces roules admirables, que des mains bardies et prudentes ont tracées dans vos montagnes, le long des précipices, vous voyez quelquefois que les voitures, les voyageurs sont renversés et roulent dans les précipices. *,)uelquel"ois aussi, un arbre, un tronc, se trouve là providentiellement, les arrête et les retient à moitié cbemin de leur perte. Eh bien !. Messieurs, c'est là, selon moi, l'image fidèle de la position actuelle. Nous avons versé, en Février, et nous roidions sur la pente de l'abîme, lorsque nous avons rencontré le tronc d'arbre qui nous jetient encore, c'est-à-dire l'assemblée et le jirésident que le suffra^îc universel a donnés à la République. Maintenant, notre sort est entie nos mains : si nous nous laissons aller, nous lombi'ions au tond du précipice, nous \ serons brisés et bioyés, et il ne restera plus de noln; belle patrie qu'un '(piebîlle. iiilorMie. Si, au contraire, MOUS voulons nous sauver, il laul alors lenioiilei' la pento ;

il faut la i^iavir laboncusoment et courageusement, non [)as en nous divisant, non pas un à un, en tii'ant chacun (le son côté, mais en nous tenant tous par la main, el rentrer ainsi dans la grande route de l'ordre el de la vraie liberté.

») Et comme je ne veux pas être mal compris, je déclare sans détour que je n'entends pas parler ici d'une route qui ne pourrait être éclairée que par le fanal de telle ou telle dynastie, de telle ou telle constitution, mais rie la route que Dieu a tracée, indépendamment de toutes les formes politiques, lorsqu'il a posé les grandes lois de la société humaine, les grandes conditions de la nature sociale, ces lois, ces conditions que l'instinct de la France a si bien résumées par la triple formule : Religion, Famille, Propriété. » (1)

La Religion, la Famille, la Propriété, ces trois colonnes de l'édifice social étaient et allaient être, à cette époque, Jjrutalement attaquées. Elles allaient trouver de vaillants défenseurs. M. de Montalembert fut l'un des plus élo- ({uents, et il est permis de le dire, le noble comte eut, dans la Chambre démocratique, la même influence et les mêmes succès, qu'il avait eus à la Chambre aristocratique des Pairs. Dans les bureaux, dans les commissions où il fut souvent appelé il allait, avec une habileté égale à son ardeur, démasquer les projets dangereux de la Révolution, et nuiseler plus d'une fois le monstre qui, sous prétexte de liberté, voulait renverser toutes les libertés.

Le socialisme, tel est l'ennemi qu'il poursuit. 11 l'attaque, il le harcèle, jusque dans ses derniers retranchements.

La Presse n'avait cessé de le nourrir, l'Enseignement pervers de l'Université l'avait exalté outre mesure, le mépris de toute autorité en avait fait un instrument de ruine. M. de Montalembert devait tour à tour aborder

(1. Discours prononcé à licsaiiçon, le 2 seplenibre 1849.

— *2iil —

Imilo iL's (jiR'>tioii> : et , on los liaitaiil, rt'iii|iurl('r ses plus beaux et ses plus lécoiuls trioniplies oratinres.

Il était arrivé à TapoLiée de su l'orce. Toutes les (jualilés (ju'il avait rt>(ues de Dieu, il les avait t'ortiliées et développées par rexercice. Ses derniers discours le raiijjeaient délinitiveinent parmi les maîtres de la j^arole cl seul, avec M. l>eri-yer et M. Tliiers, il allait avoir le privilé'jie de se i'aire écouler toujoiu's par ses plus violents advei>saires.

C'est donc ici le lieu de noter h-s traits principaux de son éloquence.

M. de Monlalemhert monte à la tribune connue ou monte à Tassant : il a dit ini jour : «; .le ne suis pasà vrai dire un orateur : je n'en ai ni les «ioTHs ni les ({ualités ; je ne suis qu'un soldat qui morde à la tribune, comme à la brèche, pour planter un principe ou une vérité, eu présence de l'ennemi. »

Ne cherchez donc point dans ses discours les mille ruses, les mille adi-esses de la rhétorique. Le noble délenseur de l'Epjlise n'en lait ]>oinl usage. C'est pour lui un inutile bagafre et il le laisse aux artisans de période-et aux limeurs de phrases : K un vero Cam]noiu: (1 ).

C'est im véritiible combattant ; il va droit à l'ennemi ; sou éloquence est avant tout militante, pleine de provocations et de fougue. Il y a de la furia francefte dans ses paroles. (2) 11 tond sur son adversaire avec l'impétuosité «les anciens croisés ses ancêtres, il leur arrache le mas(|ue qui les couvre, les provoque, les renverse, les défie, les poursuit dans leuis dernieis retrancliements et fait crouler sur eux l'échafaudage de leurs .sophismes et alors, triomphant, il établit sur leui- ruine la vérité et il en étale, avec un juste orgueil, la merveilleuse beauti'-.

Tantôt s'adre.ssant à l'intolligenc»! de ses andili-ms. il .«e

(1) Farolc de Pif IX sur M. .le .M..i,iuleinl.nrl.

(2) Mme Swclchine.

laisse aller aux considérations les plus élevées et sa plirase alors laisse tomber de ses larges plis les pensées profondes, les aperçus ingénieux, les points de vue nouveaux avec une admirable fécondité.

Tantôt, s'adressant à leurs cœurs, il en fait vibrer les libres les plus intimes, et il réveille en eux tous les nobles sentiments de l'ûrae bumaine.

Si quelque interrupteur maladroit ou grossier élève tout à coup sa voix discordante et provocatrice,, il lui décoche un de ces traits acérés et pleins d'amertume qu'il tient toujours en réserve et le renver.se sous le poids (Tun lïoid dédain ; mais sa raillerie est toujours digne ; elle ne dégénère jamais en insultes et ne se perd point dans des longueurs ; c'est la foudre qui descend et qui remonte aussitôt.

Mais ce qui fait la force de M. de Montalembert, ce qui lui donne une place à part parmi les orateurs modernes, c'est cette conviction profonde, cette foi, disons le mot, qui palpite sous chacune de ses expressions, qui circule dans tous ses discours, et qui y répand à flots la chaleur et la vie ; c'est cet amour impétueux de la vérité qui, s'appuyant sur une indépendance indomptable, se traduit au dehors par une implacable franchise.

(( L'honune digne d'être écouté, disait Fénelon, est celui qui ne se sert de la parole que pour la pensée et de la pensée que pour la vérité et la vertu. »

(.(. M. de Montalembert, disait M"ie Svvetchine n'exprime jamais que ce qu'il pense et ce qu'il croit: c'est là le secret de son éloquence. » (i)

De là ce bonheur d'expressions qui ne l'abandonne jamais; de là cette énergie, cette simplicité qui relève tout ce qu'il dit; de là ces puissants et chaleureux mouvements qui remuent les âmes les plus indifférentes ; ces images grandioses qui fascinent les imaginations les plus froides ;

il) [.eltic fie .Mme Swetchincà la princesse WiUgenslein.

itMli' ;ii(l<Mii liii'ilanlo i|iii (tassidimi' litiis sos; ralï^dmiiiiH'ut.s et oiitraiiK* les iiilolli^cnces los plus rel>p|los.

1/ardeur (iiii aniino tous ses discniirs met en relief son action. I/action chez M. île Montalenibert, c'est ïîon éloquence qui se rellèle à l'extérieur. Chez lui le geste est sobre, mais facile, noble, digne, aristocratique.

Sa tète légèrement renversée donne à sa pose nu ton provocateur.

Un .«îourire perpétuel erre sur ses lèvres et devient tour à toiu" bienveillant, dédaigneux, railleur.

Dans ses yeux, qu'il a grands et mélancoliques, pa.s.senl s\iccessivement, en s'y traduisant avec énergie, les divers sentiment^ qu'il exprime.

Sa voix « d'un courant pur et d'une longue haleine, d'un timbre net et clair, d'un accent distinct et vibrant, inartjue avec une parfaite justesse les intonations généreuses ou ironiques de son discours. (I) »

Kn un ntot, sa voix, son geste, .son maintien, sou regard, dénote un véritable chevalier. K mt vcro cainpione. Ajoutons-le, la tiibune du haut de laciuelle il avait parlé depuis 18 W, comme celle sur laquelle il allait monter, était un véritable champ de bataille où l'on devait combattre plusieurs ennemis a la fois.

Pour nous en convaincre, il nous suflira de citer, en l'abrégeant, le portrait qu'en a tracé avec sa verve caustique le spii"itiii'l Timon (2), dans son fAvre des Orntrurs.

« Derrière lui ^^l'orateur;, le président agite sa sonnette... à se.s côtés l'huissier crie: Silence, Messieurs! f)evant lui, ses adversaires des centres de droite ou fie gauche frappent .sur leurs pupitres avec les couteaux de buis, trépignent sous les tables, causent, sifllenl, grognent, nnu'nnnent. s'exclament et l'interronqK'nt.

(1) .'^ainlc-llelIve.

iji M. <le (^irmeiiin.

— ^J.Vi —

On rruyoïiiit' à lioiil |unlant sa silhoufllo, dont (in lui laisse entrevoir le profil.

On contrefait son organe...

On répète en ricanant ses mots, dont on détourne le sens.

On l'interpelle pour le démonter au milieu d'un syllogisme.

On se raidit contre ses démonstrations et son éloquence... prédéterminé qu'on est à ne se laisser par lui ni toucher, ni convaincre.

On le menace du poing.

On lui riposte par des injures, s'il dit une bonne vérité; et ses amis ne le déconcertent pas moins en l'applaudissant... (i) »

C'est au milieu fie ce tumulte qu'il fallait parler, se défendre, attaquer. M. de ^lontalembert s'y était vite habitué ; bientôt, il sembla s'y complaire, et, dans la suite, les tempêtes déchaînées par les passions de ses adversaires ne firent que donner plus de force et de raj^idité aux ailes de son génie.

Dès son premier discours à la nouvelle Chambre, il monta à une hauteiu' qui captiva l'admiration de ses amis et de ses ennemis. Le noble comte voyait avec effroi bouillonner la lave révolutionnaire ; il la savait entretenue par les journaux et les brochures. Il saisit l'occasion de l'éteindre en soutenant un projet de loi destiné à limitei' la liberté de la presse. Ses adversaires étaient aux aguets ; ils savaient qu'il avait, au début de sa vie parlementaire, combattu les lois de Septembre. Plusieurs d'entre eux jouissaient d'avance du plaisir de le mettre en contradiction avec lui-même. Il les prévint et expliqua sa conduite avec une mâle franchise.

« Supposons un médecin appelé et consulté sur le régime d'un homme robuste, d'un homme qui se livre à (1) Il Lp Lhredi's Oroipurs, par Timon (M. de lloimoniii), i, 4, ••

ltui> l(> f\t'ivirL->. j tous II- li,i\;iii\ ilr 1;» \ic onliruiirr il osl liitMi |)('niii!> ;'i co iiiédoi in. on jniiOanl !<• l<nn|)L');iinent lie cet hoinnif, dr lui cons-eillor nn ivpimc snbpfnntiel, éner;;iqiie, slinuilant.

w Eh bien ! c'est ce que nous avons fait quand nousi voyiout;, quand nous t-tudiions le tenipéianienl de la France, il y a quin/o ans : nous l'avons crue alors robuste, capable de ré.«i.-ler au nl-jïinie de liberté absolue, qui existait alors. Mais ?i le même nu'deeiu est rappelé au bout de dix ans auprès du laènie sujet et t(u'il le fr<nive épuisé pai' ses propies excès , qu'il le trouve en proie à la fièvre, au délire, au frisson, est ce qu'il continuera à lui imposer le même régime? S'il lo faisait, ce ne serait |»lus un médecin, cf sprriit nn inseu'^é. n\\ ignorant ou un assassin.

;. Toute la question consiste donc ;i ^a\oir si la -nciiMé française <loil et peut être comparée à un malade.

» Selon moi, elle est profondément malade, j'allais dire mortellement malatle! Il faut la sauver. Messieurs, il faut la Siuiver à tout prix, et avec elle sauver la liberté... iSoxii'h'es à fjouclie.)

» Et comment sauver la liberté? Vax la limitant, car rexpérience est là, rex[>érience des dix-luiit mois par lesqiiels nous venons de passer, pour montrer que la liberté illimitée est l'ennemie de la libeité, qu'elle fait de ia suppression des journaux le remède natiuel et nécessaire, et qu'il n'y a jiresrpie pas de transition entre la liberté illimitée et la dictature.

n Oui. dans mon âme et conscience, la liberté illimitée serait la dictatuic demain. • (i)

Partant de lu. il mordre, en traits sanj^lants, les ravages qu'exeicent la pie<se démago^iste. Inqilornnt la pitié de l'Assemblée, il lui demande, avec ime éloquence émue, de réprimer les désordres fatals qui minent de jour

»1^ Ttisconr-i «\ir l;i liberO' flo \,\ presse, Inme Hl, p. 'JOI.

i'ij ,i<iiii' (!;iv;irila^<! la Sociél»'', el do ivirtlre ciiliu ;'i iiotir inalhûiu'cux pays la paix, le calme <A insécurité (\\^(• lui refusent ses éternels agitateurs. Le projet de loi fut volé, et quelques jovu^s après l'Assemblée se prorogea.

M. de Montalemhcrt lit un voyage en Bretagne, et un dans le Doubs. 11 fut accueilli partout avec les marques de la plus vive sympathie.

(( Vous êtes contents de moi, e jle sais, disait-il à ceux qui l'avaient élu, je le sens. L'accueil si cordial, si affectueux, et, je dois le dire, si tendre, que je reçois à chaque pas, devant chaque porte, à chaque hameau de votre contrée, me montre assez que je n'ai pas démérittà vos yeux. L'ardente et expressive sympathie que voume témoignez, ne m'inspire pas seulement une reconnaissance vx'aie, une aflection réciproque. J'y puiserai de plu.ce redoublement de force et de confiance dont j'ai lanl besoin pour continuer la lutte où vou.^ m'avez lancé, (i) »

Le noble comte tint parole, et nous rillnus assistera s.i plus belle journée oratoire.

(1) Discours irroiiaricr h Mairfir. '.iO août l!S4'.i.

CHAPITHi: WIV

Kxpôdition de lloiiie. — Lettre à Edgar Ney. — Mola pi'Ojjrii) du Pape. — Discours île M. Victor Hu^jo. — Rt-ponso de >r. 4ie .Montalenil)erf.

r.'Ér.i.isF EST tnt: MKnr;!

