‹ M. de MontyonChapitre 7 sur 33 · Alissan do Chazet, Vie àc M. de Monlyoji. Paris · texte numérisé non relu

Alissan do Chazet, Vie àc M. de Monlyoji. Paris

talion aux accapareurs, que je connais parfaitement, que bientôt la province regorgera de blé et qu'il y aura clans les prix une baisse énorme et subite. Effrayés de cette perspective qui les menacera dans leur fortune, ils se hâteront de vendre, et c'est à ce moment même que l'abondance renaîtra véritablement. — Ah ! mon ami, que je vous embrasse, s'écria M. Turgot; vous êtes un magicien ; et je me servirai de votre baguette. »

Droit et adroit, tel a été M. de Montyon en tant qu'administrateur. Voici une aventure arrivée à M. de Montyon en Auvergne. Elle constitue un des rares souvenirs laissés par lui à 'Montyon; je la raconterai telle qu'on me l'a racontée; la flnesse que cette aventure prête à M. de Montyon confirme ce que j'avançais '.

M. de Montyon devait mener de l'argent au roi. Un complot s'organise, on convient de tendre une embuscade pour s'emparer des capitaux destinés à Sa Majesté et au besoin pour faire un mauvais parti à l'escorte et à l'intendant lui-même, en cas de résistance. Trop de personnes furent mises dans la confidence, si

i. Déposition écrite de M. Eugène Boucher, avril 1879.

bien que M. de Montyon cuL vuiU do l'afRiire.

Cotait un malin que notre intendant. Voici comment il s'y prit pour rouler les Auvergnats. On annonça ouvertement le départ des précieux colis. Au jour indiqué, caisses, intendant, valets, tout le monde prit place dans la berline de voyage ; les carrosses de l'époque étaient assez grands pour loger tout ce monde.

A l'approche du défilé, de grands cris se font entendre, nos montagnards s'élancent, l'escorte est dispersée, la porte du carrosse s'ouvre violemment , et M. de Montyon est sommé de descendre à terre et de livrer le trésor.

Personne ne bouge, une main brutale écarte brusquement le manteau dont l'intendant s'élait prudemment couvert et dans lequel il semblait

évanoui quand , ô stupeur ! on découvre

quoi ? Le Suisse de M. do Montyon. Inutile d'ajouter que les caisses étaient vides et que pendant tout ce temps M. de Montyon filait sur Paris avec l'argent du roi.

M. de Montyon sut diriger les esprits de ses administrés vers les objets d'une utilité générale et donner aux travaux publics une vive impulsion. Ainsi il créa à Aurillacla promenade des Graviers et à Mauriac celle de la Placelto.

Sa bienfaisance s'exerçait déjà sur une large échelle, ainsi que le témoigne la lettre suivante, conservée dans les archives de la ville d'Aurillac ' . « Si les principaux habitants , écrivait M. de Montyon aux autorités , veulent faire une somme de 2000 livres, pour être employée en achats de grains et pour être donnée aux cultivateurs, qui la rendront après la moisson, je destinerai le double , sur les fonds consacrés à la subsistance des pauvres, à cette œuvre charitable Pour donner l'exemple de la bonne œuvre, j'y contribuerai pour un dixième, dont je joins ici le mandat sur mes appointements, que le commis à la re- . cette acquittera. »

Les deux villes d'Aurillac et de Mauriac se montrèrent reconnaissantes à l'endroit de M. de Montyon ; elles donnèrent son nom aux promenades qu'il avait créées.

Chacune de ces villes lui érigea un monument avec une inscription commémorative .

L'inscription placée par la ville de Mauriac est due à Marmontel ;.elle est ainsi conçue :

1. Registre de la mairie d'Aurillac, extrait eomumuiqiié à M. de Chazet par j\l. île Pauat, préfet du Cantal.

Aux riguPLU's do l'hiver op[)osant sa houU';,

Un ami de rhiimaiiité A ces heureux travaux occupa riudigcncc : Moulyon, ton active et sage intelligence Eclairait Tournemine; il t"a bien imité! Qu'à jamais cette pierre inviolable et sainte

Fasse lire aux siècles futurs (Jue, sans toi, tout un peuple eût péri dans les murs

Dont il a décoré l'enceinte.

C'est à Thomas que la ville d'Aurillac s'adressa pour le même objet. Gomme l'inscription de Marmontel , celle de Thomas porte la marque du xyiii° siècle ; la forme de Féloge a vieilli, mais les bienfaits répandus i>ar M. de Montyon sont toujours aussi vivants.

Yoici l'inscription de Thomas :

Nouri'ir un peuple entier de famine expu'ant, Par les mains de ce peuple embellir une ville,

Rendre le malheur même utile.

Enfin par sçs vertus faire adorer son sang :

Montyon, ce fut ton ouvrage!

Puisse ce monunient, à jamais respei'té.

Transmettre à la postérité Nos maux et tes Itienl'aits, ta gloire et notre hommaîre!

Ces deux morceaux sont tout à fait dans le goût du inilieu du xvm*^ siècle. Nous sommes à l'apogée du règne de la sensiblerie. Greuze a

peint son Père de famille lisant la Bible, Diderot a puljlié son Fils naturel et son Pi^rc de famille j et, comme nous venons de le voir, Thomas appelle M. de Montyon « un ami de l'humanité ». Oui, il le fut, et de la bonne faron. Thomas et Marmontel mettent M. de Montyon dans un cadre du xviii" siècle, mais on peut enlever le cadre, et le portrait n'y perdra rien.

Ici se place un incident de la vie de M. de Montyon qui met en relief son caractère de magistrat.

Constamment rallumée, la vieille querelle du parlement et de la cour avait repris une allure encore plus vive après la disgrâce du duc de Choiseul . Tous les })arlements du . royaume s'étaient unis pour lutter contre le chancelier de Maupeou. Un édit du mois de décembre avait interdit aux parlements de se servir des mots d'unité et d'indivisibilité ; le parlement n'en avait pas moins persisté dans ses résistances ; c'était comme un foyer d'opposition, foyer latent, mais d'où pouvait s'échapper une de ces flammèches qui provoquent un grand incendie.

C'est ce que comprit M. de Montyon. Gomme il avait horreur de toucher à l'ordre établi, il

se tint à égale dislance de la cour et du parlement, tout en inclinant un peu plus cependant du côté du parlement. Il combattit avec une prudente réserve les opinions du chancelier de Maupeou et refusa cependant de profiter de sa disgrâce pour obtenir la présidence du parlement. Conservateur par état, M. de Montyon défendit alors le parlement contre l'arbitraire royal, tout comme il devait plus tard défendre la royauté contre la violence révolutionnaire.

Quoique correcte, l'attitude de M. de Montyon éveilla quelque peu l'attention de M. l'abbé Terray, qui voulait confier l'intendance d'Auvergne à un homme plus parfaitement d'accord avec lui sur le système parlementaire. M. de Montyon fut appelé à l'intendance de Provence. Mais à Aix comme à Clermont M. de Montyon ne voulut pas s'associer à ce bouleversement de l'ordre judiciaire qui a imprimé au nom de son auteur une odieuse célébrité. « Il refusa, dit M. Feugère ^, d'installer dans la province qu'il régissait alors comme intendant , à la place de l'ancien parlement, puissant par le respect qu'il s'était concilié, une cour nouvelle, qui man-

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