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comme, non content de se plaindre, on clierchoa passer son humeur sur quelqu'un, de la naissent les disputes, les querelles, et les visites a M. le commissaire. Si l'on en établissait qui fussent chargés seulement de recevoir les déclarations de gens contents, satisfaits, et disant du bieu de leurs voisins, ceux-là seraient fort tranquilles et pourraient se passer d'adjoints.
Dupont, malgré son impatience, est donc forcé de s'asseoir dans un coin de la salle, et d'entendre les plaintes des autres avant de porter la sienne.
Ce n'est pas une petite affaire que d'entendre des gens qui tous veulent avoir raison.
« Monsieur le commissaire, » dit une vieille femme assez mal vêtue, «je viens meplaiûdre d'une voisine qui « a un chien qu'elle laisse toujours entrer dans mon M appartement, où il fait ses ordures comme chez lui, « monsieur le commissaire. — Il faut le battre quand « vous l'y trouverez, madame. — Mais il mord, moii- « sieur le commissaire ; il est très méchant ; d'ailleurs « j'ai peur des chiens, moi, surtout des barbets. — Fer- « mez votre porte, madame, les chiens n'entreront pas « chez vous. — Que je ferme ma porte ! . . . c'est bien aisé « a dire... j'aime a voir passer le monde, moi! »
Et la vieille femme s'en va, en jurant qu'elle fera donner congé a sa voisine.
« Monsieur le commissaire, » dit un grand gaillard tenant un fouet a la main, « je viens me plaindre de « monsieur que v'ia, qui ne veut me donner que vingt «« et un sous pour ma course de cabriolet. »
Le monsieur dont se plaint le cocher est un hoimne d'une cinquantaine d'années, bien frisé, bien cravaté, mais dont Ihahit et la culotte sont un peu râpés, et qui, toutes les fois quil parle, sourit pour montrer ses dents.
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" Monsieur, •» dit-il au commissaire, «ce drôlc-Ia.., — • « Point d'injures, monsieur. — Je voulais dire ce drôle «< de cocher que voilà, ne vous explique pas bien l'af- " faire... Je l'ai pris a la barrière du Trône pour aller » jusqu'au carré Saint-Martin... — Oui, et je dis qu'elle « est bonne, la course; et vous aviez avec vous une pe- « lile mère qui pesait deux cents au moins; mon cheval « ne pouvait pus tirer... — Si votre cheval est une rosse, « ce n'est pas ma faute... — Une rosse!... Cocotte une <i rosse!... Ah! ail' ira plus loin que vous... — Allons, « monsieur, au fait...
«» — Le fait, monsieur le commissaire, c'est que je " croyais que la course de cabriolet n'était que de vingt « sous; donc, en lui en donnant vingt et un, c'était en- « core un sou pour boire, ce qui est bien honnête... — « Oui, c'est du gentil ! faites-vous donc rouler depuis la « barrière du Trône pour ça ; il est généreux, le parois- «» sien !... — Enfin, monsieur le commissaire, je veux le «< payer, il me jette mon argent au nez. — C'cst-a-dire « que je veux ma course, qui est de vingt-cinq sous au « tarif, et qu'on paie trente quand on a de Vinducation. « — Or, ce drôle, ce misérable... — C'est bien plutôt « vous qu'êtes un misérable ! . . .
« — Allons, allons, point de personnalités.