CejH'iulanl l'oxpi-diliuii romaino avait rtr coiiroiiiirf iriin plein succès, et le pape Pie JX était rentré dans s^ lapitale, précédé des baioineltes! françaises. L'allégresse était presque universelle en France, et l'assemblée s'associait à la Joie de tous, quand une lettre écrite par li.' Président de la République à M. Edgar Ney, son officier d'ordonnance à liome, et où il manifestait l'intention d'exiger du gouvernement romain certaines réformes et certaines institutions, Jeta de nouveau l'inquiétude dans les cœurs catholiques. Pie IX ne tarda point à la dj;-<siper • •n faisant connaître par lui-rnéme les libertés nouvelles qu'il allait octroyer à ses états. Ce fut sur ces entretaites que l'as-semblée fut saisie de la demande fl'un crédit relatif à l'expédition de liome. La Commission chargée rhi rapport sr- prononça énergiqucmtnl pour le mainlien de l'indépendance absolue du Miuvcrain Pontife et « .\L de Tocqueville, nunisti'e fies affaires étrangères, déclara, an nom du Gouvernement, «pi'il acceptait la lettre du Président, mais qu'il trouvait dans le moti' prnprio du Pape t<> germe de liherlés «suffisantes. » .Vpivs un très remar-

(ji;;thli- ilisiouis de M. ilf* la liosière. eu rav.'ia- du |ioii- 'oir loin^torol des papes, M. \ ictor ([u-io. rorateur fie la inoiitapjne, prit la parole.

Son discours « résumé bizarre de lieux euinnuius, de grossièretés et, d'injures, parés des ornements outrés et t:reux d'une imagination vagabonde », était tout entier dirigé contre la politique du gouvernement pontifical. Accueilli avec une froideur dédaigneuse par la majorité, il fut soutenu par les applaudissements, les cris approbateurs et frénétiques de la montagne Lorsqu'il fut terminé, les adeptes de la Révolution se précipitèrent pour féliciter l'orateur. On suspendit la séance, et M. Hugo sortit triomphant, suivi des bravos et des acclamations bruyantes de son parti.

« Mais, dit un témoin de cette scène, avant de quitter la salle, s'il a jeté un rogard sur la tribune ébranlée de ses coups de poing, il y a vu la ligure émue et grave de M. de Moutalembert .. et M. de Montalembert n'avait encore prononcé qu'une ]»brase que d*'^jà justice était faite... ■»

«, Messieurs, le discours que vous venez d'entendre a déjà reçu le châtiment qu'il méritait dans les applaudissements qui l'ont accueilli.

Adroite. Très bien! très bien! {Vives réclama lions à gauche.)

Un membre a gauche. Vous êtes un insolent!

Voix nombreuses a gauche, k l'ordre! à l'ordre! {Agitation bruyante.)

(1) M. LE Président (Dupin). Ce n'est pas parlementaire, M. de Montalembert.

(1) Après la prorogation de ] 849, le Moniteur substilua dans ses (^ompte-rendus la dosisinaliim' habiuielle lif ilonsieur à celle de ciloyal. Qiielt]ues inembrHS de a gyuclie rpclamèreni: ils ne furent pas écoulés. Le Président de l'Assemblée, -M. Dupin, mil fia à la discussion en cilanl ce vers :

Apppfnns-nous Messieurs, et soi/ons citoi/ens.'

(Note de ti\. de Montalembert.;

A GAic.iu.. .\oii> (iciiiaïuloiib le rappel a l'ordr»' !

M. LE pR^.:^Il)F.^■| . J'ai lait observer à roralcur que .mui •xpression n'était pas parlementaire.

A GAUCHK. Mai< cVst une in>oloni'e! A l'ordre! à l'ordre!

M. LV. PniiïillJEM. .lai dit à ruialeiii- ic rpir je devais lui dire.

Cnis.'A l'ordre! ri(,,ii(ll<\^

M. AnNAi'îMdé l'Ariéiie;. Pourquoi de telles pruvocacalions de la part d'un chrétien? Non.-; avons appl.iudi lus-si, nous!

M. DE MoNTALEMBFKT. \ ous u'ét<'> pas cluir^é de ma conscience de chrétien.

A GAi:ciiE. A l'ordre! à l'ordre!

M. LE pRi'.sinENr. s' Il dressant à In ijcncclw. C'est vousque je rappelle à l'ordre maintenant, car vous le troublez. .1 Voi'di'o.l II l'oi'di'i' ! — L'aifitatloit cM à son conihtr.) O n'est pas à vous de rap|)eler à l'ordi-e, c'est .'i moi !

A GAicHE. Eh l)ien! rappelez y iloui !

M. LE Président. J'ai adressé à M. de Monlalciiiln^il les paroles que j'ai cru dev(tir lui adresser.

A GALt.nE. i.esqiielles! lesquelles!

-M. LE Président. Si vou^ aviez gardi- le silence, vou< le."^ auriez entendues

M. de MontaUnnbert a maiiiteMuiil le dioit de s'expliquer; il a la parole.

VoLX à c.ArcilE. Eh l>ieii! nous éc(jidons.

.M. LE PnÉsiDEN'l . C'est loi! heiu'eux que vous vouliez bien V(>us xiuiordre .-ni lè^lemeiiL

A GAfc.ui: l'ourquoi bdérer des prcnocations?

M. LE Présidint. Vous venez d'en dire cenl t'ois plus que M. de Monlalemhert. (V'/'i'fî.s rumeurs à (lauclif.) .le ne céderai jani.'iis à la violence, rpulle qu'elle soit! Tri's bien !

Vni\ \(.\rt.)u.. N<tii- ne l.ii-^seioii< pa< parler I oiajcur.

M. 1,1: Pi!Ér>ii)KN'r. Est-ce que vous vous croyez les iiiaîti'cs ici? Osl-y-dire qu'il dépendra de vous, Messieurs, dVmpùcher la séance de continuer! Gardez le silence. I/oialcui' a la parole, vous ne l'avez pas! Il a la parole pour s'e\pli(iuer. {Ecoutez ! écoutez !)

M. N.VDAIT). .le |)rends l'engagement, de ne jamais insulter personne, mais je ne me laisserai pas insulter non ]»lus.

M. J.K J*i',ksidi:ni . Ajoutez-y rengagement de vous t.ure et d'observer le règlement. (Très bien ! ires bien l)

M. DK MoMALE.MUERT. Puisque le mot de châtiment \(His hlcsse. Messieurs, je le retire et j'y substitue celui (le réeonipeni>e. {Rires et approbation à droite. — Murmures à ijaucJie.)

.le dis donc que l'orateur a déjà recueilli pour récompense les applaudissements de l'extrême opposition, mais (|ue la majorité dont il a fait partie jusqu'aujourd'hui, ((ue les électeurs modérés de Paris qui, comme moi. Font nouuué.. . (interruption), qui l'ont nommé pour représenter le parti et les grantls intérêts de Tordre , que ces électeurs-là auront le droit de se demander si c'est ))0ur recueillii' de tels applaudissements qu'ils l'ont envoyé à cette trihune. (Exclamations à tjauche.)

M. A. TiioLKF/r et plusieurs autres '^nembres. Ces! une nouvelle injure.

M. Fl.\ndix. Il y a double injure, et contre l'orateur, et contre ceux qui l'ont applaudi !

M. Gréyy. L'oi'ateur a injurié une partie de l'Assemblée. iAgitatiou.) Monsieur le Président, vous ne devez pas toléi'er cela.

M. LE Président. L'expres.sion qui vous a blessés a été retirée. (^Exclamations nombreuses à gauche.)

f'N MEMBRE. Elle a été aggravée !

.M. (ÎRÉvv. Vous n'aui'iez p;is toléré f''l,i de l.i \k\\[ de la gauche*.

— t»r>ît —

\oi\ A uiiuiiK. Nous n'avez pas Ui |i;ul>I«'I A I ordre !

M. DE MoNïAi.KMBKRT. l/avenic lui ;:anle, à l'iionoiniblc préopinanl .. vous me poriucUre/ de lui dire cela... l'avenir lui garde un auli-e ehàtinient... {Xotivelfrs cclainations à gauche.)

M. LK PRKrfiitKNT. C'e.st li'op per.sunuel.

M. A. ïuoriiLT. .\I. Niclor lluLio u'e^l pas là! Atlende/. '|u'il y soit ! Vous attaquez un oral(^ur absent, cela n'es! pas digne de vous. {Vive cKjitalion.')

l'ii certain nombre de reprdscnlanls ilc la .uauriie .-«c lè\ciit 1 paraissent »p clisiioscr à quilier la salle. — Un grand liinmlle • laie.'

A nnoiTt. A l'ordi-e! à l'oidiel Assis 1 a.ssi.s 1

M. LI-: Prksidlnt, ù l'orateur, au milieu da bruit. \ <ms devez laisser M. Victor Hugo en dehors de votre discussion. Si c'est une atlaijue personnelle, je no la tolérerai pas!

M. DK MoNïALtMDKUï. .le n'altacjue pas ht personne de M Victor Hugo...

M. i.K PiiKsiUKNT. Répondez à ses raisonnetnents. mais n'attaquez pas sa peisonne. {Très bienl)

M. .\. 'J'houhet. a la bonne heure, c'e.st de la justice.

M. LK PHÉsiriENT, s'adressaiit à l'extrême (fauche. -Mais vous ne voulez pas même entendre ce qu'a dit h; président, à force de faire du bruit. Vous le lirez deniair. puisque vous ne voulez pas l'entendre aujourd'hui. Vous cédez trop à la violence, je vous le dis. (acclamations à '/auche.)

M. P.v.sCAr, I)ii'i\.\T. .If! demandr' la parole jiour un rappel au n'-glenient.

M. i.E PRÉisini-NT. Qu'est-ce que c'est que ce rappel au règlement?

M. I\\sr..\i, Dri'ji.vr. .}•■ vais vou^ U- dire ; j.j veux ma- . 11. .,«.,• ;, |-\.<..,,ibl.-.-.

(M. Pascal Dupral moii'e ;i la tribune et se présente à côte de M, do Jlonlalembort.)

A DROiTir). A l'ordre! ;i l'oidre ! Vous n'avez pas la

parole !

(M. le président invite M. Fiscal Dupral ;« descendre de la tribune. Après quelfjnes i)uroies échangées avec lui , M. Pascal Duprat quille la tribune )

M. LE Pkksident. Je répèle qu'où iia pas le droit de uie dire qite je devais rappeler à Torilre l'orateur, parce (jue c'est moi qui en suis jup,e.

M. Pascal Dupkat. Vous oubliez le règlement.

M. LE Président. A la première phrase de M. de Montalembert. je lui ai fait remarquer que celte phrase n'était pas parlementaire; il avait le droit de s'expliquer; il a retiré le mot qui vous avait blessés et l'a remplacé par un autre.

\ GAUCHE. Par tin antre plus blessanl!

M. LE Président. A .sa seconde phra?e, ([ui me .seiiil)lait trop personnelle, je lui ai dit : « llépondez aux raisonnements (le l'orateur, et ivalitKjue/ pas -^a personne. » (7'iv";.s hii'ii V]

.l'ai cru remplir eu cela mon devoir, cl quant à l'injonction de rappeler à Tordre, j'en suis juge sous ma responsabilité. {Humeurs à gauclic. — Vive approbation à droite.^

Je ne rappelle à l'oidre que les interiiipteurs violents. [Nouvelle interrupih'iiy

.le le répète, j'en suis seul juye. vous n'avez pas le droit de ine dictei- mon i\e\o\v. {Très bie)i\ tve.shieu\]

Ecoutez maintenant. M. de Montalembert a la parole.

M. DE MoNTALE.MHERT. On me demande de répondre à l'orateur; c'est mon désir, mion droit, mon devoir, et, en même temps, on me fait remarquer qu'il est absent et ijtie je ne dois pas parler do lui en son absence.

Il l'A (•i'|i('n(l;int lôcn dinii-ili' de -^iiivrc un discdiii'^

tussi passioniu'. aussi vèlu-mt'iil. aiit:si einpoité (lue colui |uc vou"< venez (l\MittMvln> (int^Hvoiwnls divers) sans ètro nécf?ssiiiivinonl enlraiiié, non pas à altaciuer la poi • sonno (le l'oraleur. rion n'est plus loin de ma pensée interruption), mais à lui adresser des interpellations Mixquelles on n'a pas le droit de m'opposer son absence. PLrsiEiHs MKMiiRF.s A r>R(MTK. Vous avez raison ; il devrait être là!

M. DK MoNTAi.i MiiEJiT. Je ue tiois pas (ju'un orateur

'luelconque ait le droit de laisser la Chambre sous le

Mip des paroles et des idées qu'il a énoncées devant

elle, et puis de s'éloij^ner, et de ne pas rester l.'i pour

écouter la réponse. f}fi)uvi'ment^ Hivers.)

\h\ reste. Messieurs, vous allez juj:er; pciniettez-nioi tlacliever ma pensée et vous jugerez ensuit»; si elle a t|uel(|ue clinsf d'injurieux el de trop personnel.

Voici ce que je voulais dire de l'avenir que j'aunou-ais a l'honniable pi-'opinanl. .le lui disais ([uuii joui', peutêtre, il irait lui-même à Rome, dans cc\Ui ville incouq)arable, il irait y chercher le repos, le câline, la paix, l;i difrnité dans la retraite, tons ces biens ([ui ont été assurés :'i cette ville éternelle, dejuiis laul de siècles, par ce même i^ouvernement clérical <pj il a insulté tout à l'heure à cette tribune. 11 ira peut-être clierchei un jour ces bienfaits; il les trouvera, et alors il béuira le ciel d'avoir inspiré aux nation- clirétienne~^ la [•en-'^ée de n.:iintenii' en tin rope un asile, un stînl. poni- des biens si l»récienx, :i l'abri de ci's orajiei, de ces calomnies, de tes mé<:onqjtes, de ces violences de la vie |i(iliti(|iie, où son inexpérience sendjie aujounriiui placer le boulHunsuprême des pi-uple^ et des individus. Kh bien! là il se repentira d'avir fait le discours qu'il vient de prononcer, et ce lepentir i-era son châtiment. .Te ne lui en souhaite pas «lautret [Rumeurs à fjrniche.

Il ^e repeutira ;il<ir< d'aM'ir l;iiiié l'iujine..

ir.

Voix a GArc.m;. J)oiiiiez-liii l'absolution!

