M. DLI'U.NT
«mes soufliancos... \a. le spectacle de la naliire en ieii, "du bouleversement des éléments, n'est plus effrayant «pour celui qui aperçoit déjà la profondeur du tom- » beau ! "
Adrien est forcé de se rendre aux désirs de Robert ; courbé près de lui. et soutenant doucement sa tète, il écoute eu silence le récit que lui fait le frère de Juliette.
«Tu le sais, Adrien, la ruine de mes parents changea «mon caractère; je devins inquiet, silencieux. Habitué « par un père trop bon a ne faire que mes volontés, je «n'avais jamais voulu me décider a travailler; je n'é- « tais même pas en état de rien faire, et le moment où «je sentis qu'il me faudrait, pour subsister, faire usage «des facultés et des forces que nous donne la nature, « fut un coup terrible pour moi ; la honte d'avoir inuti- " lement perdu mes premières années se fit alors sen- « tir ; mais loin de retrouver cette énergie qui nous in- « spire le désir de réparer nos fautes, je n'éprouvai que " du découragement et de l'ennui.
«Roger seul, le perfide Roger avait l'art de me dis- « traire, en feignant de me plaindre et en flattant ma pa- « resse. Tu ne dois point travailler, me disait-il souvent; « lu es né riche, un inalheur l'a ruiné, il faut qu'un au- " tre événement le dédommage; la fortune te doit bien «cela.
« C'est alors que lu héritas ainsi que ton frère ; et je « ne rougis point de te l'avouer, loin de partager ton « bonheur, je n'éprouvai que le regret de voir quelqu'un « plus fortuné que moi.
« Roger ne me quittait pas; depuis quelque temps ses « discours insidieux, ses maximes perverses avaient égaré « mon cœur et corrompu mon esprit.
«). 'instant est arrivé, me dit-il un Jour, où nous pou-
FIN VE l'iiistoike d'adujen. 221
x vons lous deux réparer les loris de la ibrtime el re- « prendre ce qu'elle nous a ôté. Les frères Dalmont vien- « nent de recevoir une somme considérable sur laquelle « ils ne comptaient pas, et dont, par conséquent, ils peu- « vent bien se passer. Seconde-moi, et celte somme passe « dans nos mains, où elle sera beaucoup mieux placée que « dans celles de deux étourdis qui n" en sentent pas la valeur. « D'abord cette proposition me révolta ; bientôt je «« m'accoutumai a l'entendre sans frémir... j'osai même «♦calculer les chances de la réussite. Ah! mon cher «Adrien! lorsqu'on compose avec le crime, on est déjà « coupable.
«Que te dirai-je enfln? j'eus la bassesse de céder... « et, pendant ce jour de fête, je m'introduisis avec Roger «'dans votre demeure, et j'aidai h dépouiller mon ami. «« Voila où m'avaient conduit une lâche faiblesse et ce «mépris pour le travail , cet amour de l'oisiveté que «•je décorais du beau nom d'indépendance!
««Mais, depuis ce moment, loin d'être plus heureux, "je n'ai pas goûté une minute de repos. Le jour, sur tous «« les visages je croyais lire le soupçon de mon crime : ««dans lous les êtres qui m'abordaient, je voyais des ac- «« cusaleurs. La nuit, le sommeil fuyait de ma paupière, ««et lorsque tout reposait autour de moi, je me croyais - encore entouré de gens qui veillaient pour m'arrêler. ««Le vol d'un oiseau, le souffle du vent, le i)lus léger «bruit dans le feuillage, me faisaient toujours entendre « ces mots terribles : C'est lui qui a volé Adrien !
"Mais ce n'était pas encore assez... un tourment plus «cruel m'était réservé. Roger... l'infâme Roger, voulait «épouser Juliette... il me fallait sacrifier ma sœur... voir «sans pitié ses larmes... son désespoir, et la condamner « au malheur pour acheter le silence de mou complice. . .
«Juliette venait de découvrir notre horrible secret... «Juge de sa douleur... de sa situation... et cesse de la «croire infldèle... c'est pour moi qu'elle se sacrifiait... . « Mais une telle union ne pouvait s'accomplir... Aujour- « d'hui... touché du désespoir de Juliette... je venais tout « te dire... tout l'avouer... lu monstre vient de me frap- «per... Roger est mon assassin... mais maintenaht je « puis perdre la vie... Juliette ne sera point sa femme... « Cher Adrien... c'est à toi... ah! dis-moi que tu me par- « donnes... et je mourrai satisfait. »
Adrien avait écouté avec la plus vive émotion le récit de Robert, souvent interrompu par des instants de faiblesse et de souffrances que le malheureux s'efforçait de surmonter, afin de tout dire a Adrien. Celui-ci versait des larmes au souvenir de Juliette, qu'il se reprochait d'avoir pu accuser un moment.
« Oui, " dit-il enlln a Robert, «je te pardonne... ton « repentir doit effacer ta faute ; Roger seul est un mons- « tre que je saurai punir... mais calme tes remords* lu « peux encore espérer.