« — Au lieu de me dire qucsacourse est de vingt-cinq " sous, il me dit des injiu'es, il invective la dame qui «♦était avec moi; alors, monsieur le commissaire, je « prends le parti de ne point le payer du tout, ce que " j'aurais fait sur-le-champ s'il avait été honnête. — «' Tout ça n'est pas vrai, monsieur le commissaire ; il n'a « jamais voulu me donner pus de vingt et un sous, et « encore, pour les faire, il a emprunté dix sous a la par- « liculièrc qui l'acconipagnait; i'n'pouvait pas me payer
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«i ma course, cl il a trouvé [iiis court <le ne ricii me « <lonucr. Mais on ne prend pas une voilure quand on « n'a que onze sous dans sa poclie. — Taisez-vous, drôle ! « iniperfinenl ! »
Le commissaire met fin aux débats en enizageant le monsieur îi payer les vingt-cinq sous au cocher, cl en ordonnant;! celui-ci d'être plus poli 'a l'avenir. Le monsienr, après avoir fouillé dans tontes ses poches, finit par empriniter quatre sous an commissaire, et se retire accompagné des ris moqueurs de l'assemblée.
« Monsieur le commissaire, » dit une jeune fille, « on « ne veut pas que je mette des pots sur ma fenêtre; ce « n'est qu'un petit myrte si gentil, que mon petit cousin « m'a donné!... un myrte ça ne peut tuer personne, «monsieur le commissaire... — Monsieur le commis- « saire, j"ai des voisins qui dansent toujours, »> dit une grande femme jaune et sèche; «' ils font un train d'en- « fer.,, a onze heures et demie ils ne sont pas encore « couchés... C'est un bruit, un tapage... et ils ont des t enfants si insupportables, qu'ils jouent ou chantent « continuellement dans l'escalier, où ils marchent à u chaque instant sur les pattes de mon Azor. — Plaignez- « vous au propriétaire, madame. — Eh ! monsieur le « commissaire, mon propriétaire est un homme fort « ridiculel... il aime les enfants!...
" — Monsieur le commissaire, mon mari m'a bat- " tue, » dit en pleurant une jeune femme en tablier et coiffée en mouchoir. <« — Avait -il quelque motif de co- «lère?... — Bah! des motifs! laissez donc !... il dit ça !... « parce que son souper n'était pas prêt... parce que je ne «savais pas l'heure... parce que j'étais entrée chez nol' " voisin le doreur... parce qui' me montrait son cadran «solaire... et v'Ui tout, monsieur le commissaire. —
«' Es(-ce ({lie votre mari vous avait défendu d'aller voir le «cadran solaire du voisin?... — Je crois que oui, mon- « sieur le commissaire... mais il fallait ben que j'y al- « lasse... pour me régler, monsieur le commissaire; et « celui de mon mari ne va pus; v'ia pus de quinze jours « que sa grande aiguille ne veut pas bouger. . . si ben qu'i' « m'a cassé les jambes avec un manche a balai... et qu'i' «' m'a dit qu'i' me ferait encore aul' chose. . . hi ! hi ! hi ! . . « et je vous prie de le faire pendre , monsieur le com- «missaire.
« — Monsieur le commissaire, »» dit d'une voix plaintive un homme déguenillé , s'appuyant sur une béquille, et ayant un emplâtre noir sur un œil , « on vient de m'é- « craser... Sans les secours des passants je restais sur la «place!... — 11 me semble que c'est la troisième fois "depuis un mois ! — C'est vrai, monsieur le commis- « saire , je suis bien malheureux depuis quelque temps, « toutes les voitures bourgeoises me passent sur le corps.
« — Monsieur le commissaire, » dit un jeune homme, "j'ai reçu quelque chose... en passant hier au soir dans « cette rue-ci. Je donnais le bras a une dame ; mon habit «et sou chapeau ont été arrosés... cela venait du troi- « sième, de chez madame. — Monsieur, « répond la dame accusée, «vous criez pour peu de chose, ce n'était que « de l'eau. — De l'eau ! madame , et mon habit est tout « taché. — Si votre habit est mauvais teint, ce n'est pas « ma faute. . . — Monsieur le commissaire, si vous vouliez « flairer. . . — On flairerait pendant deux heures ; je vous «dis que c'est de l'eau virginale dont je me sers tous « les soirs.
« — Monsieur le commissaire , »» dit d'une voix aigre une petite femme d'une soixantaine d'années, « je viens «vous demander justice et vengeance... — Ah! mon