M. ]>E MoNTALKMiiKiri . Il sc repentira aloi^^ (lavoir lancé l'injure, et ne me permettrez-vous pas de dire la calomnie? contre le chef vénéré de l'Eglise , contre l'oracle vivant de nos cœin's, de nos consciences et de nos àrnes. Oui, la calomnie. C'est calomnier la France ijue de lui prêter les instincts et les pensées dont il s'est fait l'organe à cette tribune? Et c'est surtout calomnier le pai)e que de le supposer capable d'entretenir un moment la pensée des supplices, des proscriptions, des rigueurs, des violences qu'il lui reproche. (Approbai'to}! à droite. — Il loueur s à gauche )

Où sont donc ces gibets, ces bourreaux, ces supplices (ju'il a essayé de nous montrer? Où ont-ils jamais existé dans la pensée de Pic IX, ou même sons ses prédéces- .■^eurs? {^Exclamations à gauche-)

-N'en, pas même sous ses prédécesseurs. Depuis trois siècles...

l'NE VOIX A gauchi;. 1 /histoire est là!

M. DE MoNTALEMHERT. Oui, l'iiistoire est là, et l'hisluire dit que depuis trois siècles il n'y a pas eu à Rome nu seul pape cruel, dur on tyramiiqae. Voilà ce que dit l'histoire.

M. Antony ÏHOiiiEï. L'histoire du père Loriquet! (1)

M. DE MoNTALi.MBERT. Yous le savoz bien, le pape par- <lonne toujours; il est obligé de pardonner. Vous l'avez dil, vous le comprenez, il doit toujoui's pardonner, et c'est pourquoi il est ol)ligé, dans cette amnistie que vous avez injurieusement qualifiée de proscription, non pas de dévoue)" tels ou tels individus, qu'il eu a exceptés, aux sup- |iiices, au.v l)ouri'eaux, aux prisons même, mais simplement de les tenir éloignés du domaine que vous venez lie reconqnéi'ir pou)' lui, olin qu'ils ne recommencent pas

I 11 Rccicur (lu Lulîége de St-Aehciil (près Amiens) et uiilcur (k> )ilusionrs abri'gtis de l'hisloire justciitsiil estimés.

.1 lui loiidif >oii m.)U\erneiaent iiiifiusiSible. Kl il le l'ait |»«r »ela seul qu'il ne pcnit pas les punir comme dauties puiîJsances j)euvent le luire, comme «»n le (ait. iiiènie en France. 11 est obli<ié d'avoir recours au sys^tème ]»réventil. parce que le système répressif lui est plus diflicile et plus impossible qu'à qui que ce soit. {Apjwobalion ù droite.)

Wnis parlez d'amnistie, et vous laites reposeï' loiite la «lisciission, du moins la partie la plus véliémeiite de la discussion, sur ce point, et vous oubliez, vous ([ui vous laites l'orateur du gouvernement et du président de la liépidîlique. vous oubliez tpie c'est un çilaive à deux, traniiants ; \(ius onbli(;z i[ue le gouvernement du jnésitienl le la Képid)li(pu'. d'accord avec l'immense majorité de < etle assemblée, a refusé l'amnistie (jue sollicitaient avec Uint d'in-^tance, pour d'autres coupables, les lionuaes qui vous applaudissent aujourd'bui. {Api^'ubaliu)! à droite.

l'.NK V(.»i\ A GALCMK. Ce u'est pas la même question.

M. UK MoNTAi.EMnERT. Vous parlez d'amnistie, et vous ■iiibliez ({ue Pie IX l'a déjà donnée. Quel a été donc le premier acte de son pontilicat? I/annnstie la plus complet»', la plus étendue, la plus universelle. Le lendemain lu jour où il a ceint la tiarf. il a donné cette anmistie, et il l'a donnée à qui? A des bonjmes qui sont tous, ou presque tous, devenus parjures; à des liommes qui avaient juré de ne |»as l'attaquer, qui avaient tous solennellement juré de respecter son pouvoir, tel ([u'ils le trouvaient en rentrant dans ses États, à des liommes qui ont communié le se< mains, en piètanl ce siTuienl. 'Snirrii'fs sur tiiinl- ■fiirs bmiv.'i de la ijauche.)

Oli ! je rends c^tUî justic*; aux démagogues, aux. révolutionnaii'es l'ran<-.iis ; ils peuvent approuvt»r ces parjures, mai'; ils ne le^ imiteraiiMil pas ; ils n'auraient jamais • ommi'- un acl(' aussi sacrilège. (Tri'f-hii'ti 1 Trcf^-

Voila, ce que le jtapc a t'ait, voilà la ivcornpen.so qu'il a reçue, et vous osez lui reprocher encore de n'avoir pas donné l'amnistie, quand c'est là la récompense qu'il a reçue pour la première amnistie qu'il a donnée.

.\ DROITE. Très-bien ! très-bien !

M. DE MoNTALEMBERT. Messieurs, Bossuet a parlé de je ue sais quoi d'achevé que le malheur ;ijoute à la vertu. Eh bien ! Pie IX a connu ce je ne sais quoi d'achevé ; il a connu le malheur, mais il a connu en outre ce qu'il y a de plus poignant, de plus cruel dans le malheur, l'ingratitude. Et cependant je ne l'en plains pas, je l'en honore^ j'oserai presque dire, je lui en porte envie. Ne fait pas des ingrats qui veut ; poui- faire des ingrats, il faut avoir l'ait du bien à ses semblables, il faut avoir tenté de grandes choses pour l'humanité. Il n'est pas donné à tout le monde de faire des ingrats. Heureux donc ceux qui fout des ingrats, mais malheur à ceux ({ui le sont, et malheur à ceux qui se font les organes et les orateurs de l'ingratitude ! (Vive approhatio)i à droite.^

Pie IX a trouvé l'ingratitude non-seulement à Rome, non- seulement en Italie, mais en Europe, mais ici! car c'est être souverainement ingrat envers le souverain Pontife que de méconnaître à ce point ses vertus et ses services. C'est être ingrat envers lui que de répondre à sa conduite et à sa vie par les vii'ulentes attaques du préopinant, et par des injures grossières dont la sévérité légitime d*' notre président a fait justice l'autre ji'ur, mais que le Moniteur garde pour l'instruction de la ]iostérité indignée. (Nouvelle approhation à droite.^

Eh bien ! à cette uigratitude, qui a trouvé ici, à cette tribune même, un piédestal si déplorable, qu'il me soi^ permis d'opposer ici le tribut solennel de mon admiration de ma reconnaissance et de m.on amour

A DROITE. Très-bien ! très-bien !

t'N MF.MPRE A G.xT'CdE. M se cmif en carême.

M l»h Mi>NrAl,i;Mi;KUT. l'u uidl fie nie ;ivaiil de (juiltoi ce lerrain, où il m'a t'té si (Idulnurt'ux et si iliii" de descendiv à la suite de rii»MU)ial)l»> pivopinant. N'ous l'avez entendu airecter, pendant tout le cours do son discours, de séparer le souverain Pontitc de ce ([u'il appelle son entourage. Eh bien ! Messieurs, je viens jnot ester contre cette ruse de nucrie, contre cette ruse de tribune. Non. Messieurs, de deux choses l'une : ou le pape l*ie IX sait ce qu'il veut et lai» ce (|u'il veut, et alors toutes les invectives que vous adressez au liouvernenient clérical et à son entoura«ie tombent sur lui ; ou bien, il ne sait pas ce qu'il veut, il est l'inslrumenl d'aulrui, et alors il n*: mérite aucun des élofies dérisoiies ((ue vous daignez encore accordera sa personne. (Iboisissez. ( Apfirohatiou Il droite. \

(.ielte distinction. Messieurs, est um,' bien vieille rubrique, une vieille rubrique révolulioinuiire (jue l'Iionorable M. Victor Hugo aurait dû trouver au-dessous de lui : elle est d'ancienne date. Savez-vous pour qui a rie inventée cette distinction (Mitre le rbel" de l'Ktat et son entourage? le vais vous le dire. C'est pour rinlortiuié Louis XVI. Uni, quand Louis XVI a comnn-ncé sa carrière de iélormateur connue Pie IX, il a été entouré des applaudissements de tous et salué pai" l'entliDUsiasme hypocril»* d'mi j^rand nnmbrc.

Un Mt.\ll;r.t; a rAcciii:. Il a liabi la l'iance 1 [Marques du répriihalioti à ilrode.)

M. hK Mo.NTALt.MliKirr. l'iiis on sesl mis à le séparer de son entourage, à le distinguer de sa lannlle, de ses serviteurs et amis, <.'l on a dit : Le roi est bon ; il a de bonnes intentions, mais ce qui est détestable, c'est ( e qui rentt»ure, ce qui le dirige, ce qui inspire son action et .sa pensée. Et après ({u'on a eu séparé, emprisonné et immolé ses serviteurs, ses uniis, on Ta pris, lui, seul, dépouillé, i^f'lé do tou>. tt on la jelé au bourreau sous le

nom (le Ijouis Ca|tel. l Vh'e adlicsion à droite. — Sensaiion in'olonxjée. )

Un membre a gauche. On a eu laisoii. ; /'/'yfejj-^t^'/off.s rivp.s et noiithreuses à droite.)

M. DE MoNTALEMBERT. Maintenant, si vous voulez me le |>ermeltre, je rentrerai dans l'examen de la question même. Elle embrasse trois faces, que la plupart des orateurs précédents ont mêlées comme à dessein : La souveraineté temporelle du Pape, la conduite de l'expédition à Rome, et la nature des institutions ou des libei'tés qu'il s'agit de garantir aujourd'hui à l'Etat romain. Je i-ompte laisser complètement de côté les deux premières ipiestious ([ue je vi(!ns d'iuditpier. .le les crois tranchées par des votes de l'assemblée. Oui. quant a la souverainelé li'iiiporelle du Papi' en soi. et quant à la coudnite d(> l'cxpéditiou. les \(i|.'s souverains de l'Assendilée législaliv<> ont pronoucV'.

Il n'y a pas do r(;L(.>urs contre ces arrêts souverains, si '■e n'est devant l'avenir. Dans le présent, je ne connais iilus qu'une question vraiment essentielle, celb- dn degré de lilterté que la France doit et peut réclamer, après avoiirétabli le Pape dans Home et sur son trône temporel, .ie veux la débattre, la préciser, ra])protondir autant que l'ossible.

I.e plus giaud iiond)re des orateurs qui se sont t'ait entendre ici, ont déclaré qu'on ne pouvait pas réclameipoui' les Etats romains ce que M. le luinistredes affaires étrangères (1) a appelé la grande liberté politique.

Je tâcherai d'examiner avec vous si, ce principe étant admis, on peut et on doit demander autre chose que ce qui est contenu dans le Mot a proprio du 112 septembre. Ce }fotu j)i'opi'io, remarquez-le bien, n'est qu'un progrannuc. C'est en quelque sorte, comme on vous l'a dit. je le nrois, la déclaration de St-Ouenqu'a faite Louis XVII J .

il) M. il.' Tocqvifville fiiô en 1805,. mort on 1859.)

— -JHT —

\.iiil tir (limii.'i- lit (iliMilo tlo I81i. ('."f^t tiii uclf (jiii "•nlonne les pi-iiu-ipos ol Il>s bases du i^onvei'juMiienl liiturdes Ktats romains. On vnn^^ V;\ dit. cl je ilciiciude l,i |iermission de le redire i»inir Inon li\or le puint de l;i discussion, cet acte assure quatre piincipales garanties : d'ahord la réforme de la législation eivile : ensuite la ré- Inrme des triluuiaux ; en troisième lieu , de grandes libertés provinciales et niuniii|»ales: libertés plus grandes, lomme a semblé le dire hier M. le président du conseil. (H t|ue celle que nous avi>ns. du même ipie nous aurons en Irance: lil)erlés si giandes ipic vous n'osi'/ pas. (|UMnl .1 présent, en faire jouii' la \ille de l'aris elle-même. ••' MHisuvez bien raisoiv. (/»/»•*• opprohatif à droilc/

Voilà poui' les IVanebises piuvinciales et coiimniii.des ; !'• Pape ne fait aucune exee|iti'tii.

Kn quatrième lieu, b- )f<ilii [irniirii) garanlil !a --l'cul.irisalion de l'administiatinn. eu ce sens ((u'il \\\ a pa- «xcbision lies ecclé,siastiipies, mais admission des laïques. Il est bon de dire d'abord que cette admission df"s laï({nes est déjà anjouidimi. sous le piuititicat di' IM(> IX, tellement généitde, que. d après unf slatisli(|M<' ollicielle de tous b's emplois de l'Ktat [tontilical. (pii a oVc publi<''e dernièrement à Naj)les. d'après la slatisli"|ue oflicielle de Ions les «Mnjilois et cbai'ges dans l'ordre |>iditique, judi-

liro et administratif, et des traitements qui leur sont respectivement assignés en iSiS. il y :i en lout lt»(> e( rle- <iastiques seulement et ."i.OÔl» laïque-. \ Oilà qui'llr e-i \;\ proportion actuelle.

In MKMimK ItF l..\ «■.(•MNMSSION. Il V »'n A'I'i'-'^.

M. DF. MoNT.M.K.Ml-.l'.ltr. Oui : mai- ce iiondire conqucml ni aumôniers des prisons.

Nbiinti'uanl. il ne peut entrer dans |,i pensée de per- «innc. ce me semble, de vuidoii- excbnv les ecclé^ia^liques do |ielil nornbre de jilaces énnnentes i^u'ils reni- •1^ M. OHiln:, i!,,iiMi.

plissent aujomdhui; jf dis ôiuiiieiile.s, parce que !<• Souverain étant lui-même ecclésiastique... à moin.s (juc vous ne vouliez peut-être que le Pape soit un laïque (i-lres npprobalifs à droite), il faut nécessairement qu'il ait autour de lui, comme principaux ministres de sa souveraineté, des ecclésiastiques comme lui ; et vous allez le comprendre. Prétendre imposer au Pape l'obligation d'exclure les ecclésiastiques des principaux offices de ses Etats, ce serait comme si vous imposiez à l'empereur de Russie, souverain essentiellement uiilitaire, l'oblig-ation de gouverner uniquement par des avocats, i Rires approhatifs à droite.^

Au lieu de cela, que fait l'euipereur de Russie? Il place sans cesse à la tête de ses ministères et de ses principales administrations des militaires comme lui, et il a eu longteiiqjs pour ministre des finances un général d'infanterie, et ses finances ne s'en sont pas plus mal portées, au contraire. {Exclamations et rires.)

