‹ M. DupontChapitre 46 sur 75 · SUITES DU MARIAGE · texte numérisé non relu

SUITES DU MARIAGE

«pas trop vous dire... lant que vous ne ferez qu'en par- « 1er, m'est avis que ce n'est pas un grand crime, et il y ««a ben des maris qui voudraient être sûrs que leurs «femmes ne sont coupables qu'en paroles... Mais écou- « tez : pour arranger tout au mieux, vous ne m'en parlerez «pas, vons, mais moi j'vous en parlerai... — C'est cela, « Jeanneton. Oh ! tu m'en parleras souvent, n'est-ce pas? « — Pardine ! allez, tant que j'verrai que ça vous f'ra «plaisir... — Ah! tu m'en parleras toujours, alors... « Pauvre garçon I s'il sait... Crois-tu, Jeanneton, qu'il «sache que je suis mariée?... — Oh! non, mamzelle... « madame. . . — Oh ! je t'en prie, entre nous, aî)pelle-moi • toujours mademoiselle. . . — Eh ben ! va pour mamzelle; « aussi ben, vous l'êtes a peu près encore. — Tu crois « donc qu'il ne sait pas?. . . — Oh ! non, non ; j'en sommes « sure même... — Comment , tu as donc eu de ses nou- «velles?.. Où est-il? que fait-il maintenant? — Prenez «garde, mamzelle, je crois que c'est vous qui en parlez «a c't'heure... — Mais aussi pourquoi ne t'expliques-tu « pas mieux? — Monsieur Adolphe n'est pas a Paris pour «le moment... -^ Il n'est pas a Paris !... — Il est allé «auprès de son père qui est très malade... — Pauvre «jeune homme ! et quand il reviendra... ah! Jeanneton, «il en mourra... — Et non, mamzelle... j'vous assure «qu'il n'eu mourra pas... puisque vous n'en êtes pas «morte, vous... — Il va m'accuser, me maudire peut- «être!... — Est-il vot' mère? est-il vot' père?... Tenez, « après tout, s'il avait eu tant de crainte de vous perdre, « il ne serait pas parti justement dans le moment où l'on « devait vous marier. — Mais ce mariage ne devait se « faire que dans un mois; on en a avancé l'époque, sans «doute pour mieux tromper Adolphe? d'ailleurs, pou- «vait-il ne pas aller soigner son père!... Et tu l'accuses.

«.Icaanetoii... lu l'aLcusos d'être l)on fils!... — .Non, «mamzelle... non... Oh! je ne l'accuse pas de ça... je « dis seulement que les hommes, voyez-vous... Eh ben ! « ça n'est pus comme les femmes... ça aime ben, et mal- "gré ça... enfin, vTa c'qui fait qu'ils sont plus heureux « que nous.

« — 'Et moi, qui le cherchais des yeux sur mon che- «min!... et je croyais le voir partout... Hélas! je ne le « verrai plus ! n'est-ce pas , Jeanncton ?. . . — Dam' , a «moins que vous ne le rencontriez, cependant. — Oui, « mais où pourrais-je le rencontrer? je ne veux plus sor- " tir... je resterai ici... toujours seule avec toi... Ecoute, " Jeauneton, voila le plan que je me suis tracé : M. Du- « pont est mon mari ; a ce titre je lui dois des égards, du « respect, et je le remercierai de ce qu'il a fait pour moi «' en me rendant ma bonne Jeanneton ; je lui en témoi- " gnerai toute ma reconnaissance. . . maispour de l'amour, « quand on épouse une fille malgré elle , quand on la « conduit en pleurs a l'aulel , a-t-t)n le droit de lui en «demander?... Non, n'est-ce pas? Eh bien! puisqu'il ne « peut exiger de moi de l'amour . il ne peut non plus «exiger... il ne peut vouloir que... — Oh! ne vous y "fiez pas... vous avez ben vu <pi'il voulait déjà vous « embrasser malgré vous... — ■ Comment! Jeanneton , il « faut , sans avoir d'amour pour les gens , souffrir ces " choses-la !.. . ah! par exemple, c'est a quoi je ne con- « sentirai jamais!... — Mais, mamzelle, un mari est le «maître... — Le maître!... dis donc, Jeanneton, est-ce « que mon père est le maître a la maison ? — Oui, mam- « zellc ; a la vérité madame Moutonnet est la maîtresse... «et c'est queuquefois la maîtresse qui fait le maître. — "Ah ! je ne veux être ni l'un ni l'autre: je ne prétends « pas commander ici... cl |»our(ant j'en ai le droit, n'est-