« — Non, Adrien; tout est fini pour moi, je le sens... « cet aveu a épuisé mes forces. . . mais tu m'as pardonné. . . « console ma pauvre sœur... qu'elle ne maudisse pas la « mémoire de son frère. »
Robert laisse retomber sa tête sur l'herbe humide de la foret : il a cessé d'exister. Adrien reste quelques moments immobile devant le corps de ce malheureux; mais bientôt le souvenir de Juliette lui fait sentir qu'il a d'autres devoirs a remplir. C'est elle qu'il doit consoler ; c'est a elle qu'il se doit tout entier. Il casse plusieurs branches d'arbres, en couvre le corps de Robert, et s'éloigne du bois pour se rendre près de Juliette, à laquelle il faut bien apprendre la mort de son frère.
FIN DE l'histoire D' ADRIEN. 225
Mais, en approchant de la ville, quelle clailé extiaordinaire frappe ses regards!... le ciel en est éclairé... On distingue les maisons, les chemins , et cette lumière effrayante semble a chaque instant s'étendre davantage... Adrien double le pas, agité par un effroi dont il ne peut encore se rendre compte... bientôt des cris effrayants frappent son oreille. Les habitants de la ville sont levés, ils courent en foule vers le même point. . . « Au feu ! . . . au .« feu ! » répète-t-on de toutes parts, et ce cri effrayant retentit dans l'âme d'Adrien... Un secret pressentiment le pousse vers la demeure de Juliette... C'est de la, en effet, que partent les flammes; c'est la que l'incendie éclate avec fureur, au milieu d'une nuit d'orage qui semble vouloir embraser ce malheureux pays.
» Juliette ! ... ma Juliette !...»» s'écrie Adrien . . . Aucune voix ne lui répond ; mais on lui montre du doigt la maison dévorée par les flammes : c'est là qu'il faut chercher Juliette.
Adrien court, perce la foule, se précipite vers le foyer de l'incendie... il est dans la maison... il court de chambre en chambre... la fumée ne permet plus de distinguer les objets... il appelle son amie... enfin une voix se fait entendre... elle appelait Robert... Juliette cherchait son frère et voulait aussi le sauver.
Adrien parvient à saisir Juliette, il l'emporte dans ses bras; elle perd connaissance en balbutiant encore le nom de son frère. Adrien passe à travers les flammes, il surmonte tous les obstacles : Juliette est sauvée.
La maison fut la proie des flammes, ou ne put rien sauver de ce qui avait appartenu a Juliette et à son frère. On attribua cet incendie à la foudre qui était tombée en pînsif^urs endroits, et notamment sur le corps du maj-
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li('iiioii\ llobtit, qu'oii Uouva le leinlemaiii réduit en ceiulre dans le bois.
.liiliclle seule sut la vérité ; elle apprit j»ar Adrien la Irisie lin de son frère ; mais elle éprouva un sentiment de joie eii connaissant son repentir et en sachant qu'Adrien lui avait pardonné.
Kojj;er avait fui le pays; il ne restait plus rien à Juliette ; mais elle seule était tout pour son amant, qui bientôt devint son époux ; et ils quittèrent alors un séjour qui rap-, pelait trop a Juliette son frère et Roger.
Adrien ol)tint son congé, ne voulant plus se séparer d'une épouse dont la santé faible et chancelante réclamait tous ses soins. Les secousses violentes qui avaient affecté l'àme de Juliette avaient aussi attaqué les principes de sa vie ; Tidée de son union avec Roger, la mort de son frère et l'incendie de leur demeure avaient accablé cette femme infortunée, et, quoique heureuse dans les bras de son époux, Juliette soupirait encore quelquefois, comme étonnée de pouvoir connaître le bonheur.
Les deux époux habitaient Paris. Adrien avait un petit emploi qui suffisait à leurs besoins. Juliette était enceinte ; elle mit au monde un fils, mais elle mourut en le remettant dans les bras de son mari. Adrien avait perdu tout espoir de bonheur avec sa Juliette, mais il sentit qu'il devait vivre pour son fils, et Adolphe devint l'objet de tous ses soins.
. Adrien se privait de tout plaisir pour donner de l'éducation a son fils. Adolphe grandissait en chérissant son père. 11 avait dix ans, lorsqu'on se promenant avec lui dans les environs de Paris, ils furent accostés par un mendiant qui implorait leur charité. La voix de cet homme frappa Adrien, et, considérant ses traits avec attention,
FIN I»K I. MIMOIUK 1» AHKIEN. 22j
il recDunut Koi^or sous les miséi altics liuillons qui le cou- \raienl.
Un senlimeut de joie enlra dans l'àino d'Adrien. «Du moins, » dit-il. « le crime n'a point prospéré!...»
Déjà Roger avait fui, le misérable venait de reconnaître Adrien. Quelques années après il périt sur un échafaud.
Adrien vieillit, satisfait de voir son Adolphe répondre a ses espérances; car si le jeune homme était un peu étourdi, et parfois trop sensible près des dames, il possédait aussi les qualités d'un homme d'honneur, et n'avait que les défauts de son âge.
Adrien voulait placer son lils dans un bureau ; mais un jeune homme qui n'a rien ne peut se permettre d'être deux ou trois ans surnuméraire, et Adolphe entra dans le magasin de nouveautés. Son père se relira a Senlis, où il obtint un modique emploi, et se berça de l'espoir que son fils deviendrait plus heureux que lui.
Telle est l'histoire du père d'Adolphe, que nous nommerons maintenant AI. Dalmout.