Une voix a gauche. Il n'avait pas le titre de général. M, DE MoNTALEMBERT. Si, c'était le général Cancrine. Remarquez d'ailleurs que le Motu proprio se prête à tous les développements, à toutes les applications des principes, des concessions, des libertés qui y sont contenues, comme l'a dit M. le ministre des affaires étrangères, en germe. Je suis tout à fait d'accord avec lui pour désirer que le Gouvernement français insiste sur l'exactitude et l'intégrité de ces applications.

J'insisterais connue lui, dans le double intérêt tCabuid <ie la dignité de notre politique à l'extérieur, et ensuite dans l'intérêt môme de la sécurité du pouvoir temporel du Pape. Là-dessus, nous sommes parfaitement d'accord. A DROITE. Très-bien î très-bien !

M. DE MoNT.ALEMBERT. Mais vcut OU pius, veut-on des mstitutions, des libertés politiques, dont aucune mention n'est faiic dans lo \l(A(( /^/vi/'cn^ ■.' S'il en est ainsi, je

crois qu un sf Iroiiij»»^ el qu'on i oui I risquo d»j se briser sur un écueil, parce que ces libeiU'^-^ sont incompatibles avec la ualure mémo des clioses.

Je voudrais d'abord bien établir pounjuoi et eu quoi certaines libertés sont incompatibles avec la souveraineté temporelle du Pape. Ce n'est pas la liberté en soi qui esl incompatible avec cette souveraineté. Elle a existé partout pendant le moyen àf>e. Alors des libellés très-considérables, locales individuelles et «lénérales ont coexisté dans les Etats romains avec la souveraineté teinpijrelle des papes, connue elles coexisf;iienl dans d'autres jiays avec la souveraineté des rois.

Mais qu'est-il arrivé dans ci-s deniieis lenips ? C'est que la démocratie moderne a établi une synonymie à peu près complète entre la libellé et la souveraineté du peuple. (^rtes, cette synonymie n'est pas au tond des choses, c;iiil y a une très-;,;rande liberté en Angleterre, où il n'y ;i pas de souveraineté du peuple; il y a eu une giande liberté politique en France sou> la liestauralion. alois i|îii' U' princijte de la .^ouverainté du peuple n'était p;is procl;'mé. C'e-l ce principe de la souveraineté du |)euple,iomnic le général Cavaignac l'a pailaiternent établi à cette Iribime. (|ui est absolument incompatible avec la souveraineté temporelle du Pap('; (•[ c'est parce que l on confond toujours l;i liberté avec la souveraineté du peuple, qu'on est amené à dire et. à prouver que certaines libeités, généralement réclamées, sont incompatibles avet: la souveraineté du Pape. {Approbation à droitu.)

J'irai même plus loin, et jeciirai presque que la souxeraineté du peuple elle-même, à u;i certain «legré, ne serait peut-être pas incompatible avec la domination temporelle du Pape; mais il laudrait pour cela que celte souveraineté con.senlit à .'^'efTacer, à rester «lans le vague, à fixer seulement l'origine du pouvoir, connue cela s'(,'.-<t fait en

IJe|gif)ii<". foriiMir I cil -i-l l-iit in \iii(''! Kpie. lo|"Squr' l<x

Mtals-Liiiti .^e .sont cunstiliiés. AJai.s le ii'e^l pas là <•»• «lirentendent le? politiques el les démocrates de notr*temps.

Ils eiiteiidenl par la souxciaiiiclé du peuple, non pas le droit qira un peuple de créer sou gouvernement et d^ fonder ses institutions, inais le droit de les changer comme il renteud, île tout renverser, de tout remettre en question, tous les jours, sans prétexte, sans cause, sans provocation même, uniquement au i.',ré de sa volonté'. Voilà ce qui est absolument incompatil)le avec la notion catholique de rautorilé ; et voilà cependant ce qu'on entend aujourd'liui par la souveraineté du peuple ; voilà cr que les Pxomains, notamment, ont entendu par la souveraineté du peuple. (Vives récla mations à gatiche.

S'ils avaient voulu se contenter de la liberté modérée. ils auraient aujourd'hui et les deux Chambres ei la garde civique, et la liberté de la presse, et toutes les libertés qu'avait données Pie IX. Ils n'en ont pas pas voulu ; ils ont préféré aux concessions de Pie IX les excitations flr je ne sais quels démagogues titrés o\i non titrés ; ils ont préféré la révolution à la liberté, et maintenant ils portent la peine du choix qu'ils ont fait : ils perdent la liberté politique pour avoir voulu la confondre avec l'exercice arbitraire, inique de la souveraineté du jieuple. (Très-bien.)

.Te veux éviter, autant que possible, toutes les question^ vagues, je veux avant tout sortir du vague ; c'est le pn.'mier besoin de la question .

Les grandes libertés politiques des nations modernes consistent surtitut, comme l'a dit M. de Tocqueville, dans trois choses : la garde nationale, la liliorté de la presse et la liberté de la tribune, ou pour mieux dire la souveraineté de la tribune, car partout où la tribmie est libre, elle l'st souveraine. On nous reproche donc d'écarter, à Fiome. In liberté de la tribune, la garde civique et la liberté de la presse.

ijuaiil a »••' qui litinlie la lilierU- ilc la |^^e>^t^ je ne lis pas lie nH'ilIcur moyen tic répondre à l'objection iiudn tait à ce sMJ»^'t <(Mc de citci" le mot iliin liommc d'Ktatanj;lais en 18! i, au C.oniirès. où Ton discutait sur lo« in«:tit»ilions. sur la constitution ijU(? l'on donnerait à l'ile de Malte, qui était une nouvelle acquisition de l'Angleterre. Oet li(imiiic d'Ktat déclara que l'Aniileterrc ne ilonnerait pas à l'ile de Malle la lilterlé de l;t presse, '.ommentl lui dil-<>n, V(Uis An;jlais. qui avez la lilieité illimité)» riiez vous, vou-- naimez donc pas la liberté de la pres-^e?

Si fait, réponilit-il. je l aime JxMuojup; mais je ne l'aime pas .sur un vaisseau «le lijrne. Eh bien! si un .\n«ilais pouvait comparer l'ile de Malte à un vaisseau de liîrne, à plus foi1e raison le monde catholique a-t il le droit <le conqiaier la ville de liome à un vaisseau de liOTe et d'y maintenir une certaine discipline incompatible avec la liberté de la ]»resse. (Jiirrs iro)ii(iui's h

Mais, nous dit-on, nous ne demandons rien de loiil

'la: nous ne demandons aucune de ces grandes

t difficiles libertés que vous venez «le citer; nou^

lie ilemaiidons qu'une seule chose qui se trouve dans

I aiMiexe d'une de^ dépêches que le (^ouv<MTiemen1

lues à la tribune hier.

(lette chose, c'est h; sullra^i? delihératit en matièie d'impoLs accordé à la (joiisnlte ipiï est créée jiar le Moti' Ijroprio.

Kh bien! .Messietns. je conçois pailaitenient ipie le CfOiivernement ait demandé cette condition, mais j'ap.pronve très forl qu'il n'en ait pa< fait l'objet d'un xUiinn- /»///», et voici pourquoi : c'est que cette chose, si petite en apparence, e«jt 'presse conmie le monde; elle reiderme en soi Inns les principes de la souveraineté parlernetdaire. hntiner le -ntViajc débliéiatif eu Mialièie d'impôt'^ à une

Assemblée, c'est conslitiier en sa tk\eur le partage de la souveraineté; ce n'est pas autrement que les parlements d'Angleterre et do l'Vau'^e sont devenus souverains.

Kn effet, lisez l'histoire d'Angleterre, et voyez comment la cliarnbre des (lominiines est parvenue successivement à dominer la Couronne et la Chambre des pairs; c'est uniquement paice qu'elle a été investie du vote des subsides et de la facnhé souveraine de refuser le budget.

Mais, en Fiance, cioyez-vous que quand Louis XVI 11 donnait la Charte do 1814, il avait l'intention de créer la souveraineté parlementaire? Quant à moi, je n'en sais rien; mais Je ne le suppose pas. Comment donc a-t-il été amené à reconnaître cette souveraineté parlementaire ? Parce qu'il a accordé, entr-e autres choses, dans sa Charte, le vote souverain de l'impôt, et cette puissance délibérative en matière de finances réclamée pour la Consulte de Rome. Pas autre chose. Ce n'est pas la composition des Chambres qui a fait leur souveraineté, ce n'est pas même le suffrage électoral dont l'une d'elles émanait, c'est cette faculté d'accorder ou de refuser les finances au roi. En effet, voyez ce qui est arrivé la p)'emière fois que le roi a voulu user du droit que la Charte de 1814 lui assurait, du droit de faire la paix ou la guerre, la guerre d'Espagne en '182i}; comment s'y est-il pris? Est-ce qu'il a pu la faire comme il l'entendait? Pas le moins du monde; il a été obligé de venir demander aux Chambres, à la Chambre des députés, l'argent nécessaire pour faire la guerre, et c'est la Chambre des députés ({ui a décidé, en donnant ou en refusant des millions, ([u'il y aurait la guerre ou qu'il y aiu'aif la paix. A partir de ce jour-là, et dès avant la Charte de 1830, la souveraineté parlementaire a été créée en France.

Il en serait do même à Rome, il en serait de même si la Consulle ou nue assemblée quelconque était investie du sulfra;^!' d<''lilit''i;(lil'('n nuitiric <le finances, i fh'nils en

,is «/mv.'.s. ! Mai- V(i\i>/. Mi'ssit'iir-, «r cjiii aiiivi'iail. I (Uilrs los foi?; ((iu> dans cette asseinhlt'c Sf iiuniilcsterail un esprit liostilo à la direction donnée \yAv le Sainl-Pèrc. même anx alVaires de l'Kjilise, savez-vons ce qni arriverait ? On lui réinsérait les subsides, ou on le menacerait de ce refus; on menacerait du refus do budget un Pape ({ui ne voudrait pas suivre telle ou telle voie dans le Gouvernement général de l'Eglise, exclure, par exemple, telle ou telle congrégation; vous verriez venir à la tribune de rassemblée romaine tel orateur qui, s'inspirant des idées expiimées il n'y a pas longtemps à celleci par l'honorable M. Pierre Leroux (1), viendrait prouver l'incompatibilité de telle ou telle congrégation religieuse, de la r.om|)agnie des Jésuites, par exemple, avec le piogrès moderne, en accompagnant son aigumentation du huculus et du cailrivcr, et de tout le cortège habituel... ioii /•/"(;. et puis joindii- à sa pi'oposifion la menace du refus du })udget.

Quel remède aurait Ir clidde l'Eglise, el ([uol remède trouverait le monde catlioli(pic tout entier dans une position si délicate et si diflicile? (Comprenez bien, Messieurs, ipie si on voyait à coté du Pape une chambre législative investie de cette grande prérogative, les catholiques du monde entier ne sauiaient plus à quoi s'en tenir. Leur position deviendrait, sous certains rapports, plus délicate, plus diflicile. plus |iénible, que si le Pape était captif d'une .;utre puissance, ou même sujet, ouvertement sujet fie la République romaine. Alors, au moins, les catholiques sauraient à qui ils ont afl'aire.

.Mais avec ime Chambre investi(! du suflVage délibératif 1 coté de loi. on serait toujoin's dans le doute: la soiive-

(1) M. l'ierre LitijUX til pailie de l<i (^.jnslituanie el de I'.Vjsrih tilf^e lofjisliilivo. Il s'y disliiigiia par son cxcenU icilr' pi Io peu de ■larir de ses doclrines ot y liil l'iiii (lc< principaiiv s(nili"n': du ocialisine.

iJiiuL'lc' serait [taitiiLiée, cllt.- serait par (■(jiist'H|iient aiiéaiilie. l.c Pape serait ji(»ininaleinent le chef, mais réelleiiiont le sujet; il serait condamné à faire la vnlont(d'aulriii au nom de sa propre volonté; ce serait pour lui, comme pour nous, la position la plus fausse, la plus équivoque, la plus terrible : la raison, la conscience et la bonne politique nous invitent également à l'éviter. {Très bieal très bien])

Un membre. Et la monarchie représentative...

M. DE Mi-NTÂLEMBERT. Dans la monarchie représenta live, l'honorable interrupteur le sait aussi bien que moi. le roi n'est au fond que ce que je viens de dire tout à l'heure : il n'est que le chef nominal, il n'est pas le chef réel de la politique; ceci a été consacré en 1830. (Approhnfion à droite.)

Eh bien! voilà l'état ({ue nous ne pouvons [tas admettre jMjur Rome, et qu'aucun esprit, vraiment politique, w saurait infliger, je ne dis pas seulement au souverain Pontife, mais au monde catholique; car alors, en allant rétablir le Pape dans sa souveraineté, vous auriez man- (|ué complètement votre but; cette souveraineté, vous l'auriez divisée, partagée, anéantie, et, tôt ou tard, voul'auriez condamnée à subir le sort du patriarche de C-onstantinople, c'est-à-dire à perdre son indépendance, son autorité et sa dignité dans je ne sais quel dédale rie factions et de partis politiques, dont sa souveraineté réelle et etTective peut seul le préserver. C'est 10 qui est arrivé au patriarche de Byzance. (Approliiilinv à droite.)

Maintenant, qu'avez-vous été rétablir à ilomeV O n'est pas un souverain, comme par exemple le grand-duc de Toscane, car vous n'avez pas été rétablir le grand-duc de Toscane quand il a été détrôné î

tle n'est pas non plus ! comme Ta dit l'honorable gêné-

imI ( '.a\aii;n.t«-. ce ni^l jui- mi Inniiiiir iiiliiiiiiu'lil irs- |.«'ct;tl)U'...

.V KvlT.iiK. Ah ! ail I Jiiiul.)

M. DE MoNTALKMi'.KrtT. Orles. If ['■.\\H' fsl à la luis lin M)ii\>.rain tl im hoinnie inliiiiiiu'iil respeclahle; mais je dis que ce ne>{ ni le souverain ni l'hounne inli ni ment respectable que vous avez été rétablir : c'est le Pape, le pontife, le chef spirituel des consciences catholiques que nous avons été rétablir. Eh bien ! maintenant , quel est votre intérêt après la grande œuvre que vous avez entreprise et accomplie? c'est de rétablir et de maintenir ce Pape dans la i lénitude de son autorité morale sur les consciences catholiques que vous avez voulu servir et atlranchir du plus }T|-and des dan2:ei's. Mai>^, sachez-le bien, cette autol'ité morale peut élre plus ou moins entière.

Je touche ici un sujet infiniment délicat. Si le Paprfaisait les concessions (jue demandent riionoraMc M. Victor Hutio et jtlusieurs auties membres de <otte .Vssemblée...

