‹ M. de MontyonChapitre 30 sur 33 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

La loi religieuse et la loi morale au xvuie siècle. — M. de Montyon, en rétablissant ses fondations, n'a pas entendu remplacer la religion pai' la vertu. — L'œuvre de M. de Montyon répond à un grand sentiment national. — Ses panégyristes.

. Après avoir rappelé qu'avant la Révolution l'Académie française chargeait chaque année un de ses membees de prononcer l'éloge de ce grand cardinal de Richelieu qui fut son fondateur, M. de Jouy fait remarquer que l'admiration publique commençait peut-être à se fatiguer, et il ajoute ' : « Il n'en sera pas de même delà nécessité pour l'Académie de répéter annuellement l'éloge de M. de Montyon. Pourra-t-on se las-

•1. Institut de France, Académie française, Discours de M. de Jouy, 17 juin 1841.

ser jamais d'entendre rappeler à la mémoire des hommes celui dont la vie tout entière, vouée au culte de la vertu, en consacra le dernier acte par la fondation d'une école de morale pratique qu'il dota si généreusement et dans laquelle la vertu indigente trouvera chaque année et à toujours son éloge et sa récompense? »

Je veux croire que M. de Jouy, qui écrivait ces lignes en 1841, ne s'est pas trompé, et que d'âge en âge le souvenir de M, de Montyon ira grandissant. N'est-il point écrit que la mémoire du juste vivra éternellement?

J'ai voulu apporter ma pierre à ce grand édifice que chaque année l'Académie élève à cet homme de bien. Pour moi, M. de Montyon n'est point seulement ce grand philanthrope que tout le monde connaît; c'est plus et c'est moins en même temps : je m'explique.

Ceux qui m'ont précédé dans la vie ont vécu près de lui et de son château, qui existe encore, on peut voir la maison où ont habité mes ancêtres; plus d'une fois j!ai trouvé mon nom sous la plume de Monsieur le baron. Ce travail a donc dans certaines de ses parties un caractère particulier : il est intime et s'appuie sur des documents qui n'étaient pas et ne pouvaient être destinés

à la publicité. Loin de moi d'ailleurs l'intention d'amoindrir la grande personnalité de M. de Montyon. Ce sont les faits qui louent, a-t-on dit avec raison. A ce point de vue, j'ai apporté ma part dans le tribut de louanges dû à M. de Montyon. L'œuvre toutefois ne serait pas complète si je n'y joignais les éloges décernés par des plumes autorisées à ce grand homme de bien. Au moment où M. de Montyon fonda pour la première fois ses prix de vertu , la loi morale s'était séparée hautement de la loi religieuse. Devant ce grand vide de la religion absente, on voulut quelque chose pour le remphr *. « En abattant l'arbre qui couvrait le monde , on prétendit ne pas renoncer à ses fruits. .Comme la raison humaine avait remplacé la raison divine, on pensa raffermir l'ordre social en remplaçant la religion par la vertu. La vertu devint la sollicitude, la prétention, l'idolâtrie de la société la plus distraite de ses devoirs qui se vit jamais. Ce fut entre les opinions , les classes, les partis, à qui tiendrait le plus haut le drapeau de la vertu. Ts^ous ne trouverions pas un livre du temps où le mot sacramentel

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