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«ce pas, Jeaiineton? — CoilaincnuMit, mamzello. — ^[ais «je n'en ferai pas usage... Je serai donc soumise, excepté « pour ce que tu sais bien; quant a cola, ma résolution «est l)ien prise : j'ai donné ma main, mais je n'ai pas « donné mon cœur. . . Ce cœur est à Adolphe. . . hélas ! . . . " il n'aura jamais que cela: je serai fidèle h l'honneur, «au noMid qui m'engage; mais je serai fidèle aussi à « celui que mon cœur avait choisi. — Mais , mamzelle , " encore une fois, j'vous dis que ça ne se peut pas, (pie «ça n'arrangerait pas vot' mari, et qu'il exigera que... " — Ah ! Jeanneton, c'est cela qu'il faut empêcher; c'est « en cela surtout que je compte sur ton zèle , sur ton «amitié; tu trouveras bien les moyens de me sauver... « — Vraiment, ça ne sera pas si aisé que vous le croyez! « — Tu l'as déjà fait aujourd'hui. — Ah! pardi! pour «une fois, passe... mais toujours, casera ben difficile!... «enfin nous avons quelque temps devant nous; en at- « tendant , dormez tranquille celle nuit... et après... « dam' nous verrons ! »

VISITES Di: MARIÉ A SA BELLE-MÈRE.

Le lendemain de son mariage , Dupont rit en s'éveillant, de se voir seul dans son lit.

« Je gage, » dit - il, « que tout le monde croit que j*ai «couché avec mon épouse... Ces gens -la seraient bien « attrapés s'ils savaient qu'il n'en est rien. Le fait est que «« c'est assez drôle de coucher seul la première nuit de

« ses noces , et je n'y complais pas du lonl ; mais enfin «cela se voit qnelquefois... Ma pauvre femme, qui a « justement ses attaques de nerfs. . . C'est dommage , ce- « pendant, que cela lui ait pris si vite; cette voiture « m'avait monté la tête... Je me sentais très amoureux, «et j'étais furieusement entreprenant... Peste!... j'étais «comme un petit lion... enfin, ce n'est que partie re- « mise. Allons nous informer de la santé de mon épouse.»

Dupont se lève et se rend a l'appartement d'Eugénie ; mais, au moment d'y entrer, il rencontre Jeanneton.

« Eh bien ! comment se porte mon épouse ? » demande le marié a la bonne. « — Comme ça, monsieur; elle «repose maintenant... mais la nuit a été terrible... — «Terrible! ah ! mon Dieul... pauvre petite!... Et crois- « lu que cela sera tout-a-fait passé cette nuit ? — C'te « nuit, monsieur ! Mais vous n'y pensez pas... Après une «crise aussi violente... la v'Ia malade au moins pour « huit jours, comme je vous le disais hier, et peut-être « plus, si elle a des rechutes... — Tu me fais trembler, "Jeanneton... Voila qui serait extrêmement contra- « riant... Car eufin, quand on se marie, ce n'est pas « pour coucher l'un sur le poivre et l'autre sur le miel... «Tu m'entends? — Eh! mon Dieu! monsieur, est-ce « (jue vous n'avez pas tout le temps?... La vie est lon- « gue... vous êtes jeune encore... — Oui, sans doute, je «suis jeune... et c'est justement pour cela que je veux « communiquer avec ma femme. Parbleu ! si j'étais « vieux, je n'y tiendrais pas tant. — Dam', monsieur, on " ne peut pas empêcher une femme d'être malade, d'a- « bord... — Non, mais on peut tâcher de la guérir; je « vais aller chercher le médecin, Jeanneton. — Ehl mon- « sieur, a quoi boni... les médecins n'entendent rien M aux attaques de nerfs. ..C'est une si drôle demaladie!.,j

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