Mon Dieu! je ne vitudiais tien dire qui put porte)atteinte le moins du monde au respect que je lui dois, à l'autorité infaillible qu'il a sur toutes les consciences catholiques; mais je suis obligé de le (h'clarer, il ne jouirai! peut-être plus de cette grande et si juste popularité donl 'il a été investi par les acclamations unanimes de toutes les nations catholiques du moment où il est monté sur le Irùne apostolique.

Je ne parle pas de ces acclamations h\|)iicriles (pii n'ont été pour Pie IX que le signal de la ])erlidie el de l,i conspiration; je parle de cet enthousiasme sincère. universel, donl le monde iatholif|ue. hors de l'Italie, hors de l'orne, l'a salué et entouré. Si on voyait Pie l.\ profiter si peu de l'expérience douloiir<Mise qu'il a I lite. et vouloir recomriiencer à courir les risque^, le.s dangers

— -JT») —

lii' l;i sitiialioii où il s'est {\r\i\ li-duv*': si mi le vovait r(''hiltlir. lion pas rariiH" la lil»erté do la pfossf, non pas tjièinf} la i^afde civii[uo, niais <:pulemenl ce pouvoir parlementaire que le Motu. proprio refuse, je dis humblement, sincèrement, que la confiance, la profonde et lilialo conliance ({uo nous avons on lui serait, alarmée: je ne dis pas ébranlée, mais alarmée. {Mouvement.)

Permettez, je le disais tout à l'heure, qu'est-ce qui fait donc l'empire du Pape? Je ne veux pas parler, comprenez-moi bien, de l'aulorité dogmatique, infaillible, qui lui resterait toujours; je parle de l'autorité personnelle du Pape actuel, de la populirité du Pape du mom.ent. Cotte autnrité-là serait ébranlée dans l'opinion des catholiques si on le voyait, après la grande et glorieuse épreuve qu'il a faite (etque je le féliciterai toute ma vie d'avoir entreprise), si on le voyait recommencer cette carrière pleine de périls pour lui, pour rFglise, pour la charge dont il n'est, après tout, comme il le dit lui-même chaque jour, que le dépositaire. {Assentiment à droite.) Et il faut bien, après tout, puisqu'on lui recommande tant de tenir compte de l'opinion [lublique, qu'il compte pour quelque chose Celle des catholiques.

Maintenant, si, comme je le crois, il est établi que le suffrage délibératif accordé à la Consulte esl identique avec le gouvernement parlementaire, je dis que le souverain Pontife et ceux qui défendent sa politique ici ont le droit d'opposer u la création, ou plutôt au rétablissement du pouvoir parlementaire dans l'Etat romain, difféi^ents ordres d'objections que je vais rapidement parcourir devant vous. Ils ont d'abord le droit d'examiner quels sont ceux qui demandent ces institutions. Je parle des institutions parlementaires, de ce qu'on appelait tout à l'heure la monarchie représentative.

Or, il y a deux espèces d'hommes qui demandent ces institutions: les premiers sont ceux qui les ont détruites

Il l'i'ani»'; »<• «n\\ i-imiv c|iii -^'aiiiit'lli'i»! l<'< iv|iiilirnMiiiv .1.- la w'iWr.

«loiiiiiieiil '|)«Mi\»'iit-ils (ItMiiaïulfi l'ii lUilit' ilc-^ iiislitiitioiis qu'ils «Mil (l»''liiiiU^'~ l'ii Kiaint'/ ////v il\is>it')itiii>riil ') droite.

Savoz-vous |Miiutiiioi ils le toiit'/.reu trouve l'explication dans un passage du journal le National, qui porte la date ilu \'2. si'plombro l)^i!), la nn^nu^ date que le Mnfn jii'opi'io.

I'nk V(Ux. La coneordance de date est curieuse.

M. DK MoNTALEMiiF.RT. Voici ce que dit ce journal :

«( Quoi que lasse Pie IX, le peuple romain n'acceptera l»as fi*anchement les libertés nouvelles (jui lui seront données; il ne s'en servira que pour renverser le prince lui aura cru pouvoir les lui accorder et pour se débarrasser de son autorité. (,4// 1 nh ! — Ililnritr praloHtit'-r à droite.)

IJN MEMnRE. Va pour le Mnt ii p,'oprii> {\\i Salional.

M. KK Moni.\i,kmi!Ki;t. Je trouve les lioninio- (|ui parlent ce laufiage trés-lo5ii((ues. .le ne dirai même pas qu'ils sont inconq)étents dans la matière. Au contraire, je les trouve très c<impét«^iits. [Snnvelle hilarité.) Seulement, je déclare q\ie leur opinion, ainsi uiauifestée, prouve contre leurs réclamations, et qu'il laiulrait que \*' Pape et ses conseillers tussent bien aveufiles pour ne l»as être éclairés par des aveux aussi francs el aussi lofjiques.

Voilà pour la pi'emière classe de ceux (|ui demaudoiil le ;:ouvernement représentatif en Italie.

Maintenant, il y en a une autre; et ceux-là sortent de la nombreuse classe d'bommes qui ont, non pas renversé le gouvernement parlemcntain' en France, mais (jui l'ont, au contraire, aimé, servi, pratiqué. Je suis de ce nombre. J'ai beaucoup aimé le «gouvernement représentatif : j'ai fait plus que l'aimer, beaucoup plus : j'y ai

r-ni. .l'ai i-ni de lioime loi, ol mémo, si vous voulez qnr je vous l'avouo. j'y tiois encoro... (/??/Vs proloniié-^ à (laitche.)

Plusieurs voix. Très bien 1 très bien ! {Rumeurs à gauche.)

M. DE MoNTALEMBERT. Je crois qiveii Ihéoric. et vu l'imperfection humaine, c'est le meilleur des gouvernements (Murmures.)

Mais vous m'avez enseigné une pratique touto différente de la théorie (on rit), et, après avoir vu que ce gouvernement, conduit, dirigé comme il Tétait de part et d'autre, dans le pouvoir et dans l'opposition, par les bommes éminenls que je vois devant moi, M. Barrot, M, Thiers, M. Dufaure, M. Mole et tant d'autres; après avoir vu que ce gouvernement, ainsi conduit, ainsi dirigé, avec toutes les coniiitions possibles de prospérité, de succès et de durée, a Uni, comme vous l'avez vu, par une sur|)rise qui l'a renversé net, de fond en comble, en un jour... (Vives réclamations à gavche.)

A DROITE. Très bien ! très bien ! — C'est très \ i-ai ! {Agitation.)

Un memrre, au rniMeu du hruit. Par un escamotage 1

M. DE MoNTALEMRERT. Je dis qu'après avoir vu ce grand et puissant gouvernement constitutionnel se terminer en Franco par... vous ne voulez pas que je l'appelle une surprise... par une révolution qui l'a renversé... ■ Bruit à gauche.)

A DROITE, Allez! niiez! Très bien!

M. DE MoNTALEMBERT, Après l'avoir vu finir de la sorte, je suis bien obligé de me dire à moi-même que là n'est pas la perfection eu fait do politique, et je conçois, par conséquent, que le Pape ou tout autre souverain, à qui j'aurais été tenté moi-même, en 1846 ou 1847, de conseiller le gnuverueinonl représentatif, nous réponde aujourd'hui : <■ .\vant de le conseiller aux autres, voih

— -JT!» —

iiiinv. bien »lù ivu.-sir ;i If ;:;ir»lor \oiiy-iii(Min's. .. ilîirfs ilinHirsioti II th'oito.^

rNt \«>i\ A GAUCllK. Kl l;i iiiuiiaichic ;il)siilut>. l'avc/.- \ijiis su "urder?

M. r>E MoNT.M.KMiii'.KT. Noii, rar jf n'y ai jamais riii : |f nt* l'ai jaiuais d^fendiie iiiillc pari.

\ nila pour li>s personne-^ (pii ivi 'jinuianilcnl le ^oii- '.t'rnt'jnpnt coustitutiouncl au l'ape cl leurs deux ralt'uorics.

Mais j'ajoute (pril y a imc aulre ohjnclioii, pliis puissante encore, tirée «les expérieurcs qu'on a laites de ce ;.Mniverneinent constitutionnel eu Italie.

Il y a encore un pays cpii possède un you\eiiienieul constitutionnel en Italie, c'est le Piémont. Quel usa^e y a-t-on lait du gouvernement lepréseutatit et de la souvel'aineté parlementaire? Je vous piie do réllérlii»' à (eci. et d'y répondre, si vous le voulez.

Oui, il est venu un moment où le roi de Sardaigne .1 donné à son peuple le 'gouvernement constitutionnel qu'on veut aujourd'hui contraindre le l'ape à accepter. Eh hien I (jud usaiie la majorité d.- la chambre piémontaise i-l-elle lait de ce nouveau pouvoir?

Elle a d'abord, comme vous le savez, précipité le roi Charles-Albert dans la dénonciation de rarniislice avec les Auliichiens et dans la catastrophe de Xovare. Et |)uis. comment a-l-elle supporté ce malheur? Vous souvenezvous du tableau qu'a tait, à cette tribune même, notre honorable collègue M. Diouyn de Lhuis, à l'Assemblée ' oiislituaute qui était quelquefois plus tolérante que vous. Messieurs? iApprohation à droite.)

Vous sou'cnez-vous du tableau qu'il a tracé de cette 'pposition piémontaise qui, lorsque les Autrichiens lailient mine d'entrer par une des portes de Turin, comme p.ir cette porte-là, s'en allait par celle-ci? ( ]fiiitvenirnt

Vous .souvenez-vous de ce tal)leau? l'uiu' moi, il est l'esté gravé dans ina méuioiie.

M. Bixio. ]l n'a pas (lit cela! (liéclamalluns et moul'emenh dicers.)

M. Dii MoNTALEMBiiRT. Mais (lès que reuneini s'est retiré, l'opposition est rentrée })ar sa porte. Et qu'a-t-elle tait depuis qu'elle est rentrée, car c'est elle qui est devenue majorité? Elle rend le gouvernement impossible en Piémont, de l'aveu de tout le monde, de l'aveu des amis sincères et dévonés de la liberté italienne, de la liberté constitutionnelle en Italie. Elle répond par des bravades aux Autricliiens qui sont loin . et au p,oiivernement qui est sous sa main elle rend le pouvoir impossible. Elle complique les diflicultés, crée mille embarras, et rend insupportable le fardeau du yonvernement aux hommes généreux et dévoués qui en sont chargés, à la ilynastie nationale et patriotique, ({ui est la seule gaiantic de l'indépendance de ce pays. (.1/)l)robation.)

Voilà les conséquences (jue doime la jiralique du seu| gouvernement constitutionnel d'Italie. Voilà les encouragements qu'il donne à Pie IX. .l'oublie même que ces grands hommes d'Etat sont occupés depuis quelque temps à tourmenter, à vexer les évêques et l'Eglise ellemême, en Piémont. (Exclamations et rires ironiques à (fauche.)

Voulez-vous que Pie IX. le chef des évêques, ne s'in- ([uiète pas de la manière dont ils sont traités par la chambre piémontaise? Croyez-vous qu'il n'ait pas l'o'il ouvert sur toutes ces choses? Croyez-vous que ce soit uu encouragement pour lui que de voir la manière dont 1 assemblée délibérante et parlementaire du Piémont traite et dirige les atlaires ecclésiastiques do ce pays, là, à sa poi'le? Crovez-vous que ce soit uu argument en faveiu' du Lîouvernouieut coiistiiutinuucl ,'i Rome?

— tiXl —

Kt io|jeiul;int les IMéiiioulais u'oiiL pas allaiiv à un .itu\ ornement rlérical: le j^ouvernement appartient à des laïtjues. à des lioinines qui sont, à co (jifon prélcMil, les plus indépendants, les plus éclairés et les plus lil)érau\ d<> l'Italie actuelle. Eli bien! ils leur rendent, je le répèle, le '^'ouvernenient impossible: ils lonl douter les amis d*la liberté it;ilienne de la i)Ossil»ililé d'avoir un i^ouvernement parlementaire dans ce pays. (Très bieu '.)

Mais il y a une autre expérience; c'est celle qu*;i t-iile Pie IX lui-rnème.

Est-ce qu'il n'a pas donné à son pays, conum' je le dirais tout à l'heure, tontes les libertés qu'on réclame, et plus encore? Il a donné la liberté de la presse; il a donné la ^rde civique. 11 a donné les deux. Chambres, le Statut constitutionnel. Eh bien! quel en a été le résultat pour lui? I,a presse l'a renversé moralement avant ({u'il l'ut lenversé de fait. La garde civique l'a assiégé dans son jtalais du Ouirinal. Et les deux chambres sont restées muettes et inq)assibles quand son ministre a été assassiné (i); et c'est le chef du parti constitutionnel de ce temps-là. Mamiani. qui s'est constitué le successeur du nnnistre assîissiné et le geôlier du Saint-Père.

Voilà l'expérience qu'a faite le Pape du gouvernemen ■ oiistitidionnel. (Humetirs à (jauclir.. — Apjrrnbathni n dnnte. )

Ix's uns disent (pie le Pape a changé; les autres di- I. lient volontiers ([u'il s'est trompé. Je ne crois ni l'un ni l'autre. Non, Pie IX n'a ni cli;ingé, ni erré; il ne s'est ni Imiiipé. ni transformé.

11 ne s'est pas trompé en essayant île donner la liberté à son pays et à l'Italie; quand il a innté, non pas, comme on l'a dit , l'Eglisi» à se réconcilier avec la liberté... l'Eglise reconcilie, elle ne se réconcilie pas, elle n'a besoin de se réconcilier avec personne... (moui^e-

i\) M. Rossi.

ment), mais 'juaud il a invite'' ia libei'tt- uiodeiiie ;i .-c réconcilier avec l'Eglise trop longtemps méconnue par .'Ile.

S'il n'avait pa^ tait ce grand essai, cette grande et noble épreuve, et cela ave<; une droitui'e et une bonne loi incomparables, on aurait pu douter de la grandeur de son Ame ; on aurait pu cioire, quelques esprits étroits auraient pu croire, que l'autorité pontificale repoussait systématiquement le progrès, la civilisation, la liberté. Mais maintenant, après l'épreuve qu'il a laite, il est hors de doute que si la liberté n'a pas pris racine à Rome, ce n'est pas la faute de Pie IX, c'est la laute de ceux à ipii il a donné celte liberté. (Vive approhalion à droilc.)

Il ne s'est donc pas trompé eu entreprenant cette noljle et grande œuvre qui l'immortalisera, et dtnit. )t(im' mon compte, je le léliciterai untjours.

Il n(> doit i)as non plus avoir change ; je ^uis convaincu i|U il n'est nullement disposé à sacrilier la cause de la liberté, <le la lil)erté du Inen, au culte de la ibrce; mais il a vu, il s'est éclairé, il a tenu les yeux ouverts, il a prolllé de la leçon que bien lui a domiée par les événements, et il serait inexcusable de ne pas en proliter.

Kt, du reste, s'il avait changé, ce que je ne crois pas. est-ce qu'il serait par hasard le seul qui ait changé en Europe, en France et partout ailleurs?

On a parlé hier de l'apostasie du grand paiti libéial.

I']h bien ! Messieurs, que s'est-il passé en ellet dans le monde depuis quelques armées? Croyez- vous qu'en eflet les hommes de sens, de cœur, de conscience, y aiment la liberté, ou croient en elle, croient à la marche ascendante du genre hujnaiu, au progrès indélini de la civilisation et des institutions, comme ils le taisaient il y a deu.v ou trois ans? {Mirnceinevt. en sens divers.) Croyezvous (ju'en V'rance, en Europe, [)arluut, les cœurs, les consciences, les intelligences les plus hardies n'aient pas

'•tt' rliraiilèes? l'.royez-vous qu'uni' luniiriv ^aii^lajiU' ne -est |>ii> élovpo Haiis bien des intellijiences et clans bien «k'S consrienceï:? (XitureUr a)t))i'ohation à ilroitt'.)

Fa si vous doutez de notre ronipétence. de notre iiu- |iartiabté. à nous, bonnnes pobtiqnes. à nous, bomnies [•arlernentaires usés et dégoûtés \r,u' b}s l"ati|iiu's de la vif [•olilitjue, eb bien ! alors je vous dirai : Allez sonder les pmfondeui's des nations, allez auprès de n'importe ipiel loyer modeste interroger des patriotes obscurs, mais généreux et intelligents : allez demander aux bommes qui ne sont toujours restés loin du bruit, de l'agitation, des dégoûts de la vie politicpie; frappez à la poile de leur cœur, sondez leur conscience, et demande/.-lenr s'ils

liment le progrès, la liberté, du même amcur ipiils Tai- Miaient autretois; ou bien si. en l'aimant lonjonrs. ils \ I roicnl avec la même loi. avec la même conliance? Vous n'en tronvei'ez pas un sur cent, j)as un sur niille. ' Virr '■I lo)iiim> aititrohotiou à droite. — ^fiinni(rrs fl dénr-

i<((io)is II ijunchi'. i Ah ! cela est ti'islo. c'est luie li'islç vérité: jr conçois l;i

loidenr qu'elle vous inspire, elle m'en insjtire aussi à moi; mais c'est une véi-ité. et je défio de la nier. Faites cette recbercbe (jue je vous indiquo : allez sonder le> cœurs, vous n'en trouverez pas un sur cent, pas un sur mille parmi le< lilx'-ranx d'autrefois (pii aient la mèn)e foi . la même ardein* (pi'ils avaient il y a deux ou trois ans. \(?est rrai \ ce^l vrni ! — Ao*> ! non '.) Mois bier vous l'avez dit : l'im de vos orateurs (1 ) que nous avons écrnité avec le silence du respect, si ce n'est celui de la synqiatbie. l'un de vos orateui's l'a dit lui-même biei- à celte tribune; il l'a signalé, il l'a défini . da qualilié cela d'apostasie du grand parti libéral; \r làcbe de venir vous explicpier < e pbénon\/'no, et vou-m interrompez. von< regardez lola ( onum- nn»- injure

(1) Le açOiHTuI CdXiti^iiif.

.l'ai bien plus; ;ï vous dire, je dis que ce phénomène est universel, et je. vais niaintement en donner la raison. Pourquoi ce changement? Parce que le nom et le drapeau de la liberté ont été usurpés par d'impnrs et d'incorri- Liibles démagogues qui l'ont souillé et qui s'en sont servis p(jui' laire triompher le crime. {Violeiites exda- ■ituttlois à iioachi'. — Vive approbation à droite.)

JNjiu-quoi donc, Messieurs, (Voratew se tourne vem 1(1 ijauchc}. voulez-vous prendre ce que je dis pour vous? {Jiires à droite.) Pourquoi ne voulez-vous pas in'écouter? Laissez-moi donc faire ici de l'histoire.

Je dis que partout d'impurs et incorrigibles démagogues ont souillé la cause de la liberté. (Nojivelle interruption à (j anche.

Un MEMi'.RE A GAUCHE. Ce sout les Jésuites qui l'ont salie. {Exclaïaat'wns et rires à droite.)

M. DE MoNTALEMiJEUT... Je dïs que pai'tout, au pied (lu Capitole comme à la barrière de Fontainebleau, dans les faubourgs de Francfort comme sur le pont de Pesth (1), partout le poignard démocratique a été indi- Liiiement uni au drapeau de la liberté. {Vives rédamalions à gauclic. — Xtn'veUe et plus vive approbaiiou à droite.)

M. LE Président. Laissez donc la liberté de parler contre l'assassinat î

M. V. Lefranc. A-t-on parlé de ceux de la Hongiie?

M. Charras. Ft les gibets monarchiques!

M. de Montalembert. J'entends une interruption que je saisis au passage. On m'objecte les gibets monarchiques.

(1) Allusion aux assassinais Loniusis par les insuiiies révoluiioiinniics sur le général do Bréa, en juin 1848; sur le priiuc f.ichnoswki ei le i^énéral Auerswald à Francfort, en septembre j>5J8; sur le ministre de la jiuorre comte de la Tour, à Vienne, et les iji' -éraux comte lio LamI'orù et de Zictiy, en llongric, en (iclobie 18 18.

(Croyez-vous ((iii> j'aie deux jtoicis cl doux niesuies ? .I.iinais ! C'est iimi qui ai llétri autioCois les massacres d»? liallirie à la ('.liaiid)re dos pairs, .lo no ni'on lopoiis pas, <'i jo ue réti'acto rion.

Vous m'objoolez les supjdicos do la llou«iiio, les supplices du comte Bathiani et autres, .le n'hésite pas à déclarer ici que si les faits que les journaux l'apportent sont vrais, que s'il n'y a pas d'autres motifs pour ces exécutions que ceux publiés...

A G.MXHE. Ah ! ah ! vous eu douiez"'

A DROITE. Laissez donc parler !

M. DF MoNT.M.F.MHEnT... S'il OU est ainsi, jo rcprouvo

tos exécutions : je les réj)rouve. je les déplore, je les

déleste ; mais j'ajoute qu'après tout, ce sont des repré-

lillrs pi'ovoquéos par le iiiourlro du couito Zichy, du

.'■néral do la Tom-. . . ( Exclamai io}is iroHiques à ijauclti'.).

Voix a cAicin:. C'est là do la charité chrétienne !

.M. Fi'.icHON. O n'est pi u"'ro catholique.

M. \V<>i.n\v<Ki. Ou se déshouitro par ^U'^ ro[)iôs,iilli's pareilles !

M. 1>K Mo.NTAI.KNM'.EUT. .lo [lOUrsuis ol jodis (pic ce soiil

les forfait-, les assassinats, les crimes commis partout au nom de la liberté, qui ont j^lacé et désolé les coeurs letplus dévoués à sa cause.

Savez-vous ce qui éteint dans les cœurs la llaniiiie i-ayonnante et féconde de la liberté ? Ce n'est pas la main des tyrans. Voyez la Polo<îne ! Depuis trois quarts do <iècle, est-ce que celte flamme de la liberté n'y brûle pas inextinguible sous une tiiplo oppression ? Savez-vous ce qui l'éteint? Ce sont eux, eux ! ces démaf;oguos dont je parlais tout à 1" heure, ces anarchistes [vive et lonijuc 'ipprohalion n droite : — rérlamaiionfi à ijancho), ces honunes qui doilar<;]d partoid une guerre impie et iniplarable à la ualiin' humaine, aux r(»iidiiion< fitudanu-n- \A\r< de la «;ii( iétf. aux liase> éloilie||c< de la vi'iilé. du

HroU o\ do la justice sociale. Voilà les hommes i\u\ •'tciyneîit l'amour de la liberté {Nouvelle approbation.)

Voyez, je vous en conjure, ce qui se passait en Europe il y a trois ans. Lu liberté étendait partout graduellement -<on empire : les rois venaient tous, tour à tour, en regimbant, je le veux bien... (ou rit) ; mais ils venaient tous, tour à tour, déposer en quelque sorte, leur coiu'onne au.v jneds de la libellé, lui demander un sacre nouveau, une investiture nouvelle. Le Pape lui-même, le symbole vivant de l'autorité, l'incarnation du pouvoir le plus auj;usle et le plus ancien... (/i/r^.s iroïtiques à. Vextrnne 'fauche.)

M. LE Président. Je dois constater, à la charge de qui il appartiendra, qu'on n'a pas pu attaquer l'assassinat, la démagogie et l'anarchie sans exciter des réclamations. et qu'on ne peut pas rendre hommage à ce qui est respectable sans exciter les rires et la dérision. {Vifs applandisseraenls sur tous les bancs de la droite. — Ruyneurs l'y l'extrême gauche.)

Vous blessez tous les sentiuieuts publics. {Nouveau:r tr.pplaudissements.)

-M. DK MoNTALEMBEUT. Pie iX lui-uiémo, le symbole le plus auguste et le plus ancien de l'autorité sur la terre, avait cru pouvoir demander à la liberté, à la démocratie, au progrès, à l'esprit moderne, un ra\ou de plus pour sa tiare. Eh bien ! que s'est-ii passé ? Vous avez arrêté tout oela, vous avez tout bouleversé, tout déti'uit : vous avez arrêté, détourné tout ce courant admirable qui nous inspirait, à nous, vieux libéraux, comme vous dites, tant de confiance et d'admiration. Ce courant s'est perdu. Vous avez détrôné quelques rois, c'est vrai, mais vous avez détrôné bien plus sûrement la liberté! ( Applajtdisseruenl ^ '< droite.)

M. DI-: MoNiALEMBLia. Les rois sont remontés sur leuis I runes, la liberté n'est pas remontée sur le sien. Elle

— -JS7 —

ii'ost [las ri'iiioiilot' sur !«• Irôiio qu'élit' ;ivail Jaiis iinv lOiUi's. Oli ! je siis bien quo \ous écrivez son nom \^ilout. dans toutes les lois, sur tous les murs, sur toute* les corniches. {L'oroteur niontiw la voûte de la salle. — Longue apprûbation et hilarité d droite.) Mais dans les cœurs, son nom est eflacé.Oui, la belle, la lière, la sainte, la pure et noble liberté que nous avons tant aimée, tant thérie, tant i^QV\'\e...{violevt$ mvvmurcs à gauche), oui ■iervie, avant vous, plus que vous, niieu\ que vous {nouvelles rtniieurs); cette liberlé-l;u elle n'est pas morte, j'espère, mais ««Ile esl éteinte, évanouie, éi rasée, étoullcc nouvelles n'nieui's ./ ii<n(i-hi') entie (•»> ((ue l'un de vou> .1 osé appeler lu souveraineté du but, c'est-à-dire la souveraineté du mal, et, de l'autn" côté, ce retour l'orcé vei's rexapératinn de Tautorité, dont vous avez fait un besoin pour la nature humaine, pour la société et pour U* cœur humain, elTrayé de vos excès. (Marque f^ d'approbation et longf applaudi!if<P)ne ida fiur le^i bancs de la majorité.)

Kli bien! ce même mouvement que je signalais, que vous sijrnalez, que vous recnnnais.^ez vous-mêmes dans le monde politique, ce mouxoment s'est produit dans l'Église et dans 1p mondi^ ratholiquo dnni >nns (lisciitr»/ aujourd'hui les destinées.

Oui. quand Pie IX est irumlc mu son Iroiij;. ei quand, voyant devant lui la liberté, la démocratie moderne, il a marché droit à elle, et lui a dit . Vous êtes ma lille el jf suis votre père... (Rires ironiqun>i à gauche.)

M. LE PrV.sident. (l'est le comble de l'indécence !

Voix NùMHREUSF.s A DROITE. Très bien ! très Itien ! — -attendez le silence !

M. DE MoNT.VLEMiîEi'.ï. Cc jour-là il s'e.st manifesté immédiatement deux «>|tinions dans T l'église catholique. Les uns, c'était la minorité, les gens prudents, un peu peureux, un peu diplomates, les gens expérimentés.

— -JSS —

:îgés, les sa^es, disaient volontiers : M.iis le l'^pe enti>'- )»reu(l là peut-être quelque ehose de Itieu risqué, de bien dangereux, qui tournera mal pour lui. Les au Ires, et c'était la grande majorité, et j'en étais, inoi. Messieurs ; oui, moi et mes amis, ce qu'on appelait alors le parti eatholique. nous avons salué avec passi(jn, avec enthousiasme, ce mouvement du Pape. Eh bien ! nous sommes obligés de le dire, nous avons reçu un efl'royablo démenti. L'épreuve a tourné non pas contre nous, non pas contre Pie IX, mais contre la liberté. (Bravos nombreux <) droite.) C'est pour cela que jo voudrais tenir ici. devani moi, tous ces démagogues, tous ces perturbateurs dont je parlais tout à l'iieure, et je voudrais leur dire une bonne fois la vérité, et la voici. {Vive approbation à droite. — Bumeurs à gauche?)

A. DROITE. Très bien ! très bien ! — Parlez ! parlez !

M. DE ^NIoNTALEMBERT. La voîci Cette vérité. Si je pouvais m'adresser à tous ensemble, je leur dirais : Savezvous quel est devant le monde le plus grand de tous vos l'rimes ? Ce n'est pas seulement le .sang innocent que vous avez versé, quoiqu'il crie vengeance au ciel contre vous ; ce n'est pas seulement d'avoir semé à pleines mains la ruine dans l'Europe entière, quoique ce soit le plus formidable argument contre vos doctrines. Non ! c'est d'avoir désenchanté le monde de la liberté. (Acr/awaftott. s- Il droite. — Très bien-, très bien !)

C'est d'avoir en quelque sorte désorienté le monde î C'est d'avoir compi'omis. ou ébi^anlé, ou anéanti dans tous les cœurs honnêtes cette noble croyance ! C'est d'avoir rcfoidé vers sa source le torrent des destinées humaines! [Applaiidis^iements prolomiés snr les banc!< de la iiiajoritè.)

Jo demande mille pardons à l'Assendilée de la reteniiencore à une heure si avancée.

A DROITE. Parlez ! parlez !

M. iifci MdMAi.KMiiKKi. .r.iiiiit' à ti'oiiiMjU"' Pio l\ nac- «vple pas la (Ij-iiloralile alternative que je sijfiialais tout à l'heun' ; j'aiine à croire, et je suis même convaincu, qu'il reconnail qu'il va uu milieu à jiardei' entre cette sou verainel»i tlu mal que la tausse liberté réclame, et le retour exaojéré et absolu vers le despotisme. Mais au moins vous tous, amis sincères et fidèles de cette pauvre liberté dont je vous peignais tout à Tbeure les douleurs et les catastropbes, aidez-le dans sa tâche, ne le découragez pas, ne Temban'assez pas, ne compliquez point sa situation déjà >i djflicile et si douloureuse ; prètez-lui le concours de vos synq)atlu«'s et de vos respects, et aidez-le à trouver dans la sainteté de sa conscience et dans la pureté de ses intentions ce milieu que nous désirons, nous tous (|ui croyons encore, mal^rré tout, à la liberté. (Vif^ opplav- •U><semcuts à droitr.)

Mais enfin, supposons, et c'est par là que je devrai> ti'rminer : vous m'êtes témoins ([ne <i jo vous ni fatipués irop lou^rtemps à la tribune...

.\ uRoiTK. Non ! non ! Parlez !

.M, DE MoNTALK.MBEUT. VoUS saVOZ (|lli' liK'S itiltiTUp-

leurs ont occupé au moins la moitié du leiiip< r|ue je vou^ ti pns.(/?/re appi'nhnfif ô droite.)

Maintenant, je ne puis pas descendre de l;i Iriliiuirsan- -^xaminer une supposition menaçante, .le suppose (pie je Mie trompe, que M. Tliiers se trompe, fpie la connuis- -i(ui se trom[>e, (jue le Pape se tronqje, (pie tout le loonde se trompe, excepté MM. de l'opposition, ei nue certaine fi-action tpie je ne sais trop comment ippeler ; cette portion de la plaine ou de l'ancien parti modéré, dont M. \ictoi- lliij^o s'est fait l'orateur. (Ré- ■ Icuiifilinus violciilcx xvr lef^ hancf; (jue veut âésifiiPi' l'orateur.) Je suppose donc <|ue nous avons Unis tort de trouver que le Pape accoide assez par .son Mntti iirofiriii : il (';nit donc exi^fec p)i|v ; i| tant, comme

l'a dit M. Victor Hugo, le contraindre à taire plus. Voyons donc comment vous vous y prendrez, vous, pour le contraindre ; car. avant tout, il ne faut pas rester, comme on l'a fait jusqu'à présent, dans le vague ; il faut voir où i'on va, où l'on marche. Je suis convaincu que personne ici ne veut, à l'heure qu'il est, user de violence. Quant au Gouvernement, le langage intelligent et généreu.x. qu'a tenu hier M. le ^linistre des affaires étrangères ne me permet pas de supposer un instant qu'il veuille jamais avoir recours à la contrainte, à la violence. Je suis même convaincu que personne, ni dans la majorité, ni même dans la minorité n'a cette pensée, quant à présent. Ne me démentez pas, je vous en supplie. {Interruption.)

Une voix a gauche. Ah 1 comme c'est gentilhomme !

M. DE MoNT.\LEMBERT. Je dis que personne ici, ni d'un côté ni de l'autre, ne veut, de propos délihéré, employer contre le Saint-Père une violence quelconque. ( A gauche: A^oji!) Nous sommes donc d'accord.

Eh hien, maintenant, puisque vous ne voulez pas employer cette violence, puisqu'il n'entre dans l'esprit de personne, sans exception, de renouveler contre Pie IX des attentats qui ont été commis contre Boniface VIII (1) et tant d'autres papes, évitez d'entrer dans la voie qui peut conduire, qui peut aboutir à cette violence dont vous désavouez d'avance la pensée.

Mais laissez-moi vous le demander : Groyez-vous que les hommes qui ont été conduits à porter la main sur le Saint-Siège, sur les souverains Pontifes eux-mêmes, soient entrés avec cette pensée dans leurs luttes contre le Saint-Siège? Croyez-vous qu'ils se sont dit tout d'abord : Je ferai le Pape pi'isonnier ou je lui forcerai la main par tous les moyens que peut fournir la violence ou la contrainte? Je suis convaincu qu'il n'en e.st rien; mais

(1) Boniface VIFI fut souffleté par Nogaret, envoyp de Philippe- !e-Bel, roi de l'rance.

ils y t»nt t'tt' loiuhiils coinuie vous y seriez conduits vousmêmes si vous entriez dans celte voie, par le dépit, par rimpatience, par la menace maladroitement faite, (jui mannue son ellet, et à laquelle un détestable amourpropre force de rester lidèle; voilà connue ou aboutit à la contrainte et à la violence. {Sensation.)

Napoléon lui-même, quand il a lait Pie Yll i)risouui('r. croyez-vous qu'en commençant à lutter avec lui il a envisafïé d'avance la nécessité où il s'est cru placé, de traîner Pie VII à Savone et à Fontainebleati?

Je suis convaincu du contraire; et puisque j'ai cité ce nom et celle liistoire, déjà citée dans celte discussion par M. le généi-al Cavai^nac, si je ne me trompe, je m'y arrêterai un instant, .lésais bien que c'est un lieu commun de l'histoire que cette défaite de Napoléon par Pie Vil; il doit être familier à tous les esprits; cependant il renferme de bien <;rands enseignements. D'abord, il renferme celui-ci, dont on ne parait pas toujours assez préoccupé. On dit : mais, après tout, nous ne luttons avec le Saint-Siège ({iie sur un objet purement temporel ; il ne s'agit pus du tout de Tautorité spirituelle, de la vérité dojj;matique. C'est très vrai; mais Napoléon, lui aussi, ipiand il luttait avec Pie VII, était-ce pour un objet spirituel, dogmatique? Pas le moins du monde, (l'était bel et bien |)()ur un obji-t purcuu-nl teui[)orel, |)()ur un rêglfmenl de police et pour une question de guerre; poui' une question de [torts (pie Pie VII ne voidait pas léruun" aux -Vnglais; pour ime question de guerre qu'il ne voidait pas déclarer aux Anglais, tout comme Pic IX, qui a été détrôné j)ar ses sujets pour n'avoir pas voiUu faire la guerre aux Autricbiens. (>ela n'a pas empêché l'Europe et le mond"' di- voir en Pif VU le martyr des droits de l'Kgliso.

Kl (pi'est-il résulté après tout de celte lutte enU'e Napoléon t'i Pif VU"' t'iif Lrr.nidf faiblesse et une Lirande

(léronsifléralion pour lo grand Emporeur, cl, eu liii d»cDiupfo, une grande défaite. Car, et ceci est ce qu'il y a de plus grave, ce qui doit frapper tous les esprits, même les plus prévenus, même les moins sensildes aux préoccupations que l'on suppose peut-être dominer chez-moi en ce moment, ce n'est pas seulement le discrédit et la déconsidération qui, tôt ou tard, s'attachent à ceux qui luttent contre le Saint-Siège, mais c'est encore la défaite ! Oui, c'est l'insuccès qui est certain; certain, notez-le bien !

Et pourquoi l'insuccès est-il certain? Ah î remarquez bien ceci : parce qu'il y a entre le Saint-Siège et vous, ou tout autre qui voudrait combattre contre lui, il y a inégalité de forces. Et sachez bien que cette inégalité n'est pas pour vous, mais contre vous. Vous avez 500,000 hommes, des flottes, du canon, toutes les ressources que peut fournir la force matérielle. C'est vrai. Et le Pape n'a rien de tout cela, mais il a ce que vous n'avez pas, il a une force morale, un empire sur les consciences et sur les âmes auquel vous ne pouvez avoir une prétention, et cet empire est immortel. {Dénégation^ <i (iunchc. — Yrve ((pprobation à droite.)

Vous le niez; vous niez la force morale, vous niez la foi, vous niez l'empire de l'autorité pontificale sur les âmes, cet empire qui a eu raison des plus liers emj)ereurs. Eh bien, soit; mais il y a une chose que vous ne pouvez pas nier, c'est la faiblesse du Saint-Siège. Or. sachez-le, c'est cette faiblesse qui fait sa force insurmontable contre vous. Oui, vraiment, car il n'y a pas dans l'histoire du monde im plus grand spectacle et un jdus consolant que les embarras de la force aux prises avec la faiblesse. {Noiivellei? et iwn^hreuses marques d'adliéfiion l'i (Irqite.)

Permettez-moi une comparaison familière. Quand un homme est condamné n lutter contre une fenmie. si cette

Icimiu' n t'sl pas la (ItMiiii'ic des eivatiin^s, elle peiil le Uraver iiiipiiiiëiiient. Klle lui dit : Frappe/, mais \<nis vous désiionorerez. et V(»us ne ine vaincre/ pas. [Très b'tenl trî'x bien !) Eli l)ien ! TKiJilise n'est pas une leninie. elle est bien plus iprune lenitne, c'est une mère, (l'rès liiriil très bien ! — l'nr triple ftalve d'iippInKifisscnieiils iccueilfe cette pfirase de l'orateur.)

(.l'est une mère, c'est la mère de rKiii()|M\ crM la mère de la société moderne, c'est la mère de rinimanilé moderne. On a beau être un lils dénaturé, un fils révolte, un lils ingrat, on reste toujours lils, et il vient un un»iiienl,dans toute lutJe contre l'Esilise, où cette lutte parri- • itie devient insupportalile au trenn^ liuinain, et où celui |ui Fa enjïagée tombe accablé, anéanti, soit par la défaite, •it par la répiobalion unanime de l'humanité. (\oi(eaux iipplaudisseinetits.)

iMOfurez-vous, Messieurs, Pie IX en appelant à Ihairope, en a[>pelant à la postérité, en a[»pelant à l)ieu contre les violences et contre la contrainte de la France, de la France qui l'a sauvé, et qui viendrait ainsi ajouter la plus lidicule des inconséquences à un crime qui n'a jamais }X)rté bonheur à personne depuis que l'histoire existe. Trèn bienl très bien\ longue approbation.)

En outre. Messieurs, sachez bien que vous n'en viendrez i)as à bout, parce que l'Eglise a des ressources infinies poiu' la résistance. (Hilarité et l'iolente interruption à fpntche.)

M. ClIARlsAS. Nous le <avnn^ liieii: demande/, plulot j f lavai) lac!

.M. i)K MnNT.\LKMl!El!T. S'il VOUS arrive jamais, ce qu'a Dieu ne plaise, d'être engagés dans une lutte sérieuse avec elle, vous ne ririez pas longtemps, je vous le pidrneLs.

Voix \ (;.\rciiK. Ntms le sav<»us bien!

M. Dr. MoNTALKMr.KFîT -h' <li--: qu'elle a tlcs ressource^

infinies pour la défense. Oh ! pour ratUujue, quand cela lui arrive, je conçois son inlériorité; elle n'a rien de ce qu'il faut pour l'attaque, poui' le r-ôle agressif. Mais pour la défense, je vous assure qu'elle est incomparable. C'est le contraire des places assiégées dont je vous parlais la dernière fois que j'ai paru à cette tribune. Je vous disais que les places assiégées, et c'est un axiome de la science stratégique des modernes, sont toujours prises, tôt ou tard. Eli bien! pour la citadelle de l'Eglise, c'est précisément le contraire; elle est imprenable.

Un membre a gauche. Elle n'existe plus! {Rires iro- )iiques.]

Voix a droite. Le nom de l'auteur!

M. DE MoNTALEMBERT. Vous devez le savoir, Messieurs, elle a, dans un vieux livre appelé les Actes des Apôtres, un vieux texte, non possinnus, qui a été inventé par un vieux Pape appelé saint Pierre. (Rire f/énéral et approbation.) Et avec ce mot-là, je vous jure qu'elle vous conduira jusqu'à la fin des siècles sans céder. [Riimeurs à gauche.)

Je sens qu'il faut finir, et je voudrais cependant lépondre encore un mot à M. Victor Hugo, qui a prétendu que les idées étaient tout aussi invincibles et aussi durables que les dogmes. C'est bien là la prétention du monde moderne, de créer des idées et de leur donner l'éternité et l'omnipotence des dogmes.

Eh bien ! je suis bien aise de vous le dire en passant, c'est une prétention chimérique... {rumeurs à gauche) ; oui, cnimérique. Aucune idée ne peut avoir cette résistance contre le canon et contre la force que lui prêtait M. Victor Hugo. Par trois raisons : la première, c'est que les idées sont variables et que les dogmes sont immuables. {Très bien ! très bieyi !) La seconde, c'est que les idées sont fabriquées par vous et par moi. . . on connaît les officines où elles se fabriquent... {Rire général et

'iiartfut's /(/•()/i)H|/t''<'.s d'approbatioii à droite.) Le^ dogmes, au contraii'c, tnil une oi iLiino myslériou^e cl suriialurellc...

A g.\i:c:hk. OIi ! oh !

A DROITE. Oui ! oui ! Très bien ! très bien !

M. DE MoNiALEMHERT. Et, OU dernier lieu, les idées ne régnent que poiir un temps ; et sur quoi ? sur l'imagination, tout au |>lus sur la pensée, sur la raison, sur la passion. Les do^nio-^ régnent sur la conscience. Voilà la •liHérence. [App/i.(iidisse)nents prolo)i(jés o droite.)

Du reste, quaml M. Victor Hugo m'aura trouvé une idée qui dure depuis dix-buit siècles et ({ui a cent millions de fidèles, alors je consentirai à reconnaître à cette idée-là les droits (jue je réclame pour l'Église.

Je termine, en relevant un mot qui m'a été sensible, comme à vous tous, sans doute : on a dit que riionoeur le notre drapeau avait été compromis dans l'expédition ..ntreprise contre Rome pour détruire la llépubliquc romaine et rétablir l'autorité du Pape.

A G.vuciiE. Oui ! oui !

M. DE MoNTALEMBERT. .\ ce repioche, tous, dans .cette enceinte, doivent être sensibles et le repousser comme je viens le faire en ce moment. Non, l'honneur de notre drapeau n'a pas étécompiomis; non, car jamais ce noble irapeau n'a ombragé de ses plis ime plus noble entreprise. (Rrclamations d rjfiiichc.)

i^'histoire le dira. J'invoque avec confiance .son témoignage et son jugement.

A OAUCllE. Nous aussi.

M. DE MoNTALEMUEUT. Vous aii-si, soit! L'histoire, si je ne me trompe, jettera un voile sur toutes ces ambiguïtés, sur toutes ces tei'givei'sations, sur toutes ces con- It'statioas que vous avez signalées avec tant rl'amertume t une sollicitude si active pour faire i-égner la désunion parmi nous très bien !) ; elle jettera le voile sur tout

cela, ou [•liitàl. elle ne le signalera ijue |)oiw coustatei' la grandeur de l'entreprise par le nombre et la nature des difficuliés vaincues. {Nouvelles approbations à droite.) Mais riiistoirc dira que mille ans après Charlemagne et cinquante ans après Napoléon ; mille ans après que Charlemagne eut conquis une gloire immortelle en rétablissant le pouvoir pontilical, et cinquante ans après que Napoléon, au comble de sa puissance et de son prestige, eut échoué en essayant de défaire l'œuvre de son immortel prédécesseur, l'histoire dira que la France nst restée fidèle à ses traditions et sourde à d'odieuses provocations.

Elle dira que trente mille Français, connnandés par le digne (ils d'un des géants de nos grandes guerres impériales {{cifs applaudissements à droite) ont quitté les rivages de la patrie pour aller rétablir à Home, dans la personne du Pape, le droit, l'équité, l'intérêt européen et français. [Noiiveaux applaudissements à droite.. — Ré daniations à gauche.)

Elle dira ce que Pie LX. lui-même a dit dans sa lettre d'actions de grâces au général Oudinot :

" Le triomphe des ai'mes françaises a été l'emporté sur les ennemis de la société humaine. » Oui, ce sera là l'arrêt de l'histoire, et ce sera une des plus belles gloires de la France et du dix-neuvième siècle.

Cette gloire, vous ne voudrez pas l'atténuer, la ternir. Téclipser, en vous précipitant dans un tissu de contradictions, de complications et d'inconséquences inextricables. Savez-vous ce qui ternirait à jamais la gloire du drapeau français? ce serait d'opposer ce drapeau à la croix, à la tiare qu'il vient de délivrer, ce serait de transformer les soldats français de protecteurs du Pape en oppresseurs ; ce serait d'échanger le rôle et la gloire de Charlemagne contre une ]>itoyalde coid refaçon de Garibaldi. {Vifs et lo)igs applaudissements à droite.) ^)

<;iiAiMri;K \\v

I )efense de l'inipiit. — Lo .Moiiu|>ol»:*, pi-ic du Socialiniiic. — Rolc ili r rnircrsili- vl (If VE<ilisr daiis l'éducation. — Traité de paix entiv les partisans do la liberté d'Eiiseij:iieraent et les partisans du Monopolo. — Iai loi Falluiir. — Sa défense par M. de Montalonibert. — F/illustro ' iiel" du parti catliorujuo explicpie pounjuoi il a fait l,i paix. — li>{\i\iihUUr il ilniiri-in' ilc l'K<ilis<\ — N'oto du projet de lui.

I miA*

Fils passionné de rEjrliï^f, M de .\l(>ntaleiiii>orL venait tiaiis ui» discours salué par tous coinine l'iui des (( ciielsdn-uvre de la [)ar()le liumaino et Timx' i\{\^ inipéi'issables ;iloires de la ti'iliune française », de (lélendre la papauté odieu;»ement minée par la lîévolution ; enlant dévoué de la France, il allait, avec non moins de coura^,<'. détendre l'une des assises même de la société, en |)ariant en laveur de l'impôt (!) violennnr-id attaqué par le sucialisMic.

Pour lui, aborder une question, c'est l'éli-ver au-de.s.sus lies disclissi(jns ordinaires. Son inàle jiénie se trouve à l'étroit dans les chillVes et les calculs : et, dan.s ses puis- «^anles mains, les fjiieslions les plus communes et les plus arides se transforment hieidol en (piestions sociales.

« Cette guerre, cette croisade contre riniiiôt, disait le noble orateur, je ne ci-ains point de rallirmei-, n'est Utrnne foi-me, ou une phase notivelle de la guerre contre la 'Joriété. Klle aboutit au triomphe ilu sociali>me. Klle

(1) l>iscotir< «^ui liin[»i')l dos boissoiis, scaiicc ilu l'.J flccctnlin-

est faite [)ar dos ennemis (|iie nous connaissons bien. Nous les avons vaincus clans la l'ue, nous l'es avons vaincus dans les lois, nous les avons vaincus dans le sanctuaire de la justice. Ils cherchent aujouid'iuii un dernier reiuge pour livrer une dernière bataille dans le domaine de nos linances. Il faut les y poursuivre, il faut leui' en fermer l'accès, il faut y remporter encore, s'il est possible, une dernière victoire. » (1)

Cette victoire fut remportée, grâce à l'éloquence pleine de chaleur, de verve et de bon sens que déploya M. de Montaleml)ert ; un auti'c succès non moins important allait la suivre.

Les luttes brillantes que les catholiques de France et leur vaillant chef avaient soutenues sous Louis-Philippe et sous la Ilépublique, en faveur de la liberté d'Enseignement, allaient se terminer par un traité de paix.

Le bouleversement de Février, nous l'avons vu, avait déchaîné, dans le socialisme, un ennemi redoutable, auquel s'opposaient toutes les forces conservatrices du pays. » D'affreux petits rhéteurs », tristes copistes des « scélérats grandioses » de 93 minaient chaque jour les assises de la société. « Une foule d'ambitions, de vanités, de cupidités, écrasaient la société de leur pression. « Une nuée de prétendants propres atout, bons à rien » planait sur Paris et sur la France et menaçait de les abimer dans une ruine universelle.

Or, à qui devait-on attribuer le mal ?

« Vous avez tous, probablement, expliqué Tite-Live comme moi, disait M. de Montalembert, et vous l'avez tous oublié comme moi. {On rit.) Mais cependant, l'autre jour, en le relisant, j'y ai trouvé un trait d'histoire qui m'a paru résumer la position, le rôle récent de l'éducation publique en France. Vous souvenez-vous du siège de

(1) Discours sur l'impôt des boissons, par M. de .Monlalemberl ; OEuvres, tome III, page 300.

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FaliTf par raniiôi' lomaino, soii^ (iamillc? P<Mulant (|ue lolte villt' iHait asr^irLit'e par les Uotnaius, le maître auquel élitit conliéc l'élite île la jeunesse des Falisques conduisit eette jeunesse petit à [)elit jusqu'aux avant-postes du camp ennemi, et la livra aux assiégeants.

» Eh bien ! c'est là, je ne crains pas de le dire, c'est là ce qu'a fait en France l'éducation publique, le monopole de l'éducation pul)li({ue.

•> Je ne i^aile pas des personnes ; je fais la part des exceptions ; j'en connais d'infiniment honorables ; je ne parle que de l'esprit général de l'institution, et je dis que cette grande institution a livré la jeunesse française à l'assiégeant, à l'ennemi (pii assiège notre société française.

» Sous la Restauration, le monopole de l'éducation publique a fait ce qu'on appelait dans ce tenqis-là des libéraux et des révolutionnaires ; sous le régime de Juillet, elle a fait des républicains, et sous la Tx-publique, elle fait des socialistes. »

Qu'est-ce (pie le socialisme?

)» M. I(? président nous disait l'autre jour (ju'il était fort difficile de le définir Je vais tâcher de le définir, ou du moins je vais IAcIkm- d'expliquer ce que j'entends par le socialisme.

•> J'entends par le socialisme i>rati(pie le jtarti ({ui, dès le lendemain de la révolution de Février, a voulu substituer le drapeau rouge au drapeau tricolore ; le parti qui, le 15 mai, a pénétré dans cette enceinte, nous en a expulsés, et a proclamé l'impôt d'un milliard sur les jiches ; le parti qui, le tii juin iSiH, a livré bataille à la société, et nous a coûté plus de généraux que ne nous en avait coulé la déroute de la liérésina ou celle de Waterloo ; le parti <pji. le l:» juin dernier, nous a mis hors la loi, et (jui aujouid'Imi pioclame, en attendant mieux, labolition de l'impôt et l'abolition du capital ; le parti

enlin qui l'ait chaijue jour niallieureuseiuent de nouvelles recrues parmi les ambitions mécontentes, parmi les vanités blessées, parmi les existences ruinées, toutes i)npalientes de saisir la première occasion pour s'emparer de la société par un coup de main. Voilà ce que j'appelle le socialisme pratique.

» Mais, à côté de cela, il y a le socialisme théorique, c'est-à-dire l'esprit qui n'est jamais satisfait de rien ; qui fait de chaque réforme un prétexte ou une occasion de )'évolution ; qui, le lendemain de 1789. a voulu i79'2 et 1793 ; qui, le lendemain de la révolution de Juillet a voulu la ilépublique, et qui, le lendemain de la République démocratique et constitutionnelle, réclame la République sociale, c'est-à-dire la dissolution de la société.

» Voilà ce que j'appelle le socialisme théorique.

» .le sais qu'on appelle cela l'esprit de progrès et Tespiitdevie. Moi, j'appelle cela l'esprit de ruine et l'esprit de mori, ou plutôt, pour lid donner son véritable nom. l'esprit révolutionnaire, (i)

» Et d'où vient cette iniiruiité cruelle de notre époque? •le n'hésite pas à vous le dire avec la franchise que l'honorable préopinant réclamait tout à Flieuie, elle vient lU- ce (fue l'on tue, dans l'éducation puljlique, le sentiment du lespect de l'autorité, de l'autorité de Di(!u d'abord. {Mouvement.) Ce n'est pas volontairement, ici je n'accuse les ititentions de personne, mais voici le fait : c'est que, dans l'éducation publique, on tue le respect de Dieu, le respect ilu père, c'est-à-dire de la famille, et enhn le respect du pouvoir ou de l'Etat. {C'est vrai ! c'est vrai !)

1) On apprend chez nous aux jeunes gens le savoir el lion pas le devoir; on leur apprend à émanciper, connue <tn vous Ta dit }tlus d'une l'ois, la raison; mais savez-vous

\l) Discoui>; sur lu liberté de l'cnsei.mieinuiil; Oliuvre.s,loi!iL' lU. p. 343.

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(• »|U»' I on <'iuaiii-i[i«> «Ml iiHMiit'ltMii[is cIk-z eux? l/oii^iicil ' Minice)ne)t(s ilivers.) On Inc riiuniilitr, riiMiniliti- i\\u «•>;t la liast» de tontes les vortus pnbliiinos ot privées; et ;"i t'orci' ti'i''nianci[»er icllo raison on pintot col orgueil, on est irivo à l'état qnenoiis voyons, et à nn ]uo})lème que l'on ironve insoluble avant même de le poser, savoir : trouver !e moyen de faire coexister le maintien de Taulorile -ociale avec l'émancipation jïénérale de Tor^ueil. déguisé -DUS le nom de raison.

» Kli bien! nous venons proposer le remède à cet étal d«' choses; ce remède, c'est de l'aire rentrer la reli<;ion dans l'éducation par la liberté, de l'y l'aii-e rentrer, non |ias pour tuer la raison, (comme on le [irétend soltemeid. quand ce n'est pas calomnieusemenl), non pas pmir luer la raison, mais pour la régler, pour la disciplineipcuu" l'éclairer et pour l'épurer.

'> Î/K|.dise, si elle peut y reprendre b; rôle ipii lui con- \ ienl par l'éducation et par le catéchisme savez-vous le jrand service ({u'el le rendra au peuple, à nous Ions? Le voici : elle ne nous llattera pas! Elle ne divinisera pas, ' omme on le fait tous les jours, tons nos mauvais peiiliants; elle ne fera pas ra|iothéose de nos cupidités: elle n'ira jtas chercher dans je ne sais ([uellc IhéoloLiie de contrebande, et dans je ne sais (juelle philoso|tiiie absurde. Mue apologie p<jnr toutes les mauvaises passions de llmmanilé. Voilà ce que l'Kglise ne fera jamais; elle ne flattera pas le mal qui est an fond de nos c(i;nrs à Ions, eî. qu'on llatle si impitoyablenieni anjoiud'hui. {Lomjiir 'ipin'obdlwti à ijroitr.)

1) Non, Messieurs, elle diia. an conliaii*,'. Ions les join- I ceux qui en ont tant besoin dans tous les rangs de la Mwiélé, elle dira à riiomme : Tu es |(0ussière, et la \ie tout entière doit être nue série de sonllrances ei de luttes dont le prix n'est pas ici -bas. Klle lui «lira ()u'il sort dn néant, et (ju'il doit se défier de ses iienchants et les con-

tenir. Voilà ce qu'elle dira à la sociéié , au peuple ; c'est le plus grand service à rendre à la société moderne.

» Elle fait plus encore pour le peuple ; elle pose au fond de la conscience de chacun toutes les conditions du gouvernement des Etats. Elle fait de son âme, de l'âme de cliacun de nous, le type d'un gouvernement vrai, l'image d'mie société ordonnée comme elle l'est elle-même. C'est là le rôle de l'Eglise dans l'éducation. Elle crée le modèîe de tout gouvernement dans l'âme humaine ; elle enseigne à l'homme à concilier la liberté divine de choisir entre le bien et le mal qu'il a reçue avec la vie, et l'autorité à laquelle il est obligé de soumettre l'exercice de cette liberté.

» Voilà les services que rendra l'Eglise à l'éducation, et à chaque membre de la société par l'éducation. Avec cela vous pourrez avoir un peuple gouvernable, et sachez jjien que, sous la République comme sous le despotisme, la première nécessité sociale, c'est d'avoir un peuple gouvernable; et aujourd'hui il est ingouvernable.

» Voilà pourquoi un illustre contemporain qu'on a déjà cité dans cette discussion, M. Guizot, a pu dire que le catholicisme (( est la plus grande école de respect qui existe ici-bas. »

)) Eh bien! je vous demande, Messieurs, si le premier besoin de notre société moderne n'est pas le respect de la loi, le respect de l'ordre, le respect du pouvoir, le respect de la société et le respect de la propriété. V a-t-il un besoin plus établi, plus incontestable que celui-là?

» Une voix. Ki le respect de soi-même.

» M. DE MoNTALEMLiERT. Vous avez mille fois raison, et le respect de soi-même ! Allez donc à l'école où on peut le trouver, ce respect. C'est à l'école de l'Eglise. ))(1)

Or, pour que l'Eglise pût agir dans l'éducation, il fallait

(1^ Discours sur la liberlé de l'Enseignement; Œuvres, tome III. ])age 